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17 juin 2014

Ain't them bodies saint (les amants du Texas)

J'avais voulu voir le film à sa sortie au cinéma mais finalement les choses ne s'étaient pas faites. J'ai donc acheté le DVD et j'ai découvert ce petit ovni cinématographique, clin d’œil aux amoureux du cinéma de Terrence Malick , mystère pour les autres. Une histoire d'amour au Texas dans les années 70, filmée subliment, des acteurs magnifiques et une sensation douce-amère qui vous envahit à la fin du film. 

L'histoire d'amour entre Ruth (Rooney Mara) et Bob (Casey Affleck) est celle de deux paumés du Texas, pauvres, esseulés, ils braquent des banques et rêvent d'avoir un jour leur propre maison. Mais un jour le destin les rattrape et le film commence avec leur dernier chassé-croisé avec la police. Une fusillade s'ensuit : la jeune femme blesse le shérif adjoint, leur complice est tué. Bob décide de porter l'entière responsabilité. Envoyé en prison, il n'a de cesse de s'échapper pour retrouver l'amour de sa vie, Ruth enceinte de leur enfant.

Les premières scènes sont magnifiques, comme les personnages de Badlands, ces deux jeunes personnages incarnent une Amérique qui a abandonné ses enfants, eux qui rêvent du plus simple mais sont incapables de vivre normalement. Les années passent, Ruth a donné naissance à la petite Sylvie et l'élève calmement dans une maison prêtée par le père de leur complice, Skerritt, une sorte de mafieux local (Keith Carradine). Ruth a beaucoup changé, la jeune femme a mûri et la maternité a profondément bouleversé sa vision de l'univers. Elle se sent responsable de sa fille, et si elle reste profondément seule - les images du film traduisent cette solitude profonde, elle s'ouvre peu au peu au monde, et chose surprenante, regarde le shérif adjoint (Ben Foster) s'approcher d'elle avec complaisance. 


De son côté Bob multiplie les tentatives d'évasion et écrit tous les jours à son amante. Il finit par réussir à s'échapper et décide de rejoindre Ruth et Sylvie pour quitter à jamais le Texas. Prévenus, la police locale, et plus spécialement le shérif adjoint tentent de protéger Ruth et Sylvie, de même que Skerritt qui ordonne au suspect de disparaitre corps et âme en laissant Ruth et Sylvie tranquilles. Mais Bob n'a que faire, aidé par le patron d'un bar, il prend contact avec Ruth afin d'organiser leur fuite, mais rien ne se passe comme prévu. 

Si vous aimez les films de Terrence Malick, vous ne pourrez pas vous empêcher d'y trouver de nombreuses similitudes, avec le même traitement de la lumière, des silences, un hommage appuyé à l'un de mes réalisateurs préférés. Mais David Lowery ne va pas aussi loin, ici point de salut dans la spiritualité comme chez Malick. Il dépeint l'Amérique des bouseux des années 70 - ici aucun échappatoire, et les personnages vivent et meurent seuls. Lowery filme un trio amoureux : entre Bob, emprisonné 4 ans loin de siens, incapable d'envisager une autre issue, le shérif adjoint (Ben Foster) amoureux de Ruth et cette dernière qui ne rêve que d'une chose : partir, mais seule avec sa fille, le réalisateur réussit le pari de nous faire aimer chacun des personnages. 

De plus, Lowery ne filme ni le braquage, ni l'évasion, il privilégie les personnages et opère quelques flashbacks pour montrer l'amour qui unit ces deux êtres, qu'on ne voit finalement presque jamais ensemble. Ce choix de montrer "l'après" peut dérouter les amateurs de Natural Born Killers ou Bonnie&Clyde.

Je suis, je le dis à chaque fois, une grande fan de Rooney Mara - j'avais donc hâte de la voir dans ce rôle et inquiète de ne pas la trouver à la hauteur, mais non du tout : elle confirme pour moi tout le talent qu'elle porte. Elle est sublime dans ce rôle. Je n'ai jamais partagé d'atomes crochus avec Casey Affleck ou Ben Foster, mais les deux acteurs se sortent bien de ce traquenard : car il faut ici s'adapter à la couleur locale, et tous deux passent le test haut la main (l'accent texan, à voir en v.o). Ben Foster est méconnaissable dans le rôle de ce shérif, amoureux transi, avec sa moustache et son chapeau qu'il ne quitte jamais.

La première scène s'ouvre sur leur arrestation et j'avoue que j'ai cru que l'action se passait dans les années 30 - sorte de Bonnie & Clyde, aussi qu'elle ne fut pas ma surprise en voyant les énormes voitures bleues de la police. Mais à réfléchir, je pense que cela a traduit la volonté du réalisateur de montrer ces bourgades où le temps n'évolue pas, où rien ne change. L'ennui transforme la jeunesse en truand et la mort n'est jamais loin. 


Ne croyez pas que l'histoire se termine très mal, elle se termine dans le sang et la douleur mais laisse néanmoins une lueur d'espoir, qui ressemble à cette lumière qui vient illuminer le visage des jeunes amants lorsqu'ils s'embrassent au lever du soleil. 

Un très beau film à qui il aura peut être manqué parfois le souffle lyrique qu'insuffle Malick dans ses films. 

Mon avis : 

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