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21 mai 2012

Un dimanche pluvieux

Je regarde cette photo prise le 7 mai dernier, une journée très ensoleillée, chaude, les pâquerettes et boutons d'or recouvraient la pelouse, et je compare à ces deux derniers jours, froids et pluvieux, et je finis par douter de l'arriver un jour du printemps !

Comme vous pouvez le constater, je passe beaucoup de temps à promener mon chien, et donc moins devant mon ordinateur, mais c'est aussi agréable de quitter le monde virtuel pour le monde réel ;)

Cependant, mon cadeau d'anniversaire m'incite encore à regarder des films dans mon salon. En effet, on m'a offert une nouvelle télévision HD, qui me permet aujourd'hui de profiter de mon lecteur blu-ray et des multiples possibilités de ma box. Et bonne nouvelle, le programme cinéma de Canal est très intéressant.

Les séries télévisées continuent, Desperate Housewives va bientôt se terminer pour de bon, et les épisodes ont déjà ce goût doux-amer, Luther est une bonne série britannique, et Idris Elba est excellent. 

J'ai regardé également le documentaire The Interrupters mis en place par la ville de Chicago pour lutter contre le crime. Chicago (j'y ai séjourné pendant un été) est une des villes malheureusement les plus violentes. 90% des victimes par balle sont des jeunes afro-américains issus des quartiers difficiles. Face à l'hécatombe (plus de 360 victimes en trois ans), un programme est né, il regroupe d'anciens leaders de gang qui ont décidé de changer de vie et peuvent aujourd'hui aller mener des opérations de prévention. Le documentaire est saisissant, ces médiateurs connaissent donc parfaitement le monde dans lequel évolue ces jeunes gens, et agissent souvent pour éviter des actions de représailles. En effet, lorsqu'un membre d'un gang est assassiné, son gang (ou les membres de sa famille) vont vouloir se venger, c'est à ce moment qu'interviennent les médiateurs. On le suit aider les familles à organiser les funérailles, et prendre la parole, en s'adressant aux proches de la victime. Ils sont tous très connus et respectés, mais parfois le jeu est dangereux, et deux d'entre eux ont fini à l'hôpital. Les voir, tous réunis autour d'une table partager leur expérience, et leurs histoires et surtout raconter le moment clé dans leur vie, où ils ont décidé de quitter leur ancienne vie (qui pourtant leur rapportait des milliers de dollars) a été très instructif. Lorsque l'un d'eux plaisante, qu'à eux tous réunis, ils doivent cumuler trois cent années de prison est très parlant, mais cela signifie aussi que chaque personne peut changer, même un chef de gang peut un jour déménager en banlieue, fonder une famille et aller travailler tous les jours comme une personne ordinaire.

Quelle tristesse d'assister à ces histoires d'adolescents assassinés, parfois sans aucune raison, certains étaient juste là au mauvais moment, au mauvais endroit, et assister à l'impuissance de la police. Un monde que je n'ai pas vu lorsque j'ai séjourné dans cette ville. Ce qui m'a frappé c'est de voir en effet cette jeunesse prisonnière de leur quartier, incapable de pouvoir s'en extraire. L’Amérique est un immense pays mais ces jeunes semblent comme enchainés à cette vie, comme des condamnés à de longue peine qui finissent par ne sentir rassurer que dans les 8m2 de leur cellule. Or tant que le déclic ne vient pas d'eux, il n'y a rien à faire. Un superbe documentaire.          

Côté lecture, je viens de finir Un long silence, la biographie de la famille Gilmore, écrite par le benjamin, Mikal.  En France, le nom de Gilmore ne signifie rien, mais aux États-Unis, il est entré dans l'histoire avec un grand H à la fin des années 70. Gary Gilmore, le frère cadet a mis fin à un moratoire national sur les exécutions, en souhaitant être exécuté par le gouvernement de l'Utah. Son histoire avait fait la une de la presse nationale, car en plus de refuser tout appel et demandé à être exécuté après sa condamnation à mort, il avait opté pour le peloton d'exécution (d'où le titre original : Shot in the heart). Mais l'histoire des Gilmore, est plus complexe - interpellé par leur personnalité à part, le romancier Norman Mailer avait rencontré Gary Gilmore et sa famille quelques jours avant la date fatidique (janvier 1977), et en avait puisé l'inspiration pour son roman Le chant du bourreau. Ce livre remporta le Prix Pulitzer en 1981.


Mikal Gilmore a choisi de prendre la plume pour raconter cette odyssée américaine (cf.photo à gauche), et croyez-moi le Parrain à côté, c'est de la guimauve. Le père de Mikal était déjà un homme âgé quand il est devenu père, et lorsque Mikal est né, il avait déjà une soixantaine d'années. Son père était une sorte de mystère, élevé par une médium, ancienne danseuse, il avait grandi, balloté de cirque en cirque, croyant que son père était le magicien Houdini. Très vite, il avait commencé à jouer à Bonnie et Clyde, il voyageait d'état en état dans les années 20 et 30 en arnaquant tous ceux qu'ils croisaient. Lorsqu'il rencontre Bessie, il a déjà marié plusieurs fois, sous de faux noms, a déjà eu pas mal d'enfants, reconnus ou non, et approche de la cinquantaine. Elle est à l'opposée de sa vie, mormone, elle a grandi dans une famille très pratiquante de l'Utah et rêve de s'échapper, mais cette nouvelle vie va vite tourner au cauchemar. Les enfants naissent et grandissent dans des dizaines de ville, sous des faux noms, et le père finit par se mettre à boire et devenir violent. La mère, bercée par les histoires terribles de la persécution des mormons, et de sa foi, voit des fantômes dans toutes les maisons et est persuadée que sa famille est maudite. Elle n'a pas tort, très vite, Gary (ensorcelé par le diable selon elle lorsqu'il était bébé) devient violent, comme Gaylen, le troisième frère. L'ainé, Frank Jr subit comme ses frères les foudres du père, qui les bat violemment, mais également celles de sa mère qui semble haïr son propre fils. Les récits de violence paternelle sont effrayants, chaque enfant va réagir différemment, leur souffrance est terrible, et dans ces années cinquante, on envoie les enfants dans des centres de redressement où la torture et les viols sont fréquents.

Religion, trahison, vol, arnaque, brimade, amour, désespoir, tout y est. On est à la fois effrayé et en même temps comme hypnotisé par leur histoire, Mikal tente, avec les témoignages des quelques survivants de retracer leur vie, mais le père, véritable mystère aura fait fi de cacher ses faits et gestes sous de multiples pseudonymes. Leur vie semble être vouée à l'échec, le narrateur a voulu s'approprier son histoire pour comprendre la racine du mal, comprendre pourquoi deux de ses frères sont décédés de mort violente et le troisième aura disparu pendant plus de dix ans. Un film The executioner's song, a été adapté de la vie de Gary Gilmore, Tommy Lee Jones interprétait cet homme qui aura choisi d'expié ses pêchés en versant son sang (comme l'exige la religion mormone), mais Mikal ne le trouve pas satisfaisant. Il lui reproche de ne pas vouloir expliquer ce qui motivait le jeune Gary depuis sa tendre enfance. Lorsque les frères se retrouvaient, même après le décès de leur père, ils ne pouvaient que parler de cette violence paternelle et de leur manque d'affection. Mikal, devenu le rédacteur en chef du magazine Rolling Stones en conclut que le seul moyen de mettre fin à ce cycle infernal aura été qu'aucun des quatre fils ne créé sa propre famille.

Ce livre m'a beaucoup marqué, cette biographie vous permet de voyager de l'Amérique pendant près de cent ans, de la fin du 19ème siècle à la fin du 20ème. C'est l'Amérique que décrivait Tennessee Williams, avec le regard journalistique d'un Truman Capote - une Amérique de bandits, d'escrocs, de fanatiques religieux, d'espoir et de désespoir.

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