mardi 22 juillet 2014

Noyade en eau douce de Ross Mc Donald

Ross McDonald est le digne héritier de Raymond Chandler. Auteur de polars, le romancier, né aux USA, ayant grandi au Canada puis revenu en Californie après la guerre, a créé l'un des plus célèbres détectives privés, après Marlowe et Spade : Lew Archer. Ce dernier enquête dans ces banlieues cossues qui regorgent de secrets de famille. Noyade en eau douce (the drowning pool), écrit en 1950 est le deuxième roman mettant en scène le détective privé, ancien flic et fin psychologue.  

Dans le quartier huppé de Nopal Valley, Lew Archer est engagé par Maude Slocum, épouse et mère de famille, accusée par une lettre anonyme d'adultère. Cette dernière souhaitant protéger sa famille accepte que le détective se mêle aux invités lors d'une fête organisée par les Slocum. Mais la soirée tourne au vinaigre : la belle-mère de Maude, Mrs Slocum est retrouvée morte, son corps flottant dans la piscine.  Les soupçons se portent alors sur le fils - Mrs Slocum, veuve richissime,  hébergeait son fils, sa bru et leur petite-fille dans sa vaste propriété. Cette dernière reposait sur un important gisement de pétrole convoité par plusieurs compagnies. Lew Archer va alors devoir démêler le vrai du faux et mettre à nu tous les secrets de famille. 

Je n'avais pas lu de polar datant des années 50 depuis fort longtemps (exception faite des enquêtes du commissaire Maigret de Simenon) et j'avoue avoir eu une période d'adaptation les premières vingt pages. Me voilà transportée dans le polar hollywoodien. dans la plus pure tradition. Ici le détective privé connait tous les truands, part en guerre contre les flics ripoux, croise des femmes de petite ou grande vertu, toutes plus belles séduisantes les unes que les autres. Le rêve hollywoodien s'est écrasé dans cette ville côtière, détruite par les exploitations de pétrole. Ici, tout n'est que faux semblant. 

Ross McDonald est doué, et très vite l'intrigue reprend le dessus - les personnages sont intéressants, le suspense est là et ici ni vainqueurs, ni perdants - le maigre équilibre entre le bien et mal demeure mais Lew Archer n'est ni un héros, ni un super détective privé. Il se fait taper dessus, maudire, accuser à tort et à travers et on se demande parfois ce qui le pousse à accepter de donner son aide à tous ces paumés, riches ou pauvres. Archer est profondément humain et on l'aime pour ça.

Le romancier aura écrit une dizaine de romans et encore plus de nouvelles mettant en scène son héros avant de tirer sa révérence en 1983. Et mon éditeur, préféré, Gallmeister a eu la bonne idée de publier une traduction intégrale des romans, toujours à un prix raisonnable (9-10 euros) dans sa collection TOTEM.

Je compte bien me procurer les autres romans sous peu. Surtout le premier, The moving target (1949) qui présente pour la première fois le détective privé. Celui-ci avait pris les traits de Paul Newman dans une adaptation cinématographique en 1966 sous le titre de Détective privé et à nouveau en 1975 pour l'adaptation de Noyade en eau douce, intitulée La toile d'araignée.

Aussi ma lecture n'en a été que plus agréable ! 
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La vérité sur l'affaire Harry Quebert

J'ai tout lu et entendu au sujet de ce roman - j'avais donc envie de me faire ma propre idée. C'est chose faite. J'ai depuis relu quelques critiques d'autres blogueurs et je me dis que ce livre et son succès ne me laissent pas indifférente. Mais quel est mon verdict ?

L'histoire ? New York city, 2008 - Marcus Goldman, un jeune écrivain à succès connaît la crise de la page blanche. Son éditeur à qui il doit des avances confortables lui met la pression. Le jeune homme reprend alors contact avec son mentor, un des écrivains les plus respectés du pays : Harry Quebert. Ce dernier est alors soudainement accusé d'avoir assassiné, en 1975 à Aurora, dans le New Hampshire, la jeune Nola Kellerman, âgée de 15 ans avec qui il aurait eu une liaison. 

Afin d'avoir un œil critique et un peu moins subjectif, je me dois de préciser quelques faits D'une part sur l'auteur, Joël Dicker. Il est suisse romand, a 29 ans et remporte avec ce roman de nombreux prix dont le Grand Prix du roman de l'Académie française. Ce livre a connu un énorme succès en librairie mais a aussi déclenché une vague de critiques, liées principalement à sa simplicité stylistique. Il situe l'histoire dans une petite ville, Aurora située dans la Nouvelle-Angleterre, au bord de l'océan Atlantique.

D'autre part, j'ai vécu aux USA  et pendant la période où son personnage principal étudie à la fac et rencontre son mentor. J'étudiais et enseignais dans un collège privé très bien côté pour ma part.

Les points forts
  • J'ai dévoré le roman en moins de deux jours (dont plusieurs heures d'affilée où j'ai englouti 600 pages) - ce qui m'a fait un bien fou ! J'adore les pavés et encore plus quand c'est un page turner.
  • C'est un thriller, un de mes genres préférés, écrit à l'américaine - et situé dans une région que j'adore, la Nouvelle-Angleterre.
  • Le roman n'est pas uniquement un thriller. Marcus Goldman (double de Joël Dicker?) apprend auprès de son professeur ce qu'être un écrivain implique - ce qui fait un bon roman. Le sacerdoce de ce métier, le process de l'écriture - tout ce qui me passionne (comme je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises).  Point très positif du roman.

Donc, oui - je comprends parfaitement que ce livre ait plu à autant de personnes à sortie, et aux lycéens qui lui ont remis le Prix Goncourt des Lycéens. Difficile de jeter à la poubelle un roman qu'il vous était impossible de reposer. Mais quand on lit beaucoup comme moi - de façon presque permanente, force est de constater que je n'ai cessé lors de ma lecture de pousser des "oh" et des "ah" de de déception face à de si nombreuses faiblesses

Les points faibles :
  • La simplicité, voire la pauvreté stylistique qui est parfois contrebalancée par des passages plus courts, mais plus maitrisés et nettement mieux écrits. Certaines tournures de phrases m'ont laissé pantois ("mon unique frère humain"). Seuls les conseils de Harry Quebert sur le métier d'écrivain, repris en tête de chaque chapitre - sont d'un niveau stylistique nettement plus élevés que les dialogues et surtout les extraits du supposé roman de Harry Quebert, Les Origines du mal - qui frisent, avouons-le le ridicule.  
  • Revenons à ce roman, Les Origines du mal publié en 1975 qui aura valu gloire et reconnaissance à Harry Quebert - quelle horreur ! Les extraits sont d'un kitsch - je me suis crue dans un énième épisode d'un mauvais soap opéra américain et j'ai même ri à voix haute en lisant : « Ma tendre chérie, vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. Voyez comme je ne suis jamais loin de vous. Séchez vos larmes, je vous en supplie ». Bref, quand on adore les grands romanciers américains, comme F.S Fitzgerald, J.D Salinger, Faulkner -  on se demande bien comment un tel navet aurait pu être érigé en chef d’œuvre.  Idem pour tous les autres extraits du manuscrit ou les lettres d'amour.  J'en suis arrivée à me demander si Joël Dicker était bien l'auteur de ces écrits. 
  • Une vision de l'Amérique totalement biaisée avec des personnages tous caricaturaux Joël Dicker a à peine trente ans, et il a grandi avec la télévision. Ses influences ressortent à chaque page du roman, l'amour interdit entre un écrivain de 34 ans et une gamine de 15 ans aurait pu donner de la profondeur à ce roman mais ici, nous sommes très loin de la Lolita de Nabokov - d'ailleurs, les deux personnages s'aiment d'amour pur - point de sexe. Un hommage vibrant à l'Amérique puritaine (Glee ....) ou lorsqu'il décrit ce banquier américain qui part en Alaska retrouver un sens à sa vie et qui finit par mourir de faim, on aura reconnu en parallèle l'histoire de Christopher McCandless mélangée à la crise de 2008. 
  •  Les clichés, sur l'Amérique :  ils pullulent au début du roman lorsque l'auteur raconte la jeunesse du héros. Ce jeune homme à l'ambition démesurée est prêt à enfoncer les autres et à mentir pour être le meilleur de sa classe, de son école, de son équipe sportive. Un "Formidable" qui se révèle être, comme le dirait un chanteur belge, fort minable.  J'ai ri en lisant sa description de ses années lycéennes, avec quelle facilité il devient la gloire de son lycée, et qui voit même le principal de son école payer pour un nouvel anneau sportif. Ridicule. Ayant été au lycée aux USA, les américains sont extrêmement doués pour le sport et ils ne sont pas tous stupides. La supercherie de ce Goldman n'aurait pas durer longtemps. Ses parents sont eux-mêmes sont un exemple : aveuglés par la réussite de leurs fils, la mère "juive" est une caricature qui m'a presque fait hurler. Son anglais est approximatif (nous sommes en 1998 ou 2008 mais on a l'impression qu'elle vient d'immigrer d'Europe en 1946 après la guerre). Et que dire de son seul ami de fac ? Un jeune homme noir originaire du Minnesota (donc plouc sauf qu'il oublie que ses habitants sont majoritairement scandinaves et bien plus éduqués et ouverts que le reste de l'Amérique - Minneapolis est la deuxième ville gay après San Francisc - j'y ai passé cinq mois). Mais revenons à cet ami de couleur, qui en 1998, croit que les bibliothèques sont toujours interdites aux noirs et remercie son seul ami, le formidable Marcus Goldman de lui ouvrir les portes de la connaissance (sic). Je n'ose imaginer la réaction de tous les lecteurs d'origine américaine lisant ce passage. Pour habiter aux USA sous la présidence Clinton, et cette année-là, vivre dans le Sud de surcroit (le Minnesota est un état situé à la frontière canadienne), je peux vous assurer que la ségrégation était bien abolie. Et j'arrête là .... 
Bref, il est clair pour moi que Joël Dicker a mis dans ce roman tout et n'importe quoi.
  • Le thriller en lui-même : un vrai page turner - même si je l'avoue, et c'est presque une première pour moi : j'ai deviné qui étaient les assassins à la moitié du roman. Je l'ia deviné lorsque les assassins racontent leurs versions de l'histoire, j'ai compris et puis et lorsque j'apprends plus tard la situation extrêmement compliquée du premier et la frustration du second, plus de doute.  Puis j'ai lu toutes les tentatives de l'auteur pour embrouiller le lecteur : tous les personnages deviennent suspects.  Nous revoilà donc dans un épisode de The Desperate Housewives, dans cette Amérique des petites villes où tous les habitants ont forcément des secrets inavouables.  Dicker retombe dans le cliché même s'il évite un fin trop facile (à l'américaine) et la sempiternelle course-poursuite , on finit quand même par trouver ça un peu indigeste. D'ailleurs, si on le lit vite, c'est parce que quelque part on a envie d'en finir, non ?
Parce que, je me dois d'être honnête, la vie privée de Marcus Goldman et sa recherche de la femme idéale - on s'en fout, non ?

Et contrairement à ce que dit Quebert lorsqu'il définit un bon roman "un bon livre est un livre que l'on regrette d'avoir terminé (...), où le lecteur s'est attaché aux personnages" : ici point de souci. Je ne me suis attachée à aucun d'entre eux et une fois la confirmation que les meurtriers sont bien ceux-là, j'en ai conclu que ce livre est une lecture parfaite pour l'été. Un livre qui se lit vite et qui s'oublie vite. 
Mais à toutes ces critiques, je dois reconnaître au romancier suisse un talent certain, comme je le dis, ce sont plus les passages autour du roman et du métier d'écrivain qui m'ont interpelés - il est clair que le formidable Marcus Goldman ne veut pas être un écrivain, il veut être adulé.  Les nombreux passages dédiés à son agent et à sa maison d'édition qui se fichent du roman et veulent uniquement susciter l'envie des lecteurs pour booster les ventes rejoignent son ambition démesurée.
La définition du "bon roman" trouve ici écho dans le nombre de livres vendus, qu'importe si c'est de la m...  Et c'est là que je me dis, n'est-ce pas le tour de force de l'auteur suisse lorsqu'il partage les extraits de ce supposé chef d’œuvre, les Origines du Mal - qui sont d'un niveau frôlant l'indigestion ? Ne veut-il pas nous dire que les lecteurs sont donc de pauvres gens qui aiment la m.. comme aujourd'hui on aime la télé réalité ? Et que finalement, un roman n'a pas besoin d'être bon mais juste d'être bien vendu ?  Si c'était là son message, alors son livre me plaît beaucoup plus. Et je vois que le tour de magie a opéré pour son propre roman. Malin, le Joël ! 

Et sinon, comme toute lectrice assidue qui se rêve écrivain, je me dois de féliciter le romancier pour son succès - et le remercier pour ces quelques heures passées en sa compagnie.
Il n'en reste pas moins qu'à mes yeux, ni Marcus Goldman, ni Joël Dicker, ne sont, pour l'instant, de grands écrivains.  A vous de vous faire votre propre avis !
 
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mardi 15 juillet 2014

Jimmy's Hall de Ken Loach

J'avais annoncé que j'irais probablement voir le dernier Ken Loach, Jimmy's Hall mais le temps passait et je ne m'étais pas décidée puis j'ai vu à quel point Nelfe était emballée par ce film, et d'autres blogueuses - alors dimanche matin, seule matinée pluvieuse annoncée, je suis allée plonger mon regard dans les yeux bleus-verts du beau Barry Ward, le fameux Jimmy Gralton, héros de cette histoire.

Ken Loach ne lâche pas le morceau facilement, dans ce film, il réunit petite et grande histoire comme à chaque fois - le combat personnel d'un homme qui est aussi le combat universel d'un pays. L'Irlande qui vit une période difficile depuis la guerre d'indépendance (1916). Le pays est divisé. Profondément catholique, l'église règne en maître sur les habitants qui souffrent en silence. Car l'indépendance du pays n'a apporté ni la paix, ni la croissance. Les terres appartiennent encore à quelques propriétaires, et les paysans n'ont d'autres choix que de survivre dans ce comté pauvre de Leitrim. Le jeune James Gralton (Barry Ward) est parti très tôt chercher fortune en Amérique. Fidèle à son pays, il revient pour la guerre d'indépendance, puis repart à NY avant de revenir quelques années après, alors que la crise de 1929 a ruiné l'Amérique. Le fils revient au pays, soucieux de s'occuper de sa mère, seule dans sa ferme depuis le décès de son jeune frère. 

Jimmy Gralton, l'enfant du pays, est connu car il avait ouvert un "hall" - un salon de danse, où les gens pouvaient venir danser et apprendre. Mais il avait du le fermer avant de repartir en Amérique. De retour, les jeunes le supplient de rouvrir son dancing. Jimmy accepte et leur fait découvrir à travers un gramophone, rapporté de NY, la musique de jazz. Des cours de dessins, de chant et de poésie sont donnés aux enfants. C'est un lieu d'échange et de réconfort dans ces temps de crise économique et de fortes tensions politiques. Mais cette éducation laïque déplait fortement à l'église catholique, qui a toujours dirigé de main de maître l'éducation du peuple irlandais. Jimmy, qui fait partie d'un mouvement révolutionnaire de travailleurs (pas encore le parti communiste) devient la bête noire du Père Sheridan (Jim Norton) qui, aidé d'O'Keefe (Brian F.O'Byrne), un militant anti-communiste décide de fermer le dancing et renvoyer Gralton en Amérique. 



Ken Loach fait mouche ici, en s'emparant de l'histoire véridique de Jimmy Gralton - celle du premier Irlandais a être expulsé de son pays (considéré par son propre pays comme un immigrant américain illégal). Le réalisateur retrouve ici tout ce qui a toujours guidé son cinéma : le combat d'un peuple pour retrouver une dignité, celle à laquelle tout homme à droit, qu'importe son statut social à travers un personnage phare. La lutte des classes fait encore rage en 1932 - lorsque le jeune Gralton revient au pays. En rouvrant ce dancing, en s'opposant au Père Sheridan et aux mouvements politiques (dont l'IRA), Gralton sait qu'il prend des risques - mais l'homme  a foi en l'humanité, une foi telle que son combat est respecté par le même Père Sheridan, qui s'il lutte contre cet homme athée, ne peut que reconnaître son engagement pur et honnête.


Ken Loach n'oublie pas l'homme - il en fait un homme amoureux : d'Oonagh (Simone Kirby), amour impossible car la jeune femme ne l'a pas attendu quand il est parti en Amérique. Mais les deux jeunes gens se soutiennent. Leur histoire est filmée magnifiquement :  à la lumière naturelle des paysages magnifiques de l'Irlande, le réalisateur filme avec grâce ce couple interdit. 

En choisissant des acteurs peu connus (j'ai juste reconnu Norton et O'Keefe), Ken Loach a su recréer pour le spectateur cette Irlande du début du siècle - celle de ces fermiers pauvres, qui trouvent dans ce dancing un échappatoire à leurs vies difficiles. Et puis, il y a ces scènes de danse (irlandaise ou jazz), de chants qui sont magnifiques. J'ai toujours aimé les scènes de bals populaires dans les films (comme dans Orgueils et Préjugés) et ici la magie opère à nouveau.  J'avais hâte en sortant du cinéma de me procurer la bande originale (entre les classiques du jazz et du folk irlandais). 



De plus, j'adore l'Irlande et Ken Loach lui rend un très bel hommage sans omettre la dure réalité de ces années où la nation se cherchait.  Une belle histoire et des acteurs formidables, dont le premier rôle, Barry Ward qui crève littéralement l'écran.  J'avoue, je ne pouvais détacher mon regard du sien - un visage où l'on lit toute la lutte d'un pays mais aussi le fol espoir d'un meilleur avenir. L'acteur endosse le rôle de cet homme au destin exceptionnel avec grand talent. Les autres acteurs, seconds rôles inclus, sont aussi parfaits. La mère de Barry par exemple, qui joue dans une des scènes les plus drôles du film.

Donc, merci Nelfe pour m'avoir décidé à sauter le pas ! Bon, évidemment, je te tiens dorénavant responsable d'être obsédée par cet acteur ;-)
Une très belle surprise, un film rafraichissant - à voir et à revoir,  car seule l'Irlande peut vous faire aimer la pluie ;-)

Mon avis :  

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