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18 mars 2015

The virgin suicides (roman)

J'ai dégoté le livre un peu par hasard, dans une boutique de livres d'occasion il y a un ou deux ans - j'avais beaucoup aimé l'adaptation cinématographique signée Sofia Coppola (1999). Puis je l'ai oublié jusqu'à cet été quand je l'ai retrouvé.

J'ai lu le roman de Jeffrey Eugenides en novembre dernier et  j'ai publié ce billet sur mon autre blog littéraire mais je souhaitais le partager aujourd'hui avec vous.

Car ce livre ..quel choc ! Un livre culte, comme le film - pourtant l'histoire est dramatique. Pour ceux qui n'ont jamais entendu parler du livre, et/ou du film, voici l'histoire en ces grandes lignes : 

Devenu adulte, un garçon (le narrateur) témoigne de l'histoire tragique de la famille Lisbon dont les cinq filles vont se suicider en l'espace d'une année. Ce garçon et ses amis, fascinés par cette famille voisine de la leur, se remémore cette période à l'âge adulte et tente de percer à jour les nombreux mystères entourant cette famille. La mère de famille, chrétienne pratiquante, va peu à peu isoler ses filles du monde extérieur après le suicide de la benjamine, les entrainant inconsciemment vers leur perte. Les sœurs vont alors s'effacer comme les visages sur les vieux polaroid. 


En lisant le livre, le visage de Lux (interprété au cinéma par Kirsten Dunst) ne cessait de m'obséder.  L’œuvre est puissante et l'adaptation cinématographique retranscrit parfaitement cette lente descente aux enfers. Les personnages sont énigmatiques pourtant le lecteur est rapidement obsédé par ces jeunes filles, comme le narrateur à l'époque des faits. Ce que j'aime dans ce roman, c'est qu'il retranscrit toute une palette d'émotions : envies, espoirs et fantasmes, qu'il a, adolescent amoureux, ressenti. Le lecteur est donc partagé entre les souvenirs (visuels, auditifs et olfactifs) du narrateur et les témoignages recueillis auprès des voisins et autres personnes qui ont pu approcher les Lisbon. 

La vision parfois édulcorée du jeune homme (nous sommes dans les années 60) apporte au roman une touche romanesque, idéalisée par son amour envers ces jeunes filles évanescentes. Et comme lui, le lecteur assiste, impuissant à la lente désintégration d'une famille, obsédée par la religion et la peur de l'autre.

"En y repensant, nous décidâmes que les filles n'avaient cessé d'essayer de nous parler, de nous demander notre aide, mais que nous étions trop amoureux pour les entendre. Notre surveillance était si concentrée que nous n'avions rien manqué sinon un simple regard rendu. Vers qui d'autres se seraient-elles tournées ? Pas leurs parents. Ni les voisins. A l'intérieur de leur maison, elles étaient prisonnières ; à l'extérieur, lépreuses. Et ainsi elles se cachaient du monde, attendant que quelqu'un - nous - les sauve". 

Le livre et le film se complètent parfaitement. A cela, s'ajoute le style de l'auteur : épuré, classique mais également très moderne et visuel.

 


Jeffrey Eugenides a écrit, sans le savoir, un roman culte, sans aucun doute - il réalise un tour de force en critiquant cette Amérique puritaine qui au lieu d'aider ses enfants à s'ouvrir au monde, les enferme et les pousse au suicide. Car si la mère vise la vertu, ses filles rêvent de liberté et leur unique moyen de l'atteindre sera par le suicide.  Terrifiant. Difficile pour moi de comprendre le raisonnement des adultes face au désarroi de leurs enfants qui rêvaient juste d'une adolescence normale. 

Vierge suicidée
Qu'est-ce qu'elle criait?
Pas de raison de rester
Dans le train du malheur
Elle m'a donné sa fleur
C'est ma vierge suicidée

Un roman à lire absolument
 

13 février 2015

Et devant moi, le monde de Joyce Maynard

Cette lecture aura été un vrai challenge pour moi. Pas pour le style, qui m'a vraiment plu (et qui me pousse à lire ses autres romans) mais le choix de Joyce Maynard de raconter sa liaison avec mon auteur préféré, J.D Salinger alors qu'elle était une très jeune étudiante. 

Le récit de Joyce ne s'arrête pas à cette seule année mais vous fait voyager à travers l'Amérique des années 60, 70 et 80. Joyce livre dans une autobiographie plus ou moins romancée, un formidable témoignage d'une période charnière pour la femme. 

Elle-même écrivain, elle livre ici à la presse toute sa vie en pâture, son enfance de petit génie, son adolescence cahotique dans un foyer familial brisé, ses problèmes de boulimie, d'anorexie, ce corps qu'elle n'arrive pas à maîtriser, ses échecs sentimentaux, son travail auprès des magazines, ses enfants, et sa quête absolue du bonheur. 

Un regard sans concession sur ses premiers écrits, où elle était devenue, sans le vouloir le porte-parole d'une jeunesse dans laquelle elle ne se reconnaissait pas. Comme sa mère qui rédigeait des articles pour des magazines défendant les valeurs familiales, elle juge très vite ses pairs et crée la polémique.

Lors de la parution de son premier article, Joyce a 18 ans et offre d'elle une image totalement à l'opposée de la vérité, maquillant ses faiblesses, ses doutes et sa vie, celle d'une recluse incapable d'adhérer à la vie estudiantine. Yale étant un échec, elle trouvera dans J.D Salinger un refuge. Joyce avait des parents extra-ordinaires, je l'écris ainsi car le poids est tel qu'ils lui compliqueront à jamais la vie. Un père unique, mythique qu'elle cherche absolument à retrouver à l'âge de 18 ans dans les traits du romancier américain le plus célèbre, à l'époque âgé de 53 ans.

Puis cette mère, à la fois étouffante et confidente, qui au fil des années s'éloigne et dont tout contact sera à l'avenir tendu. Alors que le cocon familial se délite, Joyce se cherche désespérement. 

La romancière raconte sa vie auprès de J.D Salinger. Comme je l'explique, il s'agit ici de mon auteur préféré qui fut le choix, lorsque son roman (et unique roman publié) The catcher in the rye (L'attrape-coeurs) fit le tour de monde, de partir s'installer dans la campagne de la Nouvelle-Angleterre et d'y vivre en ermite. Refusant dorénavant tout contact avec le monde de l'édition (cf.citation ci-dessous), qu'il juge très sévèrement et tout contact avec la presse. 

"Le manque de véritable don ou de pensée originale ne les empêche pas d'exiger toutes sortes de changements absurdes dans l’œuvre d'un écrivain, rien que pour prouver qu'ils ont un talent irremplaçable. Ils ont tant d'idées brillantes à proposer. Incapables de produire eux-même une seule ligne, ils sont obligés et déterminés à imprimer définitivement leur marque sur ton travail."

Je ne connaissais donc rien de la vie privée de mon auteur préféré à part son passé comme G.I. Et cela me convenait. Lire le livre de Joyce Maynard était donc pour moi une sorte de challenge personnel. J'y ai découvert un homme d'un rigueur extrême, dont l'isolement l'aura pousser dans ses retranchements et aura contribué à développer encore plus sa phobie sociale. L'homme est misanthrope. Excepté pour ses enfants, dont il est fou, la présence des autres l'insupporte. J.D Salinger se passionne pour l'homéopathie et préfère la compagnie des plantes à celle des hommes.
Il continue d'écrire mais refuse de publier ces œuvres. Je suis certaine qu'il a écrit encore sur la famille Glass. Aussi, sans doute comme des centaines de personnes, je suis frustrée de savoir que je ne lirai jamais ces écrits. 

Si vous n'avez jamais lu l’œuvre de Salinger, la famille Glass est une famille new-yorkaise dont les enfants (6) sont précoces et sont devenus célèbres en apparaissant dans un jeu radiophonique célèbre. Il y a Buddy, Seymour, les jumeaux Walt et Walker, Boo Boo, Franny, Zooey. J.D Salinger leur consacre 3 nouvelles publiées.

"Jerry écrit plusieurs heures par jour. Au cours des années qui ont suivi sa dernière publication, il a terminé au moins deux livres, dont les manuscrits sont à présent enfermés dans son coffre-fort".

L'homme est pétri de contradictions, il juge très sévèrement les jeunes auteurs (comme Joyce) qui rêvent d'être publiés et déclare préférer vivre en ermite mais ne cesse de revivre éternellement son passé avec ses enfants ou en écrivant à de très jeunes femmes écrivains. Comme Joyce, il a une relation tellement compliquée avec la nourriture, il ne mange presque rien. Ainsi, la viande doit être uniquement de l'agneau, cuit à 150°C, il refuse tout féculent, etc. Tout chez lui tourne à l'obsession ; celle du contrôle. Au final, difficile de dire si l'homme est heureux. Excepté lorsqu'il étudie l'homéopathie avec d'autres personnes, le monde est son ennemi. Il isole totalement Joyce qui finit par étouffer, humainement et artistiquement. 

"Tâche de bien comprendre que, à la minute où tu publies un livre, il t'échappe des mains. Arrivent alors les critiques, qui s'acharnent à se faire un nom en démolissant le tien. Et ils y parviennent."

Alors que Joyce voit sa carrière décoller, le New York Times veut publier ses articles, elle est confrontée à un terrible dilemme, car son amant la condamne sévèrement à ce sujet. 

"Publier c'est carrément la honte. Le pauvre nigaud qui s'y laisse prendre ferait aussi bien de descendre Madison Avenue le froc baissé"

Je n'en dirais pas plus. Quelque part, J.D Salinger reste un mystère. Et puis, cela ne remet absolument pas en cause ma passion pour son œuvre. D'ailleurs, je dirais même l'inverse, puisque Joyce confie que le romancier est très attaché à la famille Glass, qu'il la considère presque réelle (moi aussi) et qu'il a accumulé des tonnes d'informations sur chacun des membres, leur créant une véritable vie. Ironie du sort, Joyce n'a pas lu les nouvelles consacrées à cette famille unique lorsqu'elle vit avec lui, aussi elle ne prête pas attention à ces documents. 

C'est en lisant Franny and Zooey, Raise high the roof beam, carpenters, ou Seymour, an introduction (les 3 nouvelles consacrées aux Glass) qu'elle comprendra mieux a postériori les réactions de J.D lorsqu'il rencontre une enfant surdouée (violoniste), ou quand elle lui parle de ses propres parents, ayant poussé la créativité de leurs filles à leur paroxysme. Il condamne clairement ces gens qui transforment leurs enfants en marionnettes. 
Plus tard, elle retrouvera dans un autre enfant l'héroïne d'une des nouvelles de son recueil, Nine Stories.

Mais revenons au livre, si cette année passée auprès de l'écrivain aura éminemment compté dans la vie de Joyce, elle continue son récit. Ses difficultés à rebondir après leur terrible séparation, sa recherche perpétuelle de l'amour et la lente désintégration du cocon familial suite à la séparation de ses parents. 

Elle sait aussi regarder en arrière et juge avec honnêteté ses premiers écrits, ou comment elle s'est menti à elle-même (ce que condamnait violemment Salinger) en acceptant d'écrire des rubriques conseils (pour la famille) dans des magazines. Elle se ment à elle-même et aux autres en maquillant la vérité, comme sa mère qui faisait de même en omettant l'alcoolisme de son époux.  

Son récit est en tout point passionnant. J'ai dorénavant hâte de découvrir ses romans, dont le fameux "L'homme de la montagne".

Parallèlement, comme je l'ai précisé dans mon billet "Noyée..", j'ai décidé d'en apprendre plus sur mon auteur préféré, j'ai reçu le fameux livre Salinger - écrit après une enquête minutieuse de 8 ans et j'ai hâte de le découvrir.

Je ne crois pas qu'on doive chercher à "percer le mystère" qui entoure un artiste. Ainsi, ce n'est pas tant son processus de création qui m'intrigue (il écrivait tous les jours dans un petit bureau et en parlait comme un sacerdoce) mais le fait que cet homme vivait une vie totalement différente avant de tout quitter à l'âge de 40 ans lorsque le succès vient frapper à sa porte.

Je remercie donc Joyce Maynard même si je sais que J.D Salinger aurait détesté qu'elle publie ce roman. 

06 octobre 2014

La physique des catastrophes

J'ai acheté ce livre un peu par hasard dans une boutique de livres d'occasion. Bien m'en a pris, car début août j'ai traversé une grosse crise de boulimie livresque et les 829 pages m'ont attirées. Pourtant, le premier roman de Marisha Pessl, jeune écrivain américaine demande un effort particulier au lecteur. 
A la fois roman d'apprentissage, critique de la société de consommation et polar, ce livre est un ovni dans mes dernières lectures. 

L'histoire ? 

La jeune Bleue Van Meer, lycéenne précoce suit son père, un intellectuel exubérant enseigner de campus en campus à travers le pays. Leur relation est fusionnelle et comme la quatrième de couverture le dit : "ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les joutes oratoires et refont ensemble l'histoire de la littérature et de la physique cantique".  Pour sa dernière année au lycée, la jeune obtient de faire toute sa scolarité au même endroit. La jeune fille rencontre alors une prof de cinéma fascinante et le cercle d'élèves qui se réunit chez elle une fois par semaine. Jusqu'au jour où lors d'une sortie, leur professeur est retrouvée pendue...

Difficile pour moi d'écrire un billet clair, mais soyez prévenus : le livre est truffé (au minimum 3 voire 10 par page) de vraies-fausses références littéraires, cinématographiques, historiques et scientifiques.  A savoir aussi, que la mort de l'enseignant n'intervient qu'à la toute fin du livre, ce n'est donc pas un polar typique. Il faut aimer la dissertation en général et le monde un peu étriqué des intellectuels. 

Enfin, si le livre situe l'action à la fin des années 90, voir au début des années 2000 - il m'a été difficile de le rapporter à une période précise - j'ai eu souvent l'impression d'être dans les années 60 - ce sont les références à des liens internet, des blogs, qui me venaient me rappeler la période à laquelle se déroule l'histoire.

Les points positifs : 

- La lecture est agréable, le style compréhensible malgré les nombreuses références littéraires et philosophiques,

- le rythme est soutenu et une fois lancé dans le polar, le suspense est bien présent,

- certaines scènes sont drôles,

- les vraies-fausses références apportent une originalité au roman comme la toute fin (avec exercices de dissertation et liste des livres à lire),

- l'attachement au personnage principal, qui malgré son sentiment de supériorité finit par ressembler à une simple lycéenne (amourette et besoin d'appartenance à un groupe). J'avoue qu'au départ elle m'exaspérait au plus haut point.

- une vraie réflexion sur la société américaine contemporaine


Les points négatifs :

- les 100 premières pages : un  vrai cap à passer - il faut avoir l'habitude des pavés qui démarrent comme un moteur diesel, et j'ai plus d'une fois, penser à reposer le livre sur mon transat,

- l'arrogance des personnages principaux (du père en particulier) qui peut irriter (ce qui fut mon cas),

- la redondance des vraies-fausses références qui finissent, je dois l'avouer, par lasser le lecteur (coup de mou aux environs de la 400ème page),

- une fin un peu trop vite emballée et prévisible (j'ai deviné la vérité au sujet de l'un des personnages-clés),

- difficile de savoir à quelle époque nous sommes, ce qui m'a un peu perturbé je l'avoue.

En conclusion, il est grand temps que je publie ce billet car avec le recul, j'ai aimé la lecture même si, comme je le dis, certaines choses commençaient à me démanger à la fin du roman, il en reste néanmoins que j'ai vraiment passé un bon moment et surtout c'était agréable de lire un roman qui innove !  

Et, la preuve est là : j'ai avalé les 829 pages.  A découvrir donc.

22 juillet 2014

Noyade en eau douce de Ross Mc Donald

Ross McDonald est le digne héritier de Raymond Chandler. Auteur de polars, le romancier, né aux USA, ayant grandi au Canada puis revenu en Californie après la guerre, a créé l'un des plus célèbres détectives privés, après Marlowe et Spade : Lew Archer. Ce dernier enquête dans ces banlieues cossues qui regorgent de secrets de famille. Noyade en eau douce (the drowning pool), écrit en 1950 est le deuxième roman mettant en scène le détective privé, ancien flic et fin psychologue.  

Dans le quartier huppé de Nopal Valley, Lew Archer est engagé par Maude Slocum, épouse et mère de famille, accusée par une lettre anonyme d'adultère. Cette dernière souhaitant protéger sa famille accepte que le détective se mêle aux invités lors d'une fête organisée par les Slocum. Mais la soirée tourne au vinaigre : la belle-mère de Maude, Mrs Slocum est retrouvée morte, son corps flottant dans la piscine.  Les soupçons se portent alors sur le fils - Mrs Slocum, veuve richissime,  hébergeait son fils, sa bru et leur petite-fille dans sa vaste propriété. Cette dernière reposait sur un important gisement de pétrole convoité par plusieurs compagnies. Lew Archer va alors devoir démêler le vrai du faux et mettre à nu tous les secrets de famille. 

Je n'avais pas lu de polar datant des années 50 depuis fort longtemps (exception faite des enquêtes du commissaire Maigret de Simenon) et j'avoue avoir eu une période d'adaptation les premières vingt pages. Me voilà transportée dans le polar hollywoodien. dans la plus pure tradition. Ici le détective privé connait tous les truands, part en guerre contre les flics ripoux, croise des femmes de petite ou grande vertu, toutes plus belles séduisantes les unes que les autres. Le rêve hollywoodien s'est écrasé dans cette ville côtière, détruite par les exploitations de pétrole. Ici, tout n'est que faux semblant. 

Ross McDonald est doué, et très vite l'intrigue reprend le dessus - les personnages sont intéressants, le suspense est là et ici ni vainqueurs, ni perdants - le maigre équilibre entre le bien et mal demeure mais Lew Archer n'est ni un héros, ni un super détective privé. Il se fait taper dessus, maudire, accuser à tort et à travers et on se demande parfois ce qui le pousse à accepter de donner son aide à tous ces paumés, riches ou pauvres. Archer est profondément humain et on l'aime pour ça.

Le romancier aura écrit une dizaine de romans et encore plus de nouvelles mettant en scène son héros avant de tirer sa révérence en 1983. Et mon éditeur, préféré, Gallmeister a eu la bonne idée de publier une traduction intégrale des romans, toujours à un prix raisonnable (9-10 euros) dans sa collection TOTEM.

Je compte bien me procurer les autres romans sous peu. Surtout le premier, The moving target (1949) qui présente pour la première fois le détective privé. Celui-ci avait pris les traits de Paul Newman dans une adaptation cinématographique en 1966 sous le titre de Détective privé et à nouveau en 1975 pour l'adaptation de Noyade en eau douce, intitulée La toile d'araignée.

Aussi ma lecture n'en a été que plus agréable ! 

21 mai 2014

The Goldfinch by Donna Tartt (ou le Chardonneret)

J'ai fini de lire il y a quelques jours le roman de Donna Tartt, qui lui a valu le Prix Pulitzer : The Goldfinch. Je l'ai lu en anglais d'où le titre. Le chardonneret est la traduction littérale du titre anglais. J'arrive un peu tard par rapport à la blogosphère mais je suis fière de moi, en effet, ceux qui me lisent, ont su que pendant presque deux mois, aucun livre ne trouvait d'intérêt à mes yeux. Ma saison annuelle de sécheresse littéraire terminée, j'ai enfin pu avaler un roman de près de 700 pages (et deux autres romans). 

La romancière aura mis près de dix ans pour écrire ici un roman jugé magistral, portrait féroce de la haute bourgeoisie new-yorkaise et de l'Amérique, un mélange de Dickens et de Mark Twain.L'américaine réussit une prouesse qui lui vaut le Prix Pulitzer.

Je l'avoue sans détour, les premières années du héros, Théo Decker (le livre est à la forme narrative, à la première personne) sont passionnantes. L'enfant, élevé à New York, par une mère belle, intelligente et profondément aimante (totalement fantasmée par son fils) se retrouve soudainement orphelin lorsqu'un attentat à la bombe le prive de cette dernière alors qu'ils visitent le Met. Le jeune Théo, choqué par l'explosion, se saisit de la toile préférée de sa mère, The Goldfinch de Carel Fabritius (1654) peintre du XVIIème siècle et disparait. La toile, de taille minuscule, dépeint un oiseau, un chardonneret, enchainé à un perchoir à l'intérieur d'une maison.

Cette chaine est symbolique : le héros lui-même se retrouve enchainé à ce tableau, cette toile mystérieuse et envoutante  qui symbolise l'amour de sa mère, dont il n'arrive pas à accepter la disparition soudaine. 

Théo sera d'abord accueilli dans une famille de la haute-bourgeoisie new-yorkaise avant d'être embarqué à Las Vegas par son père, un homme qui symbolise ici l'Amérique des perdants, des déchus, ceux qui continuent de croire au rêve américain à coup de jeux (poker, paris sur le sport), son destin n'en sera que plus tragique. Le jeune Théo croise alors la route de Boris, l'adolescent russo-ukrainien, élevé dans l'ère de la mondialisation où tout s'achète, se paie et se vend. Les années passent, le jeune Théo vit de nouveau New York,  vendeur d’œuvres d'art à de richissimes familles qu'il arnaque en vendant de fausses antiquités et fréquente à nouveau la famille qui l'avait accueillie, mais il ne cesse d'être obsédé par la toile de Fabritius.

Donna Tartt (Copyright BBC)

Ce roman initiatique prend alors la tournure d'un thriller lorsque Boris lui avoue lui avoir dérobé l'original il y a des années et que les deux jeunes trentenaires s'envolent pour Amsterdam à la recherche du précieux tableau. Si j'ai moins aimé cette partie de l'histoire, j'ai adoré les disgressions de la romancière sur l'art en général : à travers l'obsession de son héros pour cette toile, elle analyse la fascination existante pour certaines œuvres d'art - comment celles-ci ont été élevées au rang de trésors culturels et sont devenues inestimables, comment explique-t-on la beauté, comment juger du prix d'une œuvre d'art ? Moi qui suis passionnée d'art, et qui fréquente beaucoup les musées, j'ai aimé cette réflexion.

J'ai commencé la lecture de ce roman avec difficulté, puis après deux ou trois chapitres, j'ai été emballée par le foisonnement de l'histoire, par les chapitres entiers consacrés à la rénovation des pièces d'antiquité, du travail du bois, par le détail apporté avec soin par l'auteur à chaque meuble, chaque pièce, par son talent pour transcrire l'atmosphère feutrée de l'appartement d'Andy, par l'écriture fluide et romancée, le rythme soutenu et le talent indéniable de l'écrivain pour retranscrire l'immense douleur de l'orphelin. 

Mais mon emballement a cessé au deux-tiers du roman, lorsque le héros est de retour à New York et s'enfonce dans une vie d'illusions, la drogue est son meilleure compagnon, incapable d'affronter ses fantômes, il vit dans le mensonge et ne semble jamais être capable de s'extraire des limbes dans lequel son esprit flotte depuis longtemps. 

Je me suis, j'avoue lassée du personnage principal et j'ai eu hâte de terminer la lecture, non pas que je rejette les dernières pages, passionnantes lorsque la romancière parle du beau, de l'art mais parce que je ne supportais plus ce héros, qui traine sa dépression de page en page - attachée au jeune Théo de 13 ans, celui de 30 ans m'ennuyait, voire m'exaspérait au fil des pages, son inertie particulièrement. Je suis quelqu'un de dynamique, battante or ici le personnage, pourtant orphelin à un très jeune âge ne connaît pas de résilience - il se complait dans son malheur et la perte de la toile ne va engendrer chez lui aucun déclic. Il sombre à Amsterdam et entraine le lecteur avec lui.  Enfin, j'avoue que la partie thriller (en Europe) ne m'a absolument pas parlée, ni enchantée.

Cependant, grâce à ce livre, j'ai découvert tout le talent de l'écrivain, et j'adore son style - j'avais acheté en poche son roman le plus célèbre Le Maître des Illusions que je réservais et je sais que je vais être ravie de retrouver ce style si riche et si fluide. 

J'espère ici que je ne tomberais pas en désamour du héros, Richard Papen comme ce fut le cas avec Théo Decker. 

En résumé, ce livre est passionnant, et m'a totalement séduit lorsque que l'écrivaine traite des œuvres d'art (je suis tombée amoureuse de ce chardonneret) ou lorsqu'elle dépeint la haute bourgeoisie, je le conseille vivement à tous les amoureux des livres. Ce roman mérite pleinement son prix. 

Je le conseille en anglais, of course! 

02 décembre 2013

Contrée indienne de Dorothy M.Johnson

La maison d'édition Gallmeister a lancé une collection intitulée "TOTEM, une autre littérature américaine" en publiant des auteurs méconnus du grand public français mais symboliques de l'histoire américaine.

Ici il s'agit de Contrée indienne, un recueil de nouvelles signé Dorothy M.Johnson en 1953, grande dame de la littérature américaine comme le dit si bien la maison d'édition. Je vous avais parlé de plusieurs achats, celui-ci en faisait partie. Fait du hasard, une virée dans une boutique de livres d'occasion, la couverture d'un livre m'attire. J'ai un doute - l'ai-je déjà ? Mais son prix modique, et ce visage d'indien m'attirent. Me voilà avec un autre exemplaire de Contrée indienne, publié par J.C Lattès en 1986.

La différence entre les deux recueils ? La présence de deux nouvelles inédites, "Cicatrices d'honneur" et "l'incroyant" dans l'édition de la maison Gallmeister. J'ai donc lu les deux livres, en commençant par le plus ancien puis en terminant avec les deux nouvelles inédites.



Le premier recueil de J.C Lattès contient 9 nouvelles identiques à celles de Gallmeister :
- Flamme sur la plaine
- Prairie Kid
- L'exil d'un guerrier
- Retour au fort
- L'homme qui tua Liberty Valance
- La tunique de guerre
- Après la plaine
- Et toujours se moquer du danger
- Un homme nommé cheval


et Une sœur disparue 
Cette nouvelle reçut en 1957 le Spur Award - publiée dans le recueil "The hanging tree" (La colline des potences), elle raconte la tentative de réintégration d'une femme colon, Cynthia Ann Parker qui avait été kidnappée enfant par les Comanches.



Quanah Parker, le dernier Chef Commanche

En lisant les titres, vous aurez peut-être pensé au cinéma et vous avez raison : plusieurs de ses nouvelles furent adaptées avec succès au cinéma : L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford avec John Wayne et James Stewart, Un homme nommé Cheval et La colline des potences avec Gary Cooper.

Je ne suis peut-être pas tout à fait objective compte tenu de mon amour pour la culture indienne depuis que je suis enfant, et ayant eu la chance de côtoyer quelque temps ( lorsque j'habitais au Montana) ces tribus, je suis encore plus passionnée.  Je possède déjà de nombreux livres les concernant, et plus particulièrement sur leurs croyances. Toutes passionnantes. J'aimerais beaucoup vous faire partager cette passion.

Je ne vais pas rentrer dans le détail de chaque nouvelle. Sachez juste que le lecteur est plongé dans l'époque mythique de l'Ouest, encore sauvage où les indiens (Cheyennes ou Comanches) sont parfois les héros de ces nouvelles, mais jamais les "méchants grimés des western". La romancière a su très bien restituer cette époque, sa dangerosité et le courage de ces deux peuples, ces colons qui viennent plein d'espoir et ces indiens qui voient leur nation disparaitre.

J'ai particulièrement aimé les nouvelles qui décrivent avec précision les moeurs de ces tribus indiennes, leurs us et coûtumes, leurs croyances - elle ne cherche jamais à diaboliser ou au contraire à magnifier ces peuples. Elle décrit leurs us qui peuvent choquer parfois (lorsque les jeunes se mutilent ou le rituel des scalps, etc.). 






Elle décrit aussi habilement les enlèvements communs à cette époque, femmes, enfants kidnappés par les indiens, parfois échangés contre des chevaux ou des armes. Leur retour difficile à la vie occidentale. La vie difficile de ces tribus en voie de disparition, le dur labeur des femmes. La nouvelle Une sœur disparue est particulièrement touchante, j'ai aussi beaucoup aimé Et toujours se moquer du danger ou Un homme nommé cheval. La nouvelle est bien meilleure que l'adaptation cinématographique.

Cicatrices d'honneur est une nouvelle située plus récemment, lors de la seconde guerre mondiale lorsque de jeunes indiens partent au combat et désirent renouer avec leurs croyances perdues et les rites ancestraux (le passage de l'enfant à l'homme, l'auto-mutilation, etc.).

Jamais Dorothy M.Johnson ne juge-t-elle ses personnages, ni leurs pensées, ni leurs actions - qu'ils soient blancs ou indiens, elle vous relate juste très précisément cette époque. Et moi qui ai grandi en regardant les western devant mon petit écran, j'ai adoré lire ces nouvelles. Comme Kevin Costner, dans Danse avec les loups - elle dresse un portrait très fidèle de la culture indienne. Ce soin apporté à la réalité fera d'elle un membre honoraire de la tribu Blackfoot en 1959.

La bonne nouvelle ? Gallmeister va publier l'an prochain un autre recueil La colline des potences.

20 novembre 2013

Et tous mes amis seront des inconnus

Je ne le cache pas, cette lecture aura été plus que difficile - grandement par ma faute. Je connais de véritables périodes de boulimie livresque mais il m'arrive aussi de traverser des déserts, et le mois d'octobre en fut l'exemple parfait. Impossible de tourner une page.

Malheureusement pour le roman de Larry McMurtry, déjà entamé, je n'ai pas réussi à lire une seule page pendant plus de trois semaines. Entre l'approche de mon départ, et tout le travail que j'ai essayé de faire puis ma maladie (pendant ma semaine de vacances), je n'ai pas pu lire une seule ligne. Fort heureusement, tout est redevenu normal ce week-end. J'avais très envie de lire un roman de Larry McMurtry.

Ayant découvert l'auteur américain à travers son œuvre la plus célèbre (Prix Pulitzer) le roman western Lonesome Dove (lecture dont je ne me suis toujours pas remise), je n'ai pas hésité une seule seconde à emprunter Et tous mes amis seront des inconnus lorsque je l'ai vu dans ma bibliothèque de quartier. J'ignorais à ce moment-là que je mettrai plus d'un mois pour le lire.

Le lecteur suit le parcours initiatique de Danny Deck, jeune écrivain texan des années 60 dont les amours vont le guider du Texas à la Californie, traversant cette période de pleine révolution sexuelle, il fera des rencontres extraordinaires tout en doutant de sa vocation d'écrivain.

Ce roman est l'un des premiers du romancier qui a écrit également La dernière séance (que j'ai hâte de lire) et Tendre passions. Nous sommes ici très loin du western et ce fut sans doute ma première erreur d'essayer de retrouver les grandes plaines et les héros de Lonesome Dove.  J'avoue également que je ne me suis pas non plus passionnée pour le personnage principal, ses doutes existentiels ont fini par me lasser. Ses rencontres féminines finissent toutes très mal, il est incapable de se décider, il le dit lui-même, il s'accommode de tout et a très peu de volonté.

La première partie consacrée à son mariage avec la très belle et froide Sally m'a aussi ennuyée, j'ai largement préféré la dernière partie, j'ignore si l'interruption de ma lecture a joué pour quelque chose. En tout cas, je préfère toujours lire l'écrivain lorsqu'il lance son personnage sur la route, McMurtry est le meilleur pour décrire un voyage et les rencontres "tragi-comiques" qui vont avec, j'avoue que certaines scènes sont uniques (les crues soudaines et son ami qui se déshabille entièrement pour aider des "naufragés de la route", ou lorsqu'il donne sa voiture, etc.) et les descriptions des paysages grandioses du Texas (cet immense ciel sans fin je l'ai vu par moi-même). Mais lorsque le personnage s'installe à San Francisco ou retourne à Houston, je me suis ennuyée à lire ses incessantes réflexions sur l'état amoureux.

J'ai donc été un peu déçue par ce livre, je n'ai sans doute pas su l'apprécier comme ce fut le cas pour Quentin Tarantino qui le cite comme l'un de ses livres préférés et une véritable influence dans son travail et ceux qui trouvent ce roman particulièrement drôle.

Sans doute dans ce roman, y trouve-t-on quelques éléments autobiographiques, McMurtry est né en 1936 au Texas, il avait donc l'âge de son héros et le même métier que lui (écrivain et scénariste). McMurtry a d'ailleurs reçu un Oscar pour le scénario du film Le secret de Brokeback Mountain en 2006.

Sans doute, la raison vient de mon propre état au moment de la lecture. Ce constat ne m'empêche absolument pas de vouloir lire La Dernière Séance et ses autres œuvres. C'est grâce à lui que j'ai voyagé du Texas au Montana avec des merveilleux personnages et des paysages inoubliables dans Lonesome Dove, et pour cela je lui en saurai éternellement reconnaissante.