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02 avril 2013

The place beyond the pines

J'hésitais à voir ce film, parce que je n'avais pas réussi à aimer Blue Valentine, le précédent film du réalisateur Derek Cianfrance. De plus, les critiques encensaient à nouveau Ryan Gosling et Bradley Cooper. Il me semblait voir un peu trop à l'écran leurs visages dernièrement. Mais la météo maussade aura eu raison de mes doutes et tant mieux !
The place beyond the pines me fait penser à Mystic River, The Town, ces films aux multiples teintes de gris, où l'Amérique a perdu ses héros, où la vie est toujours plus difficile, où les moments de bonheur sont fragiles et toujours éphémères. C'est un film très américain, "a drama" où un thème vient dominer l'ensemble du film, ici la filiation et toujours ce destin qui vous poursuit.

L'histoire se déroule en deux périodes distinctes, à quinze ans d'écarts, l'avant et l'après Luke.  Ce dernier (Ryan Gosling) n'a aucune famille, il doit sa petite notoriété à son spectacle de moto dans la fête foraine. Celle-ci est de retour à Schenectady, petite ville de l'état de New York frappée par la crise. Il croise la belle Romina (Eva Mendès) qui vient se rappeler à lui. A quelques heures du départ vers une nouvelle ville, il découvre qu'il a un fils, Jason, né de sa relation épisodique avec Romina et âgé de quelques mois. Il prend alors la décision de tout quitter pour prendre soin de sa famille.

Mais les temps sont durs, son salaire de mécano dans un garage de seconde main ne suffit pas, et Romina privilégie le confort de sa vie auprès de Kofi, son compagnon, sa mère et son fils. Luke décide alors de braquer des banques afin de pouvoir offrir à Romina et son fils une nouvelle vie, mais son chemin croise celui d'un ambitieux jeune flic, jeune père également, Avery Cross (Bradley Cooper). Leurs destins seront amenés à se croiser à nouveau à l'avenir au travers de leurs fils respectifs. On n'échappe pas à son destin, ni à son passé.


J'ai été très touchée par le film et oui, j'avoue, j'ai adoré la première partie où le réalisateur suit chaque pas de Luke - Ryan Gosling est électrique, même si l'histoire de son personnage est sombre, sa vie est agrémentée de moments lumineux. Force est d'avouer le talent du réalisateur qui filme magnifiquement les personnages, la ville ou la forêt de pinèdes. Le personnage de Ryan Gosling est magnifique et l'acteur américain réussit à nouveau à vous emporter dans son monde, celui d'un homme désespérément seul qui voit en son fils sa bouée de sauvetage et basculera dans une vie cauchemardesque à la poursuite d'un avenir fantasmé. Les cheveux peroxydés, le corps recouvert de tatouages, il réussit à émouvoir les spectateurs et sa fin tragique ne fait qu'accentuer l'attachement du spectateur à son personnage, et son souvenir n'est encore que plus présent dans la seconde partie.

Le tour de force vient de Bradley Cooper, qui endosse ici le rôle du méchant, celui qui nous prendra Luke. Il interprète avec brio le rôle de ce policier ambitieux, qui va mentir à tout le monde et revêtir l'habit du héros, mais qui va très vite culpabiliser d'avoir ôté la vie de Luke et n'aura de cesse ensuite de rattraper ses fautes. La rencontre fortuite des fils respectifs de ces hommes sonnera comme un coup de semonce pour Avery.

Si Cianfrance est doué, c'est sûrement pour filmer la solitude de l'ensemble des personnages de ces films - ils sont tous seuls, même Romina. Luke mais aussi Robyn, son meilleur ami, dont la solitude est frappante et terrible, Avery, son épouse (la sublime, je me répète, Rose Byrne) et enfin leurs deux fils qui fuient dans la drogue et l'alcool. Tous les acteurs sont formidables, j'ai été épatée par leurs talents respectifs. Bluffée encore une fois par Cooper. Comme je le disais dans mon précédent billet (sur Happiness Therapy), il y a quelque chose en lui, dans son regard, qui me gêne habituellement, une lueur - un truc, je ne saurais l'expliquer. Je ne le trouve pas beau.  Mais il réussit toujours à se fondre dans son personnage et lui va à chaque fois lui apporter une dimension supplémentaire.

J'avais aussi très envie de revoir Rose Byrne (Damages est ma série préférée) et à nouveau Dane DeHaan (Jason) que j'avais découvert dans Lawless, un jeune comédien à l'avenir assuré ! Et puis, j'ai été totalement emballée par la prestation extraordinaire de Ben Mendelshon (vu dans Animal Kingdom, ce film australien avait réuni le meilleur casting de tous les temps) qui interprète Robin, l'ami mécano de Luke. J'ignore pourquoi mais chaque apparition dans le film, lorsqu'il chasse les oies, lorsqu'il voit Luke pour la première fois, chaque scène avec lui, lorsqu'il rencontre Jason - j'ai aimé chaque instant passé en sa compagnie. 



J'ai envie d'acheter la musique du film, me revient à l'instant celle d'un très beau moment de cinéma, lorsque le fils de Luke a rencontré Robin et qu'il reprend son vélo et roule à travers la forêt de pins, les lunettes de son père sur le nez, c'est une personne différente.

L'histoire connaît des moments dramatiques mais aussi des moments lumineux et la fin répond en tous points à mes attentes. J'ai vraiment énormément aimé ce film, et moi qui trouvais repoussant le jeune A.J, j'ai fini par l'aimer, le jeune Emory Cohen complète ce casting incroyable.



Un film très américain, visuel comme je les aime (j'y ai retrouvé quelques touches cinématographiques de Drive), où les silences des personnages sont autant de témoignages de leurs sentiments, où les regards sont intenses, où la nature est toujours présente, parfois accueillante, parfois menaçante et où la liberté est celle d'une route sans fin, les mains sur le guidon d'une moto, avec la voix envoûtante de Bruce Springsteen.

Un très beau moment de cinéma, pour moi en tout cas. Vous l'aurez compris.

NB : à noter que le Cercle, l'émission des critiques ciné de Canal lui a attribué sa meilleure note, 4 étoiles, très rare- un signe, non ?

22 février 2011

Last night

J'avais envie de voir ce film depuis longtemps, car il a été tourné avant Avatar mais ne trouvait pas de distributeur. Le succès d'Avatar a mis en avant l'acteur australien Sam Worthington, et comme j'aime beaucoup Keira Knightley, je ne pouvais manquer leur première collaboration.

Le film raconte une soirée dans la vie d'un couple, où tout peut basculer lorsque le mari et l'épouse passent chacun la soirée avec une personne du sexe opposée qui va remettre en question leur couple.

L'histoire est simple, une sorte de comédie douce-amère avec un New York vivant, agréable et vrai (celui des petits quartiers où l'on connaît les commerçants, où l'on fait ses courses, le NY que j'ai connu et trop rarement montré au cinéma).

On fait la connaissance d'un jeune couple, joué par Sam Worthington (Michael Reed) et son épouse, écrivaine en manque d'inspiration, Joanna (Keira Knightley). Le mari doit régulièrement s'absenter en voyages d'affaires. Lors d'une soirée organisée par son patron, Joanna fait la connaissance de la nouvelle collègue de son mari, la très sensuelle Eva Mendès.  L'épouse remarque immédiatement l'attirance physique de son époux pour cette jeune femme, mais également le jeu troublant de la jeune femme envers son mari. De retour chez eux, le couple a une scène. Ils se quittent à peine rabibochés, Michael repartant en voyages d'affaires avec sa collègue. Joanna rencontre alors le jour même son ancien amour, Thomas, interprété par Guillaume Canet.  Les deux époux vont donc chacun passer cette soirée se mentant à eux-mêmes et à leurs conjoints.


L'histoire est donc presque banale : un couple qui traverse une crise, le doute qui apparaît lorsqu'une personne vous plaît et ne s'en cache pas, lorsqu'un ancien amour inachevé refait surface, mais la réalisatrice a réussi un joli tour de passe passe : tout y est  filmé en demi-teinte, doux amer, calmement. Les personnages sont intelligents.  On ne s'y ennuie jamais, on suit leurs déambulations, leurs hésitations, leurs mensonges, leurs prises de risque. Forcément la question se pose : qui trompera l'autre ? Qui va craquer ? Que ferions-nous ?

Et la tromperie elle-même, avec toujours les mêmes questions : la tromperie physique (une histoire de sexe, sans sentiments) est-elle aussi ou plus grave que la tromperie "du cœur" lorsque sa moitié éprouve encore des sentiment vis-à-vis d'un ex ? La réalisatrice ne nous abreuve ni de morale, ni de leçons, elle nous laisse spectateur, entrer le temps d'une soirée dans la vie d'un couple, qui pourrait être le nôtre ou le vôtre et nous laisse seul juge. Ou plutôt simple témoin. Ni débat, ni jugement, juste la tranche d'une vie.

En repensant à ce film quelques jours plus tard, je le trouve juste.  Aucun zèle, aucune scène grotesque, pas de grosses ficelles. Un film entre quatre personnages (avec en guest-star, le génial Griffin Dunne qui est aussi un "spectateur", en interrogeant Joanna sur son mariage, il obtient les réponses que la jeune femme répugne à donner et que l'on attend). J'espère vivement que cet acteur retrouve un jour des rôles plus étoffés, et il a bien vieilli !

Côté acteurs, je ne suis pas très objective car j'adore Keira Knightley et Sam Worthington. Donc que dire ? En fait, Keira Knightley joue parfaitement cette jeune femme timide, écrivaine en panne d'inspiration qui en l'espace d'une journée quitte un mari plein de doutes, retrouve un ex amant (connu lors d'une séparation provisoire du couple) et voit tous ses sentiments se chambouler. Elle est magnifique (les gros plans sont là pour le prouver). Plus de moue, ni de rire crispé - elle a aussi changé (je viens de revoir Orgueils et Préjugés, tourné en 2005). Ce film prouve juste qu'elle est une femme à présent et qu'elle assume parfaitement ces rôles d'adultes. Un beau cadeau de la réalisatrice.

Sam Worthington, les critiques ont été dures avec lui - à noter que le film a été tourné avant Avatar et le Choc des Titans. On a tendance à oublier que l'acteur australien a une longue carrière derrière lui en Australie comme acteur de théâtre, Shakespearien de surcroît. En fait, il est dans la même situation  qu'a vécu il y a quelques années son compatriote Russell Crowe (Gladiator). Je ne suis pas objective non plus, j'adore Russell Crowe !

J'ai adoré voir le film en version originale, car il laisse libre court à son accent australien (avec l'accent british de Keira et l'accent américain d'Eva Mendes, c'est un pur plaisir). Pour revenir au jeu de Sam Worthington, il interprète bien cet homme marié qui travaille dur, rassure sa femme mais comme tout homme normalement constitué ne peut rester insensible aux charmes d'une collègue aussi séduisante qu'Eva Mendès.

Enfin pour Eva Mendès, je l'ai trouvée bizarrement pas très sexy, ni sensuelle, très loin de son rôle dans Hitch. En fait, je me souviens de deux spectatrices (étudiantes) dans la salle, assises derrière moi, qui une fois le film terminé, n'ont pu réprimer leur déception de voir Eva Mendès si mal fringuée, mal coiffée, bref presque "moche". Leurs paroles m'avaient un peu déroutées au départ, mais avec le recul, elles avaient raison.


Enfin, si on m'invitait à le revoir, je crois que je retournerais. Ah oui Guillaume Canet, j'allais l'oublier ! Il joue bien son rôle de Frenchie, écrivain bobo séduisant mais immature qui fait tourner la tête à la sage Keira. Désolée, mais si je veux faire la "fifille", je ne craque pas sur Guillaume Canet, je craque sur Sam Worthington.  J'achèterai le dvd c'est certain.