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22 juillet 2014

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

J'ai tout lu et entendu au sujet de ce roman - j'avais donc envie de me faire ma propre idée. C'est chose faite. J'ai depuis relu quelques critiques d'autres blogueurs et je me dis que ce livre et son succès ne me laissent pas indifférente. Mais quel est mon verdict ?

L'histoire ? New York city, 2008 - Marcus Goldman, un jeune écrivain à succès connaît la crise de la page blanche. Son éditeur à qui il doit des avances confortables lui met la pression. Le jeune homme reprend alors contact avec son mentor, un des écrivains les plus respectés du pays : Harry Quebert. Ce dernier est alors soudainement accusé d'avoir assassiné, en 1975 à Aurora, dans le New Hampshire, la jeune Nola Kellerman, âgée de 15 ans avec qui il aurait eu une liaison. 

Afin d'avoir un œil critique et un peu moins subjectif, je me dois de préciser quelques faits D'une part sur l'auteur, Joël Dicker. Il est suisse romand, a 29 ans et remporte avec ce roman de nombreux prix dont le Grand Prix du roman de l'Académie française. Ce livre a connu un énorme succès en librairie mais a aussi déclenché une vague de critiques, liées principalement à sa simplicité stylistique. Il situe l'histoire dans une petite ville, Aurora située dans la Nouvelle-Angleterre, au bord de l'océan Atlantique.

D'autre part, j'ai vécu aux USA  et pendant la période où son personnage principal étudie à la fac et rencontre son mentor. J'étudiais et enseignais dans un collège privé très bien côté pour ma part.

Les points forts : 
  • J'ai dévoré le roman en moins de deux jours (dont plusieurs heures d'affilée où j'ai englouti 600 pages) - ce qui m'a fait un bien fou ! J'adore les pavés et encore plus quand c'est un page turner.
  • C'est un thriller, un de mes genres préférés, écrit à l'américaine - et situé dans une région que j'adore, la Nouvelle-Angleterre.
  • Le roman n'est pas uniquement un thriller. Marcus Goldman (double de Joël Dicker?) apprend auprès de son professeur ce qu'être un écrivain implique - ce qui fait un bon roman. Le sacerdoce de ce métier, le process de l'écriture - tout ce qui me passionne (comme je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises).  Point très positif du roman.

Donc, oui - je comprends parfaitement que ce livre ait plu à autant de personnes à sortie, et aux lycéens qui lui ont remis le Prix Goncourt des Lycéens. Difficile de jeter à la poubelle un roman qu'il vous était impossible de reposer. Mais quand on lit beaucoup comme moi - de façon presque permanente, force est de constater que je n'ai cessé lors de ma lecture de pousser des "oh" et des "ah" de de déception face à de si nombreuses faiblesses. 

Les points faibles :
  • La simplicité, voire la pauvreté stylistique qui est parfois contrebalancée par des passages plus courts, mais plus maitrisés et nettement mieux écrits. Certaines tournures de phrases m'ont laissé pantois ("mon unique frère humain"). Seuls les conseils de Harry Quebert sur le métier d'écrivain, repris en tête de chaque chapitre - sont d'un niveau stylistique nettement plus élevés que les dialogues et surtout les extraits du supposé roman de Harry Quebert, Les Origines du mal - qui frisent, avouons-le le ridicule.  
  • Revenons à ce roman, Les Origines du mal publié en 1975 qui aura valu gloire et reconnaissance à Harry Quebert - quelle horreur ! Les extraits sont d'un kitsch - je me suis crue dans un énième épisode d'un mauvais soap opéra américain et j'ai même ri à voix haute en lisant : « Ma tendre chérie, vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. Voyez comme je ne suis jamais loin de vous. Séchez vos larmes, je vous en supplie ». Bref, quand on adore les grands romanciers américains, comme F.S Fitzgerald, J.D Salinger, Faulkner -  on se demande bien comment un tel navet aurait pu être érigé en chef d’œuvre.  Idem pour tous les autres extraits du manuscrit ou les lettres d'amour.  J'en suis arrivée à me demander si Joël Dicker était bien l'auteur de ces écrits. 
  • Une vision de l'Amérique totalement biaisée avec des personnages tous caricaturaux Joël Dicker a à peine trente ans, et il a grandi avec la télévision. Ses influences ressortent à chaque page du roman, l'amour interdit entre un écrivain de 34 ans et une gamine de 15 ans aurait pu donner de la profondeur à ce roman mais ici, nous sommes très loin de la Lolita de Nabokov - d'ailleurs, les deux personnages s'aiment d'amour pur - point de sexe. Un hommage vibrant à l'Amérique puritaine (Glee ....) ou lorsqu'il décrit ce banquier américain qui part en Alaska retrouver un sens à sa vie et qui finit par mourir de faim, on aura reconnu en parallèle l'histoire de Christopher McCandless mélangée à la crise de 2008. 
  •  Les clichés, sur l'Amérique :  ils pullulent au début du roman lorsque l'auteur raconte la jeunesse du héros. Ce jeune homme à l'ambition démesurée est prêt à enfoncer les autres et à mentir pour être le meilleur de sa classe, de son école, de son équipe sportive. Un "Formidable" qui se révèle être, comme le dirait un chanteur belge, fort minable.  J'ai ri en lisant sa description de ses années lycéennes, avec quelle facilité il devient la gloire de son lycée, et qui voit même le principal de son école payer pour un nouvel anneau sportif. Ridicule. Ayant été au lycée aux USA, les américains sont extrêmement doués pour le sport et ils ne sont pas tous stupides. La supercherie de ce Goldman n'aurait pas durer longtemps. Ses parents sont eux-mêmes sont un exemple : aveuglés par la réussite de leurs fils, la mère "juive" est une caricature qui m'a presque fait hurler. Son anglais est approximatif (nous sommes en 1998 ou 2008 mais on a l'impression qu'elle vient d'immigrer d'Europe en 1946 après la guerre). Et que dire de son seul ami de fac ? Un jeune homme noir originaire du Minnesota (donc plouc sauf qu'il oublie que ses habitants sont majoritairement scandinaves et bien plus éduqués et ouverts que le reste de l'Amérique - Minneapolis est la deuxième ville gay après San Francisc - j'y ai passé cinq mois). Mais revenons à cet ami de couleur, qui en 1998, croit que les bibliothèques sont toujours interdites aux noirs et remercie son seul ami, le formidable Marcus Goldman de lui ouvrir les portes de la connaissance (sic). Je n'ose imaginer la réaction de tous les lecteurs d'origine américaine lisant ce passage. Pour habiter aux USA sous la présidence Clinton, et cette année-là, vivre dans le Sud de surcroit (le Minnesota est un état situé à la frontière canadienne), je peux vous assurer que la ségrégation était bien abolie. Et j'arrête là .... 
Bref, il est clair pour moi que Joël Dicker a mis dans ce roman tout et n'importe quoi.
  • Le thriller en lui-même : un vrai page turner - même si je l'avoue, et c'est presque une première pour moi : j'ai deviné qui étaient les assassins à la moitié du roman. Je l'ia deviné lorsque les assassins racontent leurs versions de l'histoire, j'ai compris et puis et lorsque j'apprends plus tard la situation extrêmement compliquée du premier et la frustration du second, plus de doute.  Puis j'ai lu toutes les tentatives de l'auteur pour embrouiller le lecteur : tous les personnages deviennent suspects.  Nous revoilà donc dans un épisode de The Desperate Housewives, dans cette Amérique des petites villes où tous les habitants ont forcément des secrets inavouables.  Dicker retombe dans le cliché même s'il évite un fin trop facile (à l'américaine) et la sempiternelle course-poursuite , on finit quand même par trouver ça un peu indigeste. D'ailleurs, si on le lit vite, c'est parce que quelque part on a envie d'en finir, non ?
Parce que, je me dois d'être honnête, la vie privée de Marcus Goldman et sa recherche de la femme idéale - on s'en fout, non ?

Et contrairement à ce que dit Quebert lorsqu'il définit un bon roman "un bon livre est un livre que l'on regrette d'avoir terminé (...), où le lecteur s'est attaché aux personnages" : ici point de souci. Je ne me suis attachée à aucun d'entre eux et une fois la confirmation que les meurtriers sont bien ceux-là, j'en ai conclu que ce livre est une lecture parfaite pour l'été. Un livre qui se lit vite et qui s'oublie vite. 
Mais à toutes ces critiques, je dois reconnaître au romancier suisse un talent certain, comme je le dis, ce sont plus les passages autour du roman et du métier d'écrivain qui m'ont interpelés - il est clair que le formidable Marcus Goldman ne veut pas être un écrivain, il veut être adulé.  Les nombreux passages dédiés à son agent et à sa maison d'édition qui se fichent du roman et veulent uniquement susciter l'envie des lecteurs pour booster les ventes rejoignent son ambition démesurée.
La définition du "bon roman" trouve ici écho dans le nombre de livres vendus, qu'importe si c'est de la m...  Et c'est là que je me dis, n'est-ce pas le tour de force de l'auteur suisse lorsqu'il partage les extraits de ce supposé chef d’œuvre, les Origines du Mal - qui sont d'un niveau frôlant l'indigestion ? Ne veut-il pas nous dire que les lecteurs sont donc de pauvres gens qui aiment la m.. comme aujourd'hui on aime la télé réalité ? Et que finalement, un roman n'a pas besoin d'être bon mais juste d'être bien vendu ?  Si c'était là son message, alors son livre me plaît beaucoup plus. Et je vois que le tour de magie a opéré pour son propre roman. Malin, le Joël ! 

Et sinon, comme toute lectrice assidue qui se rêve écrivain, je me dois de féliciter le romancier pour son succès - et le remercier pour ces quelques heures passées en sa compagnie.
Il n'en reste pas moins qu'à mes yeux, ni Marcus Goldman, ni Joël Dicker, ne sont, pour l'instant, de grands écrivains.  A vous de vous faire votre propre avis !
 

20 juin 2014

Miséricorde et Profanation, 2 romans policiers de Jussi Adler-Olsen

Je voulais écrire un billet sur le deuxième volet des aventures de Carl Mørck et Hafez el Assad du Département V de la police danoise, j'ai donc recherché mon précédent billet sur le premier volet "Miséricorde" - et je ne l'ai jamais trouvé, car je ne l'ai jamais écrit ;-) 

Pourtant, je me souviens bien avoir lu le livre signé Jussi Adler-Olsen très rapidement pendant l'été 2013, et avoir beaucoup aimé le style et l'histoire. J'ai donc attendu que sorte en format Poche le second volet, Profanation pour retrouver les deux personnages principaux de ces enquêtes policières scandinaves.  Je vous livre ici mon avis sur ces deux livres, sachez que le troisième volet vient de sortir, intitulé Délivrance, mais il n'est disponible qu'en broché, ça attendra l'année prochaine (à moins que je ne l'emprunte à la bibliothèque).


Prix du meilleur polar scandinave, Miséricorde réussit à accrocher le lecteur presque immédiatement (ce fut mon cas). Le premier chapitre met en scène Merete Lyyngaard une femme politique, détenue prisonnière dans une cage depuis cinq longues années, puis l'auteur danois présente les deux principaux personnages : Carl Mørck, un flic mal aimé, dont une tragédie professionnelle a compromis son avenir (un de ses collègues est mort et l'autre est tétraplégique) qui doit apprendre à travailler avec un assistant petit, bourru, Hafez el Assa, d'origine syrienne au sien de la nouvelle unité chargé d'enquêter sur les affaires classées, les fameuses "cold case". Les deux hommes devront apprendre à travailler ensemble, accepter d'être relégués au sous-sol du Département V, ils vont réussir l'improbable... 

Le rythme est là, l'humour est présent, et on s'attache facilement aux deux personnages principaux - même si on peut trouver la prose académique, on se laisse facilement porter par l'histoire. A noter que j'ai préféré l'accroche de ce livre (une femme disparue depuis cinq ans) au suivant - mais j'ai toujours tendance à préférer le premier volet (que ce soit littéraire ou cinématographique). 

Le deuxième volet des aventures de Carl et Hafez prend place plusieurs mois après la résolution de la première affaire. Les deux hommes sont toujours au sous-sol, mais leur premier succès leur permet de commander des fournitures et d'agrandir leur équipe avec Rose, une assistante (ancienne élève de l'académie de police). Les deux hommes ont le privilège de pouvoir choisir leur enquête, lorsqu'un dossier sur un double meurtre, vieux de 20 ans, ressurgit comme par magie sur leur bureau. Intrigués, les policiers découvrent que l'assassin croupit en prison depuis 17 ans, après des aveux spontanés. Près à abandonner l'affaire, ils sont de nouveau mystérieusement remis sur la piste des véritables tueurs par une mystérieuse personne - ils découvrent alors que l'enquête sur l'assassinat de deux adolescents (un frère et une sœur) a été bâclée et que les principaux suspects étaient des élèves d'un lycée privé huppé. Les principaux suspects sont aujourd'hui parmi les hommes les plus puissants du Danemark. 

Ici Jussi Adler-Olsen ajoute une profondeur aux personnages et évoque allègrement les milieux de la haute-bourgeoisie et celui des affaires qui regorgent de secrets et de mensonges. L'auteur danois présente aussi une autre facette de l'assistant syrien (qui cache aussi des secrets), celui-ci prend de plus en plus de libertés et n'hésite pas à se présenter comme policier, ce qui a le don d'énerver son chef, mais on voit également le racisme auquel il doit faire face quotidiennement. Jussi-Adler livre une vision plus corrosive du Danemark - une vision sombre de la haute société. 

L'un des personnages les plus forts, Kimmie, incarne ici toute la violence qui entoure ce monde de privilégiés. 

Si je ne me suis pas ennuyée dans ce deuxième roman, l'enquête est passionnante, le rythme est soutenu - j'ai été cependant un peu rebutée par l'extrême violence des principaux suspects. Ce sont de vrais malades, assoiffés de sang comme de pouvoir, sans la moindre humanité.  Comme dans le premier volet, l'auteur ouvre sur une scène marquante, celle d'une chasse à l'homme qui forcément titille la curiosité naturelle du lecteur. 

Je tiens à préciser que je trouve le style de l'auteur plus proche des romanciers américains que des romanciers scandinaves (Arnaldur Indridason ou Henning Mankell), il manque quelque chose que je ne retrouve pas dans les romans de Jussi Adler-Olsen. 

Je lirai le troisième tome avec plaisir c'est certain, mais je peux facilement attendre leur sortie en poche.