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23 janvier 2011

Le lézard lubrique de Melancholy Cove

J'ignorais tout de Christopher Moore - jusqu'au petit déjeuner de départ organisé en décembre dernier lorsque j'ai quitté mon ancien job. Une des collègues, avec qui je m'entends très bien (nous sommes restées en contact) m'a offert deux livres de Christopher Moore : "Un blues de coyote" et  "Le lézard lubrique de Melancholy Cove".

Ils nous arrivaient d'échanger sur nos lectures autour d'un café, elle m'avait parlé de lui mais son nom ne m'évoquait rien. Je suis donc repartie avec ces deux livres sous le bras, j'ai commencé par le deuxième (sans y faire attention) et je n'ai pas été déçue.

Quatrième de couverture : Il se passe quelque chose dans la morne station balnéaire de Melancholy Cove. On y trouve, pour un cocktail détonant, un flic qui se console de l'être en tirant sur des joints, une schizophrène ex-actrice de films de série Z postapocalyptiques réfugiée dans une caravane, un joueur de blues poursuivi par un monstre marin dont il a tué le petit quarante années plus tôt, une psy qui ne donne plus à ses malades que des, placebos, un pharmacien lubrique ne rêvant que d'accouplements avec des dauphins, une femme qui se pend, des gens qui disparaissent... Une seule certitude : tous ont la libido qui explose. Tous sans le savoir sont sous le signe du lézard...


Je découvre aussi avec beaucoup de plaisir que sur une autre édition, un de mes auteurs préférés, Carl Hiassen a laissé ce commentaire : « Christopher Moore est un homme très malade, dans le meilleur sens du terme. » Et c'est bien à Carl Hiassen que j'ai pensé en lisant ce livre, ils possèdent tous les deux le même humour débridé, cette liberté littéraire qui les rend à mes yeux si unique en leur genre.

Car il faut être prêt à s'engager dans des aventures psychédéliques, qui défient tout sens de réalité, et mettent à mal le genre policier.

Il m'est tout aussi difficile de résumer le livre, la quatrième  de couverture le fait plutôt bien. Christopher Moore en profite pour s'attaquer aux shérifs corrompus, aux psychiatres menteurs, aux antidépresseurs prescrits à tous bords, à  ces gens biens qui cachent des obsessions sexuelles bizarres. Et lorsqu'une sorte de monstre marin débarque dans cette petite ville côtière, c'est pour décupler subitement la libido de tous les habitants, les transformant en véritables obsédés sexuels et en changeant les plus religieux en véritables zélés prêts à se sacrifier, qui viennent se prosterner nus devant l'animal.

Il règle aussi ses comptes avec tous ces bigots et cette morale judéo-chrétienne (et au passage les scientologues). Je souris en tapant ces mots, car j'imagine que cela doit paraître très étrange au lecteur ! Attention ! Le livre n'est ni érotique, ni vulgaire, aucune scène de sexe n'est décrite, il s'attache plutôt aux sentiments qu'éprouvent ces personnages qui voient leurs vies bouleversées. Quant au héros du livre, le flic local,  il est soudainement sevré de son addiction à la marijuana, tandis que les rats fuient la ville, et que Catfish le bluesman local rencontre l'amour et perd son inspiration.

Le livre est là pour nous divertir, il est drôle et burlesque. Je l'ai lu dans les transports en communs, et j'ai plusieurs fois eu du mal à retenir mes fous rires. Comme dans les romans de Carl Hiassen, on arrive à accepter le grand n'importe quoi, le monstre marin, les histoires de jeunesse complètement loufoques de Catfish, la guerrière en bikini de cuir. Tout passe comme une lettre à la poste.

Exemple : 
"Il s'était préparé à affronter les agents des stups, il avait envisagé une fuite à toute blinde, il n'avait pas exclus l'hypothèse d'un échange de coups de feu avec des dealers mexicains. Tout cela pouvait arriver. Il se félicitait d'être un vrai dur capable de s'adapter à toute sorte de situation. Il se croyait supérieur aux autres hommes en raison de sa faculté à se maîtriser quand la pression montait. Par contre, il ne s'était jamais préparé à voir une conduite intérieure teutonne avec un labrador retriever au volant."

Il ne faut pas oublier, Molly Michon (quel nom !) l'ex actrice de films Z qui se prend pour l'héroïne guerrière Kendra et qui devient la maîtresse du monstre, qu'elle nomme affectueusement d'un prénom de série B. Et Christopher Moore donne même une explication très convaincante de la différence entre la psychose et la névrose, à garder sous le coude pour épater ses amis ou collègues :

"Vous êtes un névrosé, Théo. C'est-à-dire quelqu'un qui pense que quelque chose cloche en lui alors que son entourage le croit tout à fait normal. A l'inverse, une psychotique pense qu'elle est normale alors que tout le monde pense qu'elle est déconnante. Amusez-vous à faire un sondage auprès des gens du coin, et vous verrez qu'on me classe dans la deuxième catégorie. "

Au final, moi qui adore Carl Hiassen, je recommande vivement Christopher Moore, dont le livre est un excellent antidépresseur qui lutte contre le froid et le gris de l'hiver. Il m'a apporté un sourire matinal, une autre drogue très agréable !


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