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22 janvier 2014

Little bird de Craig Johnson

Si vous aimez les grands espaces américains, la culture amérindienne, l'Ouest sauvage et une écriture maitrisée, alors vous serez conquis par les romans de Craig Johnson.

Laissez-moi vous présenter le premier roman des aventures du shérif Walt Longmire, dont vous pouvez trouver les romans dans la collection Totem de Gallmeister.

La vie de Craig Johnson est aussi passionnante que ces personnages - il a été policier, pêcheur professionnel, charpentier et prof de fac. Il vit aujourd'hui dans les Bighorn Mountains (Wyoming) où il possède un ranch. 

Ayant vécu dans le Montana, et ayant eu la chance d'aller plusieurs fois dans l'état voisin du Wyoming - je suis jalouse. 

Little Bird vous présente le personnage fétiche de Craig Johnson : Walt Longmire, shérif du comté d'Absaroka. L'homme, veuf depuis peu, père d'une jeune femme prénommée Cady, avocate à Philadelphie, aspire à prendre sa retraite après une bonne vingtaine d'années de bons et loyaux services lorsque le corps d'un jeune homme, Cody Pritchard est retrouvé près de la réserve Cheyenne. 

Le meurtre du jeune homme intervient deux ans après sa condamnation avec sursis (avec trois autres adolescents) pour le viol d'une jeune indienne, Melissa Little Bird. Le jugement si clément avait avivé à l'époque les tensions entre les deux communautés. Walt, aidé de son meilleur ami, Henry Standing Bear (lui-même Cheyenne) et oncle de la victime, vont tenter de stopper le meurtrier avide de vengeance, dans une course poursuite à travers les étendues des hautes plaines du Wyoming alors qu'un violent blizzard s'installe.




Le roman présente les divers personnages que le lecteur pourra retrouver dans les autres romans de Craig Johnson : le très subtil et bel homme Henry Standing Bear, la jeune adjointe Vic Moretti, venue tout droit de Philadelphie et Cady, la fille de Walt.  Tous des personnages très attachants. 

Mais surtout le roman sait présenter au lecteur la difficile cohabitation, au vingt-et-unième siècle des indiens et des blancs. Ayant vécu au Montana, je traversais souvent une réserve et me rendais dans une autre, et j'ai pu voir les conditions de vie des tribus (qui n'étaient pas Cheyenne) et les tensions qui perduraient entre les communautés. Le racisme est toujours présent et les disparités sont flagrantes. Craig Johnson n'invente rien mais sait passer d'un monde à l'autre, sans jamais manquer de respect à l'une ou l'autre.



Les romans de Craig Johnson ont fait récemment l'adaptation à la télévision d'une mini série intitulée Longmire. Si elle n'est pas entièrement fidèle au roman (ainsi l'adaptation de cette histoire en particulier n'a plus grand chose à voir avec le livre), elle est néanmoins fidèle à l'esprit du romancier, aux personnages de Longmire et de Moretti et à l'amitié entre lui et Henry Standing Bear, interprété magnifiquement par le très séduisant Lou Diamond Philipps.  Si vous êtes curieux, j'en ai déjà parlé ici

Enfin, si vous aimez retrouver les mêmes personnages, je vous annonce d'ores et déjà que cinq autres aventures du shérif Longmire sont disponibles chez Gallmeister : Le camp des morts, l'indien blanc, les enfants de poussière, Dark Horse et Molosses. 

02 décembre 2013

Contrée indienne de Dorothy M.Johnson

La maison d'édition Gallmeister a lancé une collection intitulée "TOTEM, une autre littérature américaine" en publiant des auteurs méconnus du grand public français mais symboliques de l'histoire américaine.

Ici il s'agit de Contrée indienne, un recueil de nouvelles signé Dorothy M.Johnson en 1953, grande dame de la littérature américaine comme le dit si bien la maison d'édition. Je vous avais parlé de plusieurs achats, celui-ci en faisait partie. Fait du hasard, une virée dans une boutique de livres d'occasion, la couverture d'un livre m'attire. J'ai un doute - l'ai-je déjà ? Mais son prix modique, et ce visage d'indien m'attirent. Me voilà avec un autre exemplaire de Contrée indienne, publié par J.C Lattès en 1986.

La différence entre les deux recueils ? La présence de deux nouvelles inédites, "Cicatrices d'honneur" et "l'incroyant" dans l'édition de la maison Gallmeister. J'ai donc lu les deux livres, en commençant par le plus ancien puis en terminant avec les deux nouvelles inédites.



Le premier recueil de J.C Lattès contient 9 nouvelles identiques à celles de Gallmeister :
- Flamme sur la plaine
- Prairie Kid
- L'exil d'un guerrier
- Retour au fort
- L'homme qui tua Liberty Valance
- La tunique de guerre
- Après la plaine
- Et toujours se moquer du danger
- Un homme nommé cheval


et Une sœur disparue 
Cette nouvelle reçut en 1957 le Spur Award - publiée dans le recueil "The hanging tree" (La colline des potences), elle raconte la tentative de réintégration d'une femme colon, Cynthia Ann Parker qui avait été kidnappée enfant par les Comanches.



Quanah Parker, le dernier Chef Commanche

En lisant les titres, vous aurez peut-être pensé au cinéma et vous avez raison : plusieurs de ses nouvelles furent adaptées avec succès au cinéma : L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford avec John Wayne et James Stewart, Un homme nommé Cheval et La colline des potences avec Gary Cooper.

Je ne suis peut-être pas tout à fait objective compte tenu de mon amour pour la culture indienne depuis que je suis enfant, et ayant eu la chance de côtoyer quelque temps ( lorsque j'habitais au Montana) ces tribus, je suis encore plus passionnée.  Je possède déjà de nombreux livres les concernant, et plus particulièrement sur leurs croyances. Toutes passionnantes. J'aimerais beaucoup vous faire partager cette passion.

Je ne vais pas rentrer dans le détail de chaque nouvelle. Sachez juste que le lecteur est plongé dans l'époque mythique de l'Ouest, encore sauvage où les indiens (Cheyennes ou Comanches) sont parfois les héros de ces nouvelles, mais jamais les "méchants grimés des western". La romancière a su très bien restituer cette époque, sa dangerosité et le courage de ces deux peuples, ces colons qui viennent plein d'espoir et ces indiens qui voient leur nation disparaitre.

J'ai particulièrement aimé les nouvelles qui décrivent avec précision les moeurs de ces tribus indiennes, leurs us et coûtumes, leurs croyances - elle ne cherche jamais à diaboliser ou au contraire à magnifier ces peuples. Elle décrit leurs us qui peuvent choquer parfois (lorsque les jeunes se mutilent ou le rituel des scalps, etc.). 






Elle décrit aussi habilement les enlèvements communs à cette époque, femmes, enfants kidnappés par les indiens, parfois échangés contre des chevaux ou des armes. Leur retour difficile à la vie occidentale. La vie difficile de ces tribus en voie de disparition, le dur labeur des femmes. La nouvelle Une sœur disparue est particulièrement touchante, j'ai aussi beaucoup aimé Et toujours se moquer du danger ou Un homme nommé cheval. La nouvelle est bien meilleure que l'adaptation cinématographique.

Cicatrices d'honneur est une nouvelle située plus récemment, lors de la seconde guerre mondiale lorsque de jeunes indiens partent au combat et désirent renouer avec leurs croyances perdues et les rites ancestraux (le passage de l'enfant à l'homme, l'auto-mutilation, etc.).

Jamais Dorothy M.Johnson ne juge-t-elle ses personnages, ni leurs pensées, ni leurs actions - qu'ils soient blancs ou indiens, elle vous relate juste très précisément cette époque. Et moi qui ai grandi en regardant les western devant mon petit écran, j'ai adoré lire ces nouvelles. Comme Kevin Costner, dans Danse avec les loups - elle dresse un portrait très fidèle de la culture indienne. Ce soin apporté à la réalité fera d'elle un membre honoraire de la tribu Blackfoot en 1959.

La bonne nouvelle ? Gallmeister va publier l'an prochain un autre recueil La colline des potences.