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12 septembre 2012

Les filles de leurs mères

J'ai donc acheté plusieurs romans dans une boutique de livres d'occasion dont le premier roman d'Anne Berest, la fille de son père.

Je l'ai lu assez rapidement car le roman compte peu de pages. L'histoire nous présente trois petites sœurs toutes rousses, qui trente ans après se retrouvent autour d'une table pour fêter l'anniversaire de l'ainée. Les langues vont alors se délier, et un secret va être révélé. L'auteur joue de flashbacks, entre passé, présent et jeu de narration. La narratrice est la cadette, qui avec sa sœur ainée, va mettre soudainement en doute leur lien sanguin, et douter de la fidélité de leur mère, décédée depuis des années.

J'ai aimé lire ce premier roman. L'auteur sait parfaitement analyser les familles, les non dits, les silences et les secrets, tout en contrebalançant l'effet dramatique par le cynisme et l'humour des sœurs. Le roman est découpé en scénettes et emporte le lecteur dans plusieurs périodes de la vie de la narratrice. Les filles, élevées sans leur mère, sont solidaires, surtout les ainées face à leur belle-mère, qui sous la pression, finira par lâcher une petite phrase terrible et provoquer, sans le vouloir, un tsunami.  J'ai aimé le style, le choix des mots, l’âpreté, le refus d'embellir ou d'adoucir la réalité.  Le seul défaut de ce roman est sa taille, 145 pages - mais en même temps, trop de descriptif n'aurait pas collé à cette histoire qui se doit de rester apurée.  J'ai hâte de lire son deuxième roman, les Patriarches (j'ai la critique de Elle sous les yeux qui me confirme dans mon envie).

La lecture de ce roman m'a rappelé deux autres romans, écrit également par deux auteurs françaises : Delphine de Vigan et Justine Lévy. Toutes deux ont, aussi, choisi le thème de la famille, des secrets, des fêlures, avec au final beaucoup de succès pour Rien ne s'oppose à la nuit et Mauvaise fille. Contrairement au roman d'Anne Berest, elles ont utilisé leurs propres histoires. Nées dans des familles désarticulées, elles ont grandi auprès de mères différentes, présentes et absentes. Elles ont sans doute trouvé  dans l'écriture un moyen de panser leurs blessures. Elles ont su réécrire leur passé avec justesse, pudeur. Ainsi, j'ai eu un véritable coup de foudre pour l’œuvre de Justine Lévy, et pour les mots de Delphine de Vigan.

J'avais écrit un billet sur Rien de grave et Mauvaise fille dans un ancien blog, disparu en emportant avec lui mes écrits. Il me reste à le réécrire, mais avant je dois relire ses œuvres. J'ai écrit un billet sur ce blog pour Rien ne s'oppose à la nuit. Le temps passe, et j'ai beaucoup lu depuis, mais je me souviens avoir été touchée par cette petite fille, élevée dans cette famille dysfonctionnelle, devenue adulte, en quête de connaissance et (de reconnaissance), désireuse de lever le voile sur le mystère que représentait sa mère.

Justine Lévy aura une enfance chaotique - une mère fantasque, mais dont la maladie prendra le dessus sur tout le reste, laissant son enfant désemparée. Son père sera sa bouée de sauvetage. Son style n'a pas plu à tous. Moi j'ai été happée. Je n'ai plus posé le livre avant d'en avoir fini la lecture. J'ai ensuite lu son premier roman, Rien de grave. On parle souvent des relations père-fille, mais en lisant ces romans, le lien entre une fille et sa mère me semble encore plus éprouvant. Lorsque le lien est rompu, nait une véritable quête existentielle pour l'enfant.

J'ai aimé le style de ces trois écrivains, leur honnêteté, leur franchise, mais aussi leur pudeur, leur douleur. J'attendais cette rentrée pour lire les nouveaux romans de Justine Lévy et Delphine de Vigan, je vais lire Les Patriarches d'Anne Berest et découvrir, j'espère, de nouveaux talents. Je sais qu'elles n'écriront plus probablement sur ce sujet, mais j'aime leurs mots. J'espère, qu'à l'heure où j'écris les miens, elles font la même chose ;)



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