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13 mars 2019

J'ai fait l'expo L'éloge de la sensibilité !

De retour au musée des arts pour l'expo L'éloge de la Sensibilité qui exposent des peintures du 18è siècle. Ce n'est pas forcément mon siècle préféré mais au final, j'ai beaucoup aimé cette exposition, du coup je vous en parle pour vous encourager à y aller !

Cette exposition réunit les les tableaux phares des tableaux français du 18è siècle conservés dans les collections bretonnes, depuis Antoine Watteau, au tout début du siècle jusqu'à l'aube du 19è siècle. L'objectif étant de faire partager au visiteur l'évolution de l'art en France sous l'angle de la naissance de ce concept "la sensibilité" qui exalte les sens et les sentiments. 

Le Musée d'arts de Nantes met à l'honneur plusieurs genres : les portraits de notables (anonymes ou nommés) de Jean-Baptiste Greuze, dont deux m'ont vraiment troublés car j'avais l'étrange impression que leurs regards traversaient la toile et les siècles, comme s'ils étaient toujours vivants. Je me souviens du portrait troublant d'une jeune fille, qui n'aurait jamais, je pense, cru que son portrait serait exposé plus de deux cent ans plus tard dans un musée. La sensibilité passe aussi par la beauté de la nature, et les natures mortes en témoignent, comme les paysages sublimes du Chevalier Voltaire. 

J'ai été séduite par les peintures mais également par les esquisses de ces peintures que l'on peut voir (dans une salle attenante un peu cachée). J'avoue que les fusains m'ont tout autant séduits.  J'ai beaucoup aimé le choix de la scénographie et l'accompagnement en mots de l'expo, comprendre comment l'art à évolué jusqu'à ce portrait de famille où les sens sont exaltés, un peu trop à mon goût ! Les enfants sont habillés comme des chérubins.

En plus des soixante tableaux exposés, ne vous privez pas de la promenade sensorielle. La dernière salle de l'expo propose aux visiteurs une balade ludique où vos sens seront mis à l'honneur.  Un petit test musical pour vos oreilles, "à vue de nez" est très amusant puisqu'on doit devenir quelles sont les fragrances d'époque, un jeu de mots et d'expressions d'époque et enfin vos facultés tactiles seront mises en avant avec la découverte des textiles utilisés à cette époque.

J'ai pris peu de photos, d'une part parce que je me concentrais sur les toiles, et d'autre part, parce que je n'avais pas vérifié si on était autorisé mais oui, on peut toujours - sans flash. 











Musée des arts de Nantes
10 rue Georges Clémenceau
44000 Nantes
Ouvert tous les jours de 11h à 19h sauf le mardi et en nocturne le jeudi 
Exposition jusqu'au 12 mai 2019

04 mars 2019

The Favourite

N'étant plus abonnée, j'ai eu envie de retourner au cinéma pendant mes vacances. Finalement, je ne suis allée qu'une seule fois, pour voir The Favourite. J'avais déjà choisi de le voir avant les Oscars. Mais le beau temps est arrivé et j'ai reporté mes séances ciné pour profiter du soleil et des températures estivales. Je n'avais pas vu la bande-annonce, quelques images et je savais juste que l'histoire et les actrices me plaisaient suffisamment. 

Au début du 18ème Siècle, la fragile Reine Anne (Olivia Colman) règne sur l'Angleterre. En réalité, c'est Lady Sarah (Rachel Weisz), sa dame de compagnie, qui gère le royaume car Anne est trop fragile mentalement et physiquement. Les deux femmes entretiennent une relation fusionnelle, datant de leur enfance. Lady Sarah semble avoir l'ascendant sur la Reine mais comme c'est le cas dans ces relations extrêmes, les deux personnages sont très dépendants de l'autre. La guerre avec la France fait rage et l'époux de Lady Sarah, Lord Malborough, Commandant des Armées, souhaite, tout comme le Premier Ministre, renforcer l'armée et ne pas se satisfaire de la première victoire. Mais le Ministre des Finances, Harley (Nicolas Hoult) refuse de doubler la taxe foncière sur les fermiers pour financer la guerre. La Reine se fie totalement à Lady Sarah même si la poursuite de la guerre l'ennuie. Mais la pauvre est atteinte de la goutte, et souffre atrocement. 

C'est alors qu'entre en scène Abigail (Emma Stone), une cousine de Lady Sarah dont le père a dilapidé la fortune et vendu sa fille pour payer une dette. Cette dernière est engagée comme simple servante mais la jeune femme refuse de perdre son statut de lady et est bien décidée à se faire une place à la cour et en particulier auprès de la Reine. Bientôt, elle entre en compétition avec Lady Sarah...



Une lutte intestine entre femmes pour les faveurs d'une Reine diminuée par la maladie ! J'avoue que j'ai pensé à la Reine de Pique - on n'est pas loin de la folie et du fantastique. Si la Reine s'amuse de cette course à la deuxième place, elle ne sait pas ce qu'elle risque .. et le prix sera cher à payer ! J'ai beaucoup aimé ce film, même s'il est particulièrement sombre. Le réalisateur a choisi un angle de vue original, en contre-champ, où la Reine est ainsi filmé la caméra à ses pieds. La photographie est réussie et particulièrement froide, renforçant la guerre sanglante qui se déroule à la cour. Le sang, les escarres, le vomi, rien n'est épargné au spectateur ! Les hommes sont souvent montrés comme immatures. Je salue Nicolas Hoult que j'ai reconnu sous sa perruque immense et son fard blanc, il excelle!

Et puis il y a le jeu des actrices, et honnêtement les trois : Olivia Colman, Rachel Weisz et Emma Stone sont formidables ! Si Olivia a remporté la statuette, j'en aurais bien donné une à Rachel Weisz et Emma Stone est parfaite dans le rôle de cette vipère prête à tout. On est très loin de Broadchurch mais l'actrice livre une performance magnifique dans le rôle de cette guerre diminuée par la maladie et particulièrement isolée. Ses cris sont effroyables. Et si l'affiche vous interroge, tout comme je l'ai été, le film explique bien la scène !



Enfin, je me suis demandée qui était cette Reine Anne, en fait elle a bien existé, la dernière des Stuart à régner de 1702 à 1714 et Lady Sarah Churchill fut d'abord l'amie de la soeur ainée de la Reine, qui régna auparavant.  Aucune des soeurs ne laissa de descendants, et c'est ainsi que les Hanovre obtinrent le trône d'Angleterre.

Mon avis : 


28 février 2019

My addictions of the week




Mes drogues télévisuelles 

Le temps a été si formidable que j'ai passé peu de temps devant mon petit écran mais j'ai néanmoins réussi à dévorer une série documentaire diffusée sur Netflix : The Innocent Man, produite par John Grisham et j'ai aussi beaucoup aimé le téléfilm sur Marie Besnard, L'empoisonneuse de Loudun.

John Grisham, l'auteur à succès, raconte la manière dont il s'est intéressé à un fait divers en 2004 et en a fait son seul essai, The Innocent Man (traduit en français sous le titre : L'Accusé). Je n'ai pas lu le livre du coup j'ignorais tout de la vie de Ron Williamson - cet homme s'est retrouvé à cinq jours de son exécution lorsqu'une organisation, The Innocence Project, a déposé un ultime recours. Ron sera finalement innocenté.
Mais revenons au documentaire : nous sommes à Ada, en Oklahoma, une petite bourgade rurale où étrangement un lynchage anonyme il y a plus de cent ans aura mené à une immense réforme de la justice américaine. Cent ans plus tard, en 1982, une jeune femme Debbie Carter est brutalement violée et assassinée chez elle. La ville est sous le choc et le procureur veut une arrestation. Et Ron Williamson est le coupable parfait. Ancien joueur de base-ball, mais une blessure mit fin à sa carrière. De retour à Ada, il plonge dans la drogue et l'alcool et développe une maladie mentale. Il est arrêté avec Dennis Fritz, un homme sans histoire, dont l'épouse a été brutalement assassinée, le laissant seul avec sa petite fille. Le procès est expédié. A l'époque, l'ADN n'existe pas et on se base sur des cheveux retrouvés dans l'appartement de la victime. Les deux hommes crient à l'erreur judiciaire mais rien n'y fait. Ron écope de la peine capitale et Dennis de l'emprisonnement à vie.

Debbie Carter
Il faut dire que les enquêteurs sont depuis peu occupés à traquer les assassins de Denice Haraway. La jeune femme travaillait dans une station service de nuit, lorsqu'un soir un client arrivant l'a vue partir avec deux hommes. Son corps sera retrouvé longtemps plus tard.
La police du comté arrête deux hommes, Thomas Ward et Karl Fontenot - si le premier ressemble au portrait robot, le second absolument pas. Et Karl Fontenot est attardé mental. Qu'importe, après des heures de garde à vue (non filmées), les deux hommes avouent le crime devant une caméra. Ils l'ont violée à tour de rôle et l'ont poignardé à mort. Et tous deux se souviennent bizarrement très bien du chemisier à petites fleurs qu'elle portait.

Netflix suit chaque évènement, chaque procès et chaque découverte - elle donne la parole aux parents des victimes, j'avoue que j'ai beaucoup aimé la maman de Debbie, elle est d'une générosité incroyable malgré tout ce qu'elle a du vivre. Sa fille venait de quitter le domicile familial deux mois auparavant. Elle l'adorait. Ce qui est génial dans ce documentaire, c'est de voir non seulement les erreurs dans l'enquête (la police a dissimulé toutes sortes de preuves disculpant Ron et Dennis) mais aussi la ville d'Ada et ses habitants aujourd'hui. Si vous aimez les romans noirs, si vous vous intéressez à l'autre Amérique, celle des blancs pauvres, alors il est fait pour vous.  Le documentaire se suit comme une fiction, la photographie, le montage, le générique - tout y est.

Karl Fontenot et Tommy Ward avouant le crime

Je ne vous raconte pas la suite, j'ai juste découvert John Grisham dont je connais l'adaptation de certains livres et qui possède une vraie voix de cinéma et j'ai appris qu'il était membre de l'Innonence Project  qui est à l'origine de la remise en liberté de nombreux innocents, de prison ou du couloir de la mort. Un travail formidable. M'étant vivement intéressée à la peine capitale aux USA quand j'étais étudiante, je découvre que rien n'a changé depuis hélas. Je ne juge pas, nous avons eu Outreau, ne l'oublions pas. J'ai une pensée pour les victimes et pour ces hommes, en particulier Ron Williamson.

* * *

Sinon, j'ai regardé par hasard le téléfilm en deux parties sur l'affaire Marie Besnard avec dans le rôle principal, Muriel Robin. Le tournage date de 2006 et si j'en avais entendu parler à l'époque, je n'y avais pas porté grande attention. Du coup, non seulement j'ai découvert Muriel Robin dans un rôle à contre-courant et j'ai surtout découvert Marie Besnard. Surnommée l'empoisonneuse de Loudun, elle a été jugée à trois reprises pour l'assassinat de douze personnes mais a été innocentée. L'affaire avait passionné les médias à l'époque, en décembre 1949. Elle se terminera par un troisième et final procès en 1961. Marie est inculpée pour le meurtre en 1949 et est libérée en 1954 dans l'attente d'un nouveau procès.



On l'accuse d'avoir empoisonné à l'arsenic douze personnes, dont son propre mari Léon, sa mère, son premier époux Auguste (pourtant à la santé fragile toute sa vie), des membres de la famille de Léon, une amie et des locataires. Marie hérite en partie de ses décès mais la femme, économe, et douée en affaire fait des jaloux depuis longtemps. L'entreprise de son époux marche bien. D'un milieu modeste, Marie a connu une véritable ascension sociale en l'épousant. Ils n'ont pas d'enfant car Marie a du être opérée il y a des années. La femme est pieuse et reçoit, comme de nombreux habitants de Loudun, les lettres d'un corbeau. Marie est veuve pour la deuxième fois.

Alors,  lorsque l'une de ses anciennes locataires déclare que Léon a dit que sa femme avait versé quelque chose dans sa soupe alors qu'il se meurt, la rumeur enfle et son corps est exhumé. On va trouver de l'arsenic dans le sien puis dans les douze corps de proches décédés.
A l'époque, les tests ne sont pas fiables et sont très souvent mal menés. Les corps ont été mal enterrés et l'eau a pénétré les cercueils. De plus, pendant la guerre le cimetière a été transformé en potager et le gardien a utilisé de l'arsenic comme pesticide. Enfin, le zinc des cercueils en contenait. J'ai découvert que la presse entière s'était déplacée et que son procès a été suivi comme une feuilleton. Marie était revêche et n'a jamais avoué, mais son attitude a décontenancé tout le monde et le doute persiste toujours. Ainsi, son deuxième procès ne l'innocente pas et il faudra un troisième jury pour faire pencher le doute en sa faveur. Le téléfilm est bien réalisé, la jeune journaliste m'a particulièrement énervé dans la seconde partie mais j'ai aimé la réponse de Marie à son endroit.  Restera ainsi dans les annales, cette phrase célèbre du psychiatre qui l'a rencontrée pour le procès en cours d'Assises en 1954 : "Marie Besnard est normale, tellement normale qu'elle est anormalement normale". 

Bonne fin de semaine !