mercredi 4 mars 2015

My addictions of the week



Au menu cette semaine : Django Unchained, The Code, Kevin Spacey, Angelina Jolie, True Detective, Dan Spielman, Morse, Robin Wright, Keri Russell, House of Cards, Aden Young, Au pays du sang et du miel, David Wenham (Faramir), Gérard Collard, The Handsome Family, etc.

Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 1 mars 2015

Americanah

Ecrire ce billet n'aura pas été chose facile. Il y a tant de choses à dire sur ce livre.  J'avais déjà lu ci et là les avis enthousiastes d'autres blogueuses puis Chimamanda Ngozi Adishie est venue sur le plateau de La grande Librairie et j'ai su que je devais acheter le livre. Samedi dernier, je suis donc repartie avec l'épais volume d'Americanah (528 pages, broché) sous le bras.

En premier lieu, je n'avais jamais lu de roman de cet auteur, ni même de roman nigérian ou traitant de ce sujet. Ce fut donc une totale découverte. De plus, lisant qu'il s'agissait d'une belle histoire d'amour, qui n'est pas mon sujet de prédilection dans les romans, j'avais encore plus de doute. Aussi, les premies chapitres m'ont-ils paru laborieux. J'ai même eu quelques incertitudes sur ma capacité à le finir. Puis la magie a opéré .. je ne l'ai plus lâché, et être en vacances m'a permis de lire des heures et des heures à la suite. 

L'histoire ? Voici le résumé copié collé : "En descendant de l'avion à Lagos, j'ai eu l'impression d'avoir cessé d'être noire." Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l'Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu'on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ? Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux Etats-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria."

Ce roman se lit à plusieurs voix :
- Celle d'Ifemelu, jeune femme nigériane qui tombe amoureuse d'Obinze au lycée. Le lecteur la suit lors de son départ en Amérique pour étudier et sa difficile adaptation, puis revient avec elle au Nigeria lorsqu'elle prend la décision de retourner au pays.
- Celle d'Obinze que l'on suit dans ses pérégrinations en Angleterre. Contrairement à Ifemelu, il est l'immigrant sans papiers. Il doit se cacher, mentir, subir.

Le roman est une histoire d'amour entre deux jeunes gens, tous deux avides de réussite mais également un regard sans faille, sans oeillères sur la situation de la jeunesse dorée nigériane qui part étudier en Amérique ou en Angleterre et dont le retour au pays est difficile. C'est aussi le regard d'une jeune femme, qui une fois le pied posé en Amérique, va soudainement prendre conscience qu'elle est Noire (on ne se voit pas blanc tant qu'on n'a pas posé les pieds dans un pays où nous sommes une minorité). La romancière va faire de ce roman un essai sur sa condition de femme Noire africaine dans un pays occidental évolué. 

"Cher Noir non Américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L'Amérique s'en fiche". (page 249)

Ifemelu découvre ainsi qu'elle est constamment jugée sur sa seule couleur de peau. La jeune femme tente de s'intégrer rapidement mais au fil du temps déprime. Elle ne décroche pas d'emploi, or ses études ont un prix. Elle vit chez sa tante Juju et garde l'enfant de cette dernière. Ici, pas de cadeau - leur statut privilégié au Nigéria a disparu, la tante enchaine trois jobs pour payer ses études (son diplôme de médecin n'est pas reconnu en Amérique). Ifemelu va traverser une crise identitaire : doit-elle gommer, comme beaucoup de Nigerians, tout trace de ses origines pour augmenter ses chances de réussite ? Ainsi ses compatriotes sont nombreux à effacer leur accent et les femme raidissent leurs cheveux. L'auteur s'épanche longuement sur l'aspect capillaire et j'ai pensé aux actrices Noires américaines face à l'arrivée de Lupita Nyong'o, actrice Kenyane qui ne se raidit pas les cheveux.



Elle ouvre alors un blog où elle confie ses impressions jour après jour : être Noire en Amérique, faire face aux préjugés, au racisme mais découvrir également qu'elle est aussi jugée par ses pairs, qu'elle n'est pas comme les Afro-américains, ces Noirs américains descendants des esclaves. Cette réflexion qu'elle mène dans son blog est retranscrite ici sous forme d'extraits. Tous très pertinents.

"De nombreux Noirs américains disent avec fierté qu'ils ont du sang indien. Ce qui signifie, Dieu merci, que nous ne sommes pas cent pour cent nègres. Ce qui signifie aussi qu'ils ne sont pas trop foncés (Pour être précis, quand les Blancs disent foncés, ils pensent aux Grecs ou aux Italiens, mais quand les Noirs disent foncé, ils pensent à Grace Jones). Les Noirs américains aiment que leurs femmes aient une touche d'exotisme, soient à moitié chinoise ou possèdent une goutte de sang cherokee par exemple. Ils aiment les femmes claires (...) Oh, et les Noirs américains foncés n'aiment pas les hommes clairs parce qu'ils trouvent qu'ils ont trop de succès avec les femmes." (page 242)  

Si les trois-quart du roman jugent assez sévèrement les Américains ou les Anglais (et un peu les Français) mais pour la bonne cause car tout ce qu'elle dit ou pointe fait mouche, elle n'oublie pas non plus de juger son propre peuple. Au début du roman, lorsqu'elle est adolescente, la romancière juge sans détour son pays en proie à la corruption, aux luttes intestines pour le pouvoir, aux affaires douteuses et à la course à la richesse. De retour au pays, celle qu'on surnomme dorénavant "Americanah", a ainsi du mal à s'adapter à ce pays en pleine croissance :

"Le premier contact avec Lagos l'agressa. L'agitation sous le soleil éblouissant, les bus jaunes bondés de corps comprimés, les vendeurs de rue courant en sueur à la poursuite des voitures, les publicités sur les panneaux géants (..) et les ordures s'amoncelant le long des rues comme pour vous narguer. (page 425)

Dorénavant, Lagos se développe à toute vitesse, sacrifiant au passage une partie de son histoire, de sa culture. L'image qu'elle avait gardée en quittant le Nigéria n'est dorénavant plus qu'un souvenir. Le pays avance vite, très vite et comme tout pays du tiers-monde, il ne souhaite garder aucune trace du passé.



La romancière réussit un tour  de force : nous raconter une très belle histoire d'amour tout en partageant haut et fort ses réflexions sur la race ou le statut d'immigrant, et ce sur trois continents (l'Amérique, l'Europe et l'Afrique). Une oeuvre forte et puissante qui vous ouvre les yeux sur la condition des immigrants, des Noirs mais aussi des femmes. Un livre où j'ai appris, où l'auteur m'a ouvert les yeux sur un tas d'aspects que je méconnaissais. Un livre qui m'a fait grandir, j'espère.

J'hésitais à en parler ici, mais ayant étudié dans une université huppée du Sud il y a plusieurs années, je me souviens d'avoir été choquée par certains propos tenus par des professeurs émérites (dont une de Harvard) lors d'une conférence.  J'ai comme, Ifemelu le rapporte, entendu ainsi que le racisme n'existait plus en Amérique. Jamais je n'aurais cru pouvoir entendre ces propos, mais ce fut le cas. En France, le racisme est bien présent, particulièrement en ces temps-ci, il s'affiche plus ouvertement. Il gangrène la société française. Mais jamais un politicien ou un professeur irait soutenir de tels propos. On peut afficher des valeurs républicaines mais on ne nie pas le mal quand on le voit.

Ce jour-là, la dizaine d'étudiants Noirs américains (sur environ 1 200 étudiants), étaient assis dans le fond de la salle. Ce jour-là, j'ai parlé, comme mon amie allemande - on nous a retoqué que nous ne pouvions prendre la parole vu d'où nous venions (pays du Front National et du nazisme... ). Finalement, nous devons notre salut à une vieille Dame du Sud, assise à l'avant, drapée dans sa crinoline bleue, son immense chapeau. Elle s'est levée difficilement, avec sa canne, et a répondu à ma remarque (je m'étonnais du faible nombre d'étudiants issus de minorités dans cette faculté) en m'expliquant que si on trouvait si peu d'étudiants Noirs ici, "c'est parce que le seul objectif dans la vie d'un Noir américain est un jour d'être balayeur au McDonald...".

Un silence gêné a alors empli la salle. Puis mon amie et moi l'avons remerciée pour son intervention, nous nous sommes levées et nous avons quitté la salle, suivie des étudiants Noirs. Ifemelu, se serait elle, assise devant et aurait su comment moucher cette soit-disante politologue d'Harvard.

Lisez Americanah. Moi je vais m'empresser d'emprunter ses autres livres !

Rendez-vous sur Hellocoton !

mercredi 25 février 2015

Birdman

J'ai donc attendu le jour de sa sortie en salles pour aller voir Birdman, or the unexpected virtue of innocence (Birdman, ou la surprenante vertu de l'innocence), tout juste oscarisé (meilleur film et meilleur réalisateur entre autres). Je n'ai vu de ce film que les extraits diffusés lors des Oscars (pour l'Oscar du meilleur film, du meilleur acteur et du meilleur second rôle féminin et masculin). 

Que dire de ce film ? J'ai découvert un véritable ovni dans la sphère hollywoodienne, film sur lequel je n'aurais jamais parié sur pour les Oscars si je l'avais vu avant le 22 février. Pourtant je connais le travail d'Alejandro G. Iñárritu avec 21 grams, Babel, Biutiful. 

L'acteur Riggan Thomson (Michael Keaton) a connu la gloire il y a vingtaine d'années en incarnant à trois reprises le super héros Birdman. Mais si ce rôle lui a apporté la popularité et beaucoup d'argent en son temps, il l'a aussi à jamais enfermé dans son costume de sauveur et depuis personne ne s'intéresse à l'acteur, Riggan Thomson. Thomson décide alors de se lancer un défi personnel en adaptant, en produisant et en réalisant avec son meilleur ami et avocat Jake (Zach Gafianakis) le roman de Raymond Carver, What we talk about when we talk about Love à Broadway.  L'acteur mise tout ici : sa carrière (ce qu'il en reste), sa réputation et son argent. L'homme s'est entouré de sa fille, Sam (Emma Stone) comme assistante et d'acteurs talentueux dont Lesley (Naomi Watts). Il a du à la dernière minute de la générale recruter en urgence son petit ami Mike (Edward Norton), un célèbre acteur égocentrique qui va venir bouleverser le projet déjà fragile de Riggan. 

Je ne vais pas vous raconter le film, sachez qu'avant la première, les acteurs vont répéter sous forme de générale (en présence du public) à trois reprises, et qu'à chaque fois, quelque chose d'imprévu se passe, mettant à rude épreuve les nerfs de Riggan.

Le réalisateur a opté pour une réalisation musclée, rythmée par la musique continue d'un joueur de jazz à la batterie dont le son bat à l'unisson avec le coeur de Riggan. Le spectateur suit chaque mouvement dans les dédales des coulisses.

Le film offre une ambiance électrique,  avec une caméra presque portée à l'épaule et une série de gros plans sur les visages et expressions des acteurs. Le rythme est particulièrement soutenu. Le réalisateur mexicain veut que le spectateur ressente la même pression qui pèse sur les épaules du frêle Riggan. 



Alejandro G. Iñárritu filme des acteurs jouant des acteurs interprétant des personnages sur scène. Une boîte dans une boîte dans une boîte. Un pari de metteur en scène et un plaisir intense pour l'amoureuse du cinéma que je suis. J'ai ainsi ressenti un vrai plaisir en voyant  Riggan et Mike répéter une scène cruciale de la pièce et faire varier leur jeu. Edward Norton est impressionnant. 

Le réalisateur mexicain affectionne particulièrement le lyrisme, je me souviens vraiment du film 21 grams et le réalisateur confie à Riggan une aura particulière lorsqu'il se laisse porter par son passé. Obsédé par son personnage de Birdman qui l'a presque fait disparaître, Riggan entend constamment ce dernier lui parler et dans ces moments Riggan peut, rien que par la pensée, déplacer des objets et même s'envoler. 

Je n'en dirais pas plus sur le film qui je l'avoue, m'a déstabilisé troublé. Je ne m'y attendais pas. 

Je souhaite cependant revenir sur plusieurs points, en premier le jeu des acteurs qui est impressionnant. Dans mes pronostics sur les Oscars, j'avais choisi Keaton plus par défi (je me doutais que Redmayne ou Cumberbatch allait rafler la mise), et j'avais opté pour Edward Norton comme meilleur second rôle, car j'ai toujours adoré l'acteur. Je n'avais pas pensé à Emma Stone. 

Aujourd'hui, après avoir vu le film, j'aurais décerné aux trois sans hésitation une récompense. Peut-être pas la récompense suprême mais honnêtement, j'ai adoré les voir sur scène. Edward Norton est immense, cet homme est non seulement un acteur formidable mais il occupe à lui seul la scène. Il faut donc être sacrément bon face à un tel charisme. J'adore sa voix, son physique - et face à lui, un Michael Keaton en grande forme, qui prouve ici, comme son personnage qu'il peut faire son come-back, fracassant - et qu'il possède toujours ce visage double (ange/démon). 
Enfin, Emma Stone est un petit bout de femme épatant, elle arrive à tenir tête à ces deux hommes et à s'imposer.



Naomi Watts est aussi excellente comme Zach Gafianakis, que j'ai aimé enfin voir dans un rôle "normal" loin de son personnage de la série Very Bad Trip.  

En second point, si l'histoire est fortement imprégnée de lyrisme ce qui peut rebuter certains spectateurs, elle est aussi sacrément drôle. J'ai beaucoup ri - à noter qu'au début, j'ai vu que certains spectateurs, sans doute un peu déstabilisés, hésitaient à faire de même puis rapidement la salle a suivi. Ces situations comiques permettent de relâcher un peu la tension ambiante.

Car tension il y a - ainsi le réalisateur a choisi de ne jamais laisser le spectateur souffler. 

Une autre lecture du film porte sur le cinéma en général, et les acteurs. Lorsque Riggan cherche un remplaçant, il réalise que tous les acteurs qu'il a en tête jouent également des supers héros (on voit même Downey Jr à l'écran dont il se moque ou Renner, un Avenger...). Les acteurs ne sont plus que des personnages de dessins animés. 

Que dire de cette parabole avec la propre carrière de Michael Keaton qui après avoir enfilé le costume de Batman (de Tim Burton) a connu lui aussi un long passage à vide et retrouve ici une reconnaissance avec sa nomination aux Oscars ?



Si Hollywood n'est pas épargné,  le film propose une critique sévère de Broadway, et de ce cercle élitiste qui condamne les films à gros budgets de fait. Un des meilleurs moments du film, selon moi, est la joute verbale entre le personnage de Riggan et la critique la plus célèbre de Broadway, journaliste au NY Times. 

Evidemment, je suis me posée la question : comment Hollywood peut-elle décerner la statuette dorée à un film qui compare les productions hollywoodiennes à de la lie? Bonne question. Sans doute parce qu'au final, le film ne montre ici que deux versants d'une même montagne sans donner tort ni raison à l'un ou à l'autre. 



Ce film m'aura marqué mais je lui ai cependant trouvé quelques points rédhibitoires dont je tiens à parler : 
- le choix du réalisateur d'imposer de manière continue au spectateur la musique de jazz (à la batterie) pendant toute la durée du film (excepté à quelques moments précis, trop rares à mon goût). C'est sans doute ma faute, mais pendant les dix premières minutes du film, j'ai eu l'étrange impression de croire que le personnage du film Whiplash (joué par Miles Teller) avait été par magie transporté dans une loge voisine à celle de Riggan. 

- le film dure 2 heures et j'ai trouvé que s'il exploite certaines pistes, il n'allait pas jusqu'au bout. Je ne sais pas trop comment l'expliquer, je ne me suis pas ennuyée, le rythme est soutenu mais j'ai quand même décroché à une ou deux reprises, ce qui m'arrive rarement au cinéma. 

En conclusion, j'ai donc été surprise et déroutée par l'histoire, le rythme et la musique mais j'aime ça et je retiens surtout le magnifique jeu des acteurs, leurs joutes verbales, leur intensité et le lyrisme du film - avec ces magnifiques scènes où Riggan vole. 

Et puis toujours New York, filmée magnifiquement par le réalisateur mexicain. 

Mon avis : ♥(♥)


Rendez-vous sur Hellocoton !