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30 novembre 2010

Fish Tank

Premiers mots du film :
[Mia appelle sa copine Keeley de son portable]
Keeley: [son répondeur en marche] Hey, c'est Keeley. Laissez moi un message.
Mia: Keeley, c'est moi. Qu'est-ce que tu fous ? Je t'ai laissé trois messages. J'ai dit que j'étais désolée, ok ? Tu sais comment je suis. J'étais vénère. Rappelle-moi, connasse. 


Une claque. Un vrai moment de cinéma. Une révélation. Une confirmation. Quelques mots qui me viennent à l'esprit après avoir vu le Prix du Jury du Festival de Cannes "Fish Tank".

J'avais lu d'excellentes critiques après toutes les récompenses raflées par ce film indépendant et j'avais hâte de le voir, mais bizarrement je n'ai pas pu le voir à sa sortie, je me suis rattrapée ce soir et effectivement ce film est un petit joyau !

Le pitch ?
Mia, une gamine grande gueule de 15 ans vit dans la banlieue pauvre de Londres (Essex) avec sa mère désoeuvrée et alcoolique Joanne et sa petite soeur précoce Tyler. Elle a été exclue du collège et doit intégrer prochainement un centre pour enfants à problèmes, elle occupe ses journées comme elle le peut. Après s'être fâchée avec sa copine Keeley, elle se concentre sur sa passion : la danse. Elle s'entraîne seule dans un appart abandonné de son immeuble, en rêvant de pouvoir s'échapper de sa condition. Elle fait alors la connaissance du nouveau petit ami de sa mère, un Irlandais prénommé Connor, qui va l'encourager à poursuivre sa passion et s'attacher à elle. D'un peu trop près ?


Katie Jarvis alias Mia Williams

"Tous mes films m'apparaissent d'abord à travers une image" a dit la réalisatrice Andrea Arnold.


Katie Jarvis
Cette image, c'est celle d'une jeune fille et d'un jument, enfin c'est moi qui suppose qu'il s'agit de cette image. La réalisatrice a choisi de confier le rôle à une débutante, Katie Jarvis (17 ans) qu'elle a rencontrée par hasard dans une gare d'Essex alors qu'elle s'engueulait avec son petit ami. Une rencontre et une véritable révélation. Andrea Arnold a également décidé de ne pas confier aux acteurs le script entier ; elle a ainsi décidé de filmer le film chronologiquement. Les acteurs ignoraient ce qui allait arriver à leurs personnages la semaine suivante, et je dois dire que ça marche. Pas un seul moment, on doute des acteurs - on oublie en fait qu'il s'agit d'acteurs professionnels, on est plongé directement dans cette banlieue où l'avenir semble être un mot rayé du dictionnaire. 

Michael Fassbender alias Connor O'Reilly

Michael Fassbender est parfait dans le rôle de Connor, cet homme irlandais séduisant et qui s'occupe si bien des enfants de sa compagne, impossible de ne pas s'y attacher et d'être ravi de voir enfin que quelqu'un se préoccupe du sort de ces jeunes filles ; évidemment le spectateur va peu à peu être amené à réviser ses premières impressions. Michael Fassbender arrive à faire osciller son personnage entre un jeune homme charmant et un homme finalement louche dont on ignore les motivations réelles. Je l'ai découvert dans "Hunger" où il interprétait magnifiquement le jeune héros tragique irlandais Bobby Sands (qui se laissa mourir de faim), puis dans "Inglorious Bastards" où il utilise sa double nationalité en jouant un juif allemand qui se fait passer pour un nazi (la scène du restaurant, les dialogues échangés reste ma scène préférée). Il y est parfait.

Enfin pour compléter le casting, je ne veux pas qu'on oublie Kierston Wareing, qui joue la mère désabusée, alcoolique, victime de sa condition de mère-fille. L'actrice que j'ai reconnue (elle jouait dans "It's a free world" de Ken Loach) est incroyable.
Kierston Waering alias Joanne Williams, the tarty mother
Autres personnages clés du film : la jument, attachée et mourante, comme sa propre mère et le gitan qui symbolise la liberté pour Mia. J'ajouterais la musique, qui m'a donné envie de danser ;)

Le rôle de Mia montre une jeune femme du ghetto londonien, remplie de rage qu'elle arrive à peine à contenir, on ne sait jamais si elle cherche la bagarre ou autre chose. On la voit ainsi donner un coup de tête à une rivale pour ensuite tenter désespérément de libérer un cheval malade et décharné, attaché dans une décharge, tout en se rapprochant du propriétaire du cheval, un jeune gitan âgé de 19 ans, Billy.

Katie Jarvis and Michael Fassbender (Mia and Connor)

Sa passion c'est la danse, elle se rend souvent dans un appartement abandonné pour y pratiquer ses mouvements de hip-hop, seule avec des Cds qu'elle emprunte. Ces scènes volées où on l'a voit enfin heureuse, m'ont rappelé un peu le film des "Runaways" lorsque la jeune Joan Jett écrit seule ses premiers titres, dont le célèbre "I love rock'n'roll".  La jeune Mia change peu à peu au contact de Connor, le jeune amant Irlandais que sa mère amène un soir à la maison. Mia s'attache peu à peu à cet énième amant car il semble réellement se préoccuper d'elle et de sa petite sœur.

Je ne vais pas raconter toute la suite du film, même si certains moments sont difficiles, d'autres d'une grande sensualité (même s'ils sont assez condamnables). Fish Tank est un film qui m'a profondément marqué car il tombe pas dans le cliché de la pauvre fille stupide incapable de fuir une destinée identique à sa mère. Bien au contraire, son personnage est fort (même si parfois elle craque, elle n'a que quinze ans), elle refuse de se laisser enfermer dans ce carcan.

La réalisatrice a su parfaitement utiliser l'environnement et offre une caméra honnête qui n'essaie pas de vendre au spectateur un film bourré de clichés sur la banlieue qu'ils soient positifs (vision empathique de la pauvreté, ou soudaine célébrité grâce à la danse) ou négatifs. Mais contrairement à Ken Loach qui ne laisse entrevoir aucune issue  de sortie possible dans la vie de ses personnages, Andrea Arnold a choisi d'apporter une vision différente en déclarant que le libre arbitre existe bien, et que la vie ne se limite pas à un centre pour adolescents à problèmes,  bref à un  monde sans avenir (autre vision cliché) et que lorsqu'elle danse, Mia choisit la vie, comme lorsqu'elle choisit de ne pas danser.

A voir. Vite, très vite ! (avis purement subjectif évidemment)

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