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07 juillet 2014

The two faces of January

J'avoue que c'est la présence de l'acteur américano-danois, Viggo Mortensen qui m'a donné l'envie de pousser les portes du cinéma samedi dernier. Dans ce film, réalisé par Hossein Amini, adapté du roman éponyme de la géniale Patricia Highsmith, Mortensen endosse le rôle du charismatique Chester McFarland. Ce thriller dont l'action se déroule entre la Grève et la Turquie en 1962 ne vous surprendra pas par l'intrigue (pas de mystère sur l'identité de l'assassin) mais par la double identité de chaque personnage.

Le titre lui-même résume si bien ce film : les deux visages de Janus. Le dieu romain représente à la fois le père (un thème fort dans l'histoire) et le dieu de la fin et du commencement. Il ouvre et ferme les portes du Paradis ou de l'Enfer. 

On découvre le couple McFarland en vacances en Grèce, le très classe (panama et costume de lin) Chester McFarland (Mortensen) accompagné de sa jeune épouse, Colette (Kirsten Dunst), copie conforme de Grace Kelly. Les deux américains croisent la route d'un jeune américano-grec (Oscar Isaac) qui devient leur guide et qui s'éprend rapidement de la jeune femme. Mais très vite, les vacances tournent au cauchemar. Chester tue accidentellement un détective privé lancé à ses trousses et demande de l'aide au jeune guide. Leurs véritables visages se dévoilent. Et si le spectateur voit très rapidement en McFarland un sinistre escroc, il sera surpris par la tournure des évènements. Le jeune guide est loin d'être innocent, et les deux hommes sont bientôt liés par des secrets au goût amer. 




J'ai vraiment retrouvé l'atmosphère de Patricia Highsmith, souvenez-vous Place au Soleil avec le bel Alain Delon dans le rôle de Ripley, c'est elle. Elle seule peut vous faire aimer et détester à la fois le même homme, et en Viggo Mortensen, elle a trouvé son maitre. Difficile de résister au charme de l'acteur, quinquagénaire dont le regard vous hypnotise et pourtant très rapidement son sourire devient menaçant et vous vous en mordez les doigts d'avoir pu un instant le trouver attachant. 

Autre révélation : l'acteur Oscar Isaac.  Je l'avais découvert dans le rôle de l'époux délaissé de Drive et évidemment comme chanteur folk chez les frères Coen dans Inside Llewelyn Davis - cette fois-ci il endosse le rôle de cet étudiant qui gagne sa vie comme guide pour les touristes autour du Parthénon et escroc à la petite semelle. Entre les deux hommes s'engagent à la fois une sorte de compétition amoureuse (autour de la même femme) et une compétition père-fils. Le plus jeune se croyant plus malin que son aîné. Le film exploite à fond cette amitié morbide entre les deux hommes. La Grèce puis la Crête représentent l'Enfer - la chaleur y est écrasante et tout se complique. Peu à peu l'image lisse de McFarland s'écroule, l'homme tremble, vieillit, panique. Mortensen y a vu une sorte de parabole avec l'Amérique des années 60 dont les affaire de corruption, la Baie des Cochons, les mensonges viennent pourrir de l'intérieur ce pays conquérant.

Seule ombre au tableau dans ce thriller très 60's (un rythme plus lent, moins d'action) : Kirsten Dunst. J'ai toujours pensé que l'actrice américaine, pourtant blonde, était tout sauf le stéréotype de la blonde glaciale. Et là, je suis déçue par le choix du réalisateur - non pas qu'elle joue mal, elle joue très bien son rôle mais son visage (beaucoup de plans rapprochés autour de son visage) est pour moi trop moderne, quelque chose que je ne sais expliquer. 

S'il reste toujours une distance entre le spectateur et les personnages, elle s'explique par la nature même des personnages : ils ne sont pas dans notre monde. Ils refusent de l'y intégrer et les années 60 sont très prégnantes, le rythme est lent, les actions moins nombreuses. C'est un duel psychologique avec un jeu d'acteur époustouflant, Mortensen en tête. L'acteur prouve une nouvelle fois qu'il est un véritable caméléon, qui comme le dieu Janus pour vous ouvrir un monde fascinant ou au contraire en refermer la porte. 



Ce film est un ovni dans les sorties de ce premier semestre 2014, je suis contente de l'avoir vu et je vais courir me procurer le livre! J'avais lu Highsmith à la fac mais pas celui-ci. 

Graham Greene, ami de la romancière américaine, avait ainsi dit : « Elle a créé un monde original, un monde clos, irrationnel, oppressant où nous ne pénétrons qu'avec un sentiment personnel de danger et presque malgré nous. Car nous allons au-devant d'un plaisir mêlé d'effroi. »


Mon avis :     


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