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09 février 2011

The road by Cormac McCarthy (La Route)

Je ne suis pas forcément adepte des Prix Goncourt ou des Prix Pulitzer, mais j'avais toujours eu envie de lire "The road" (La route) de Cormac McCarthy, même avant que le livre ne remporte le Prix Pulitzer en 2007.

L'histoire : un homme et son jeune fils tentent de survivre dans un paysage post-apocalyptique, où ne survivent que quelques rescapés et des bandes de hors-la-loi. La terre, désolée, brûlée est recouverte de neige, et les quelques survivants sont peu à peu poussés à commettre l'irréparable : manger l'autre. Le père garde malgré tout espoir  de trouver un monde meilleur en allant vers le sud, malgré le froid, le vent, les hors-la loi et surtout la faim.

Je vous déconseille de le livre si vous êtes déprimé, la vision post-apocalyptique est si noire, si désespérée (des gens sont kidnappés puis retenus dans des garde-manger en attendant d'être dévorés par d'autres survivants), que j'ai parfois eu du mal à tourner les pages. Mais le livre n'est pas pessimiste, il est l'opposé en fait. Il souhaite démontrer que l'espoir, l'amour et la solidarité sont les forces qui guident les pas des personnages et leur permettent chaque jour de parcourir ces kilomètres sans jamais céder au désespoir.

Mais c'est aussi de ma faute, j'ai voulu lire ce livre tous les jours, en prenant le bus, or depuis que j'ai changé de boulot, mon temps de lecture s'est réduit à une peau de chagrin, une petite dizaine de minutes, et j'ai rarement une place assise. Il m'a donc fallu du temps pour le finir, finalement j'ai décidé de consacrer une grasse matinée à ce livre, et j'ai lu la dernière moitié d'une traite, avec plaisir et sans regret.

Image du film "La route" adapté du livre (avec Viggo Mortensen)
J'aime le style dépouillé de l'auteur, j'ai lu le livre en anglais et je n'ai pas eu de souci particulier de ce côté-là. Son style est adapté à l'histoire du livre : un monde brutal, froid, dangereux où les échanges du père et son fils sont courts et espacés. Et terriblement honnêtes. Leur seule richesse se résume à un chariot qu'ils remplissent avec des objets pratiques (couvertures, boîtes de conserves, tournevis, bidons, eau, pétrole, etc.). Le fils demande souvent à son père s'ils vont mourir,  ou comment l'on meurt de faim, et demande à être quotidiennement rassuré : "Are we the good guys ?" "Sommes-nous des gens biens?", comparés aux voleurs cannibales qui ajoutent à leur voyage infernal une dose de peur supplémentaire.

Une fois plongée dans la lecture, j'ai eu du mal à lâcher le livre et j'ai enfin compris le succès du livre. Aussi étrange que ce soit, l'auteur ne nous pousse pas à nous identifier aux personnages, enfin c'est mon sentiment. J'ai eu plus l'impression d'être un spectateur, comme un oiseau, qui suit ces survivants lutter jour après jour, heure après heure contre le froid et la faim, dans un climat de désolation.  Et si chaque jour finit par se ressembler, si rien ne change fondamentalement, si les rencontres sont toutes des échecs, si la faim et le froid reviennent chaque jour,  l'auteur réussit néanmoins à nous faire espérer, comme ses personnages, qu'une page va se tourner, que derrière cette ville, cette rivière, cette montagne de cendres, les héros vont trouver un autre monde.

Il réussit là son tour de force : faire comprendre au lecteur que l'être humain est intrinsèquement  croyant, pas dans le sens religieux, mais que dans sa chair, il a toujours espoir d'un meilleur lendemain,  il veut croire en un monde peuplé d'hommes "biens".  C'est cette force, cette foi qui le pousse à résister, à avancer tous les jours, comme nos ancêtres il y a des milliers d'années. Je ne savais pas comment écrire ce billet, alors je suis allée lire les commentaires sur Amazon,  et j'ai vu l'engouement des autres lecteurs pour cette œuvre originale et forte.

Le style très dépouillé, les descriptions sont succinctes, et redondantes (d'une forêt en cendres à des centaines de maisons et hameaux désertés), et ces dialogues qui témoignent à la fois du lien  fort et émouvant entre un père et son fils mais aussi de leur extrême solitude (les rêves n'existent plus, le passé ne se raconte plus) peuvent effrayer des lecteurs potentiels.

Finalement, même si j'avoue avoir eu du mal à "commencer" le livre, une fois décidée, j'ai mis à peine deux heures à le finir, et j'ai  beaucoup aimé ce que j'ai lu. Ayant toujours eu envie de lire le livre avant de voir le film, je n'ai donc toujours pas vu l'adaptation cinématographique de l'œuvre même si j'aime beaucoup l'acteur Viggo Mortensen. En fait, j'ignore si elle arrive à retranscrire fidèlement ce que le livre réussit à transcrire en 287 pages : l'instinct de survie de l'homme guidé par un fol espoir en l'homme et en la vie qui est plus fort que tout.

J'ai lu hier une interview du comédien Benoît Poelvoorde que j'aime beaucoup, et qui disait que la vie est comme un course cycliste, et que parfois l'homme a envie d'arrêter de pédaler, lorsqu'il ne voit pas le bout de la route, qu'il ne sait plus pourquoi il pédale, mais que finalement il continue toujours de pédaler, parce que c'est ainsi qu'il est fait.

Benoît Poelvoorde aimerait ce livre.




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