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30 décembre 2016

Rogue One

Je ne suis pas allée beaucoup au cinéma ces derniers temps mais je voulais absolument voir Rogue One et je ne le regrette absolument pas ! C'est pour moi le film parfait pour la fin d'année, j'ai presque envie de retourner le voir une deuxième fois.

Les producteurs en profitent pour éclaircir un point de l'histoire de la saga Star Wars - souvenez-vous dans l'épisode IV, Luke Skywalker savait où il devait frapper l'Etoile de la Mort pour l'exterminer. Les plans avaient été cachés sur un petit droïde ... Et bien, voilà ici l'histoire sur ceux, simples individus qui ont choisi de se sacrifier pour obtenir ces plans.

Galen Erso (Mads Mikkelsen) est un scientifique qui a décidé de fuir sur une une planète avec sa femme et sa fille Jyn pour ne pas travailler pour l'Empire. Mais Orson Krennic (Ben Mendelsohn) a réussi à le retrouver - en voulant fuir, sa femme est tuée mais la petite Jyn a le temps de se cacher. Elle sera secourue par Saw Gerrera (Forest Whitaker), un rebelle devenu extrémiste et qui s'est mis à dos les forces impériales et les forces de la rébellion (Princesse Leia).  Mais à l'âge de seize ans, il la met dehors. Seule, la jeune femme (Felicity Jones) grandit et apprend à survivre par tous moyens sous une fausse identité. Elle est finalement arrêtée pour vol et alors qu'elle est transférée, son convoi est attaqué par la rébellion : ils ont besoin d'elle pour une mission particulière.

Jyn se fiche totalement du combat qui se mène dans la galaxie, la jeune femme dit simplement qu'il suffit "de ne pas regarder en l'air" où se trouve les vaisseaux spatiaux. Mais un pilote impérial a pris la poudre d'escampette après que Galen Erso lui a confié un message pour sa fille. Fait prisonnier par Ferrera, la rébellion a besoin de Jyn pour prendre contact avec le combattant.  La jeune femme doit suivre Cassian Andor (Diego Luna) et son fidèle droïde (K-2SO). 



Les évènements s'enchainent vite, l'Etoile de la Mort est née - Galen Erso l'a construite mais a réussi à y laisser un point faible au coeur de l'étoile et dit que les plans sont conservées sur une planète. Au cours de leur voyage, Jyn doit supporter la froideur et la noirceur de Cassian qui lui cache ses véritables intentions. Elle croit pouvoir retrouver son père en échange de son aide. Ils sont aidés par le pilote Bohdi Rook (Riz Ahmed) et deux inséparables, Chirrut Imwe, l'homme aveugle croit profondément en la force même si les Jedi ont disparu de la galaxie et son fidèle ami Baze.



Que dire ? J'ai d'abord été agréablement surprise par l'image - j'ai vu le film en 2D et en vo - la 3D n'est pas nécessaire, les scènes de combat dans les airs ne sont pas si nombreuses que ça, même si j'ai frissonné à nouveau en voyant les forces de la rébellion, dans leurs uniformes blancs et oranges grimper dans leurs avions pour aller porter leur aide à Jyn et Cassian.  J'ai trouvé le scénario, même s'il est assez classique dans sa forme - bien porté - des dialogues intelligents, de l'humour et des personnages qui possèdent tous suffisamment de profondeur. On s'attache très vite à eux.

L'autre réussite ce sont les effets spéciaux - ici on ne voit pas la touche "ordinateur", tout semble réel - c'est juste magnifique ! Les planètes, les vaisseaux, le droïde (qui a la fâcheuse manie d'annoncer les les chances de survie..). Et puis, évidemment, la fin du film est très forte. Elle a une résonnance particulière aujourd'hui avec le décès de Carrie Fisher (Princesse Léïa).

On comprend rapidement que leur mission finira, bref - si on ne voit plus ces personnages après ..Voilà mais j'ai adoré les apparitions furtives de R2-D2 et C3PO ! 

Enfin, j'ai adoré les acteurs choisis pour ces rôles - tous parfaits ! Du pilote Riz Ahmed à Cassian - Diego Luna - un gros coup de coeur pour moi ! 

Je ne le connaissais que de nom - et quelle agréable découverte ! De plus, il a produit Sin Nombre - un excellent film !  Et puis toute la brochette de stars : Forrest Whitaker, Mads Mikkelsen et un incroyable Ben Mendelsohn (toujours aussi bon méchant). 

Enfin, je remercie encore une fois les producteurs qui depuis plus de trente ans confient de vrais rôles à des femmes, des combattantes - et Jyn n'y fait pas exception malgré son visage de petite anglaise adorable ! Celui de Felicity Jones que j'aime beaucoup. 

Un très bon moment de divertissement - évidemment vous n'échapperez pas à la "morale" du bien contre le mal, concernant Cassian par exemple - aux grandes valeurs d'entraide mais ici j'ai trouvé que les producteurs sont moins "gentils" que dans les premiers volets - il y a plus de noirceur et la fin le prouve à elle seule. Oh oui, Dark Vador est bien présent ! Si sa voix vous avait manqué....

Mon avis : ♥♥♥♥

03 août 2015

Starred up (les poings contre les murs)

Fan de Dog Pound, il me tardait de voir Starred Up / Les poings contre les murs - malheureusement j'ai manqué sa sortie au cinéma. Diffusé sur Canal +, j'ai profité d'une soirée au calme pour me plonger dans l'enfer de la prison où atterrit le jeune Eric Love. Je le dis haut et fort : un film culte !  Je le savais déjà vu que les critiques dithyrambiques - ajoutez-y un casting impeccable, un scénario super bien ficelé et vous voilà plongé dans une réalité que le citoyen lambda refuse de voir : celle du système carcéral britannique qui enferme les mauvais garçons et jettent la clé.

Eric Love (Jack O'Connell) tout juste 19 ans, est transféré d'un centre fermé pour mineurs dans la prison où se trouve son père, Neville Love (Ben Mendelshon) emprisonné à vie depuis plus de vingt ans. Le jeune homme, arrogant et ultra violent laisse exploser sa colère dès son arrivée - survolté, primitif, il se fait des ennemis chez les détenus et les gardiens. L'adolescent vit mal sa relation volatile avec ce père qu'il ne connaît pas et qui souhaite diriger chacun de ses gestes. Les deux hommes ne cessent de se croiser et leur relation est très tendue. Après une grave altercation, Love est envoyé au trou - il a agressé plusieurs gardiens qui souhaitent lui donner une leçon lorsqu'il est sauvé par Oliver Baumer (Rupert Friend), un psychothérapeute volontaire qui anime un groupe de parole où les détenus peuvent apprendre à maîtriser leurs accès de colère. Mettre des mots sur les maux.

Éric, starred up (terme anglais qui signifie surclassé), a été transféré avant l'âge légal dans cette prison après avoir tué, à l'âge de 10 ans, un pédophile. Il doit soudainement apprendre à gérer ses rapports avec les différents gangs, la corruption. Eric est totalement perdu et ne sait plus à qui se raccrocher quand il réussit à établir une relation de confiance avec Baumer (Rupert Friend) et apprend à maitriser peu à peu ses accès de violence en s'ouvrant peu à peu lors de ses séances avec le groupe. . Malheureusement, son père, rustre et incapable, comme son fils, de parler de ses sentiments, ne cesse de le provoquer. Eric ignore si c'est pour son bien ou si au contraire il cherche à le punir. Le jeune homme se retrouve bientôt avec un contrat sur sa tête et tout va s'emballer....


Que dire ? Sinon que le film a été écrit par Jonathan Asser, lui-même thérapeute en prison qui a voulu ici dresser un portrait, sans fards, du système carcéral britannique. Un système qui broie les hommes, leur enlevant toute humanité, les transformant en bêtes - s'assurant ainsi de leur incapacité à se réhabiliter et à retourner à la vie civile. Le portrait des gardiens est effrayant, corrompus, violents - ils font tout pour provoquer ces hommes et s'assurer ainsi qu'ils ne puissent jamais sortir. La fin du film est brutale.

Mais le talent du film réside dans cette part infime d'humanité qui transparait dans plusieurs personnages et guide, comme une petite lumière à l'intérieur du tunnel, le jeune Eric vers une possible rédemption.


J'ai adoré les séances de groupes - un grand chapeau aux acteurs Gershwyn Eustache Jr., Anthony Welsh et David Ajala qui jouent ces détenus qui ont peu à peu appris à contrôler leurs émotions et leur permettent pour un temps très court d'exprimer leurs émotions, chose impossible en prison où tous les hommes sont sans cesse sur le qui vive, le torse bombé, jurant et crachant. Tout acte de générosité est regardé de travers (Eric s'étonne ainsi que l'un des membres lui prête un shampooing) et les insultent pleuvent non stop. Lorsque Eric apprend que son père, enfermé depuis vingt ans, éminemment respecté, entretient une relation homosexuelle avec un autre détenu, Ashley - il explose.  Je ne vais pas vous raconter la fin, mais sachez qu'entre les deux hommes, l'improbable va se produire. Neville Love, enfermé depuis vingt ans,  irrécupérable, est un pur produit du système carcéral, explosif - il s'inquiète pour son fils et agit maladroitement avec lui. Absent lorsqu’il était enfant, il sait que son fils est là par sa faute.

La violence est omniprésente, une tension parcourt tous les espaces et on sent qu'une bagarre peut éclater à chaque instant. Les armes et les drogues circulent, les parrains dirigent leur petit monde. Effrayant. 

Le scénario est infaillible - quand on sent que tout va exploser, on ramène les genoux, on plisse des yeux et la violence se déchaine ainsi devant nos yeux - les rares moments d'émotions sont alors comme sublimés, magnifiés..


Le casting est impressionnant : Jack O'Connell que j'ai déjà adoré dans Invicible et Tower Block prouve qu'il est un acteur incontournable. Pour interpréter son père, le réalisateur a fait appel à l'immense Ben Mendelshon, un redoutable méchant que j'ai déjà croisé dans Animal Kingdom, The Dark Knight rises- l'acteur australien adopte ici un accent redoutable !  et Rupert Friend, mon chouchou (Homeland !!!!) qui a repris le rôle au grand écran d'Hitman (au cinéma fin août). J'adore cet acteur - j'en suis fan et j'ignorais qu'il jouait dedans. Quel plaisir de le retrouver. Il est parfait comme à son habitude.

Sinon, ayant adoré Dog Pound, j'ai appris que le film original, Scum dont Dog Pound était inspiré va finalement sortir au cinéma. Scum avait été tourné pour la BBC en 1975 mais avait été jugé trop violent à l'époque et interdit. Ressorti en version cinématographique, il était sorti en France en 1980. En 1991, suite au décès du réalisateur, le téléfilm avait été finalement diffusé mais avec des parties censurées. La BBC avait justifié son choix de manière ambiguë, en déclarant qu'elle doutait de la véracité de l'histoire (des jeunes sont envoyés dans un centre de redressement où les gardiens s'amusent à opposer les nouveaux et anciens et où les scènes sont extrêmement violentes) mais en même temps que le film avait tout d'un documentaire.

Une nouvelle version, restaurée va sortir en France le 26 août prochain.



Bref, un véritable coup de cœur pour ce film que je pense revoir une seconde fois prochainement. Un grand moment de cinéma, malgré sa dureté et sa violence. 

Mon avis :  ♥♥♥♥♥

PS : Pour en revenir à Starred up, j'ai vu le film en v.o, entre les accents britanniques (il faut écouter le très Oxfordien Rupert Friend face à un Mendelshon bourru au discours hâché pour voir deux classes s'affronter) et l'argot de prison, c'était chaud mais nécessaire. J'ai trouvé sur le web un petit lexique pour ceux qui voudraient aussi se lancer (je vous le conseille fortement) :

Acki - pote musulman
Bacon - tout type d'agresseur sexuel
Bag head - accro à l'héro
Clump - frapper
CSU - isolement 
Double bubble : deux pour un
Fraggle : détenu vulnérable
Gwap : fric
Kanga - gardien
Kick off back door - sexe anal
Mug off - se montrer irrespectueux
Off - tuer
Starred up - transfèrement prématuré d'un jeune d'un centre fermé pour mineurs à un centre de détention pour adultes
Tech- téléphone portable
Top - tuer 


23 avril 2013

Perfect mothers

J'ai remarqué qu'il m'était bizarrement difficile parfois d'évoquer mes livres ou films préférés. C'est encore le cas. J'ai vu Perfect mothers (Two mothers) mardi dernier, une semaine déjà. J'avais vu la bande-annonce à plusieurs reprises au cinéma, et j'étais intriguée par l'histoire, la musique, les actrices et la réalisatrice. Ma soeur l'avait vue avec moi et m'avait jeté un regard grave, au vu de l'histoire : comment deux femmes adultes, meilleures amies, presque sœurs, vont tomber amoureuse chacune du fils de l'autre.

Anne Fontaine, réalisatrice française a pris le plus beau pari de sa carrière : adapter librement un roman de l'impressionnante Doris Lessing, auditionner des actrices géniales et aller tourner cette histoire scandaleuse dans un coin paradisiaque d'Australie.

Le film m'a totalement chamboulé,j'ai été emportée à la fois par l'histoire, le lieu, cette mer bleu, ce coin presque isolé de la terre, la musique, et les acteurs, tous formidables. Ma sœur m'avait surpris en me demandant d'aller avec elle. Nous sommes sorties toutes les deux dans le même état. 




La réalisatrice française a réussi à éviter tous les écueils face à ce genre d'histoire et a eu le talent d'engager deux immenses actrices, l'australienne Naomi Watts et la sublime Robin Wright. Elles jouent ici sans fard (au sens propre comme au sens figuré) le rôle de ces deux femmes, quadragénaires qui vont s'éprendre chacune du fils de l'autre, âgés d'à peine vingt ans. Elles ont reproduit avec ces garçons cette amitié particulière, presque virale qui les unit. Les deux jeunes hommes vivent dans cette baie reculée, voisins, dans deux immenses maisons qui dominent la mer, ils se rejoignent chaque matin pour aller surfer. Le silence ici a toute sa place. Ce sont les vagues qui rythment le film.

L'océan a ce rôle primordial, il semble avoir un pouvoir, à la fois sensuel, ses vagues sont érotiques. L'océan efface toutes les douleurs, toutes les fractures, il les unit. Et il les isole totalement du monde extérieur, et leur apporte une protection où le monde réel n'a plus aucune prise sur eux. 


La force du scénario et du livre de Doris Lessing est d'éviter l'aspect moralisateur, il est jeté aux orties cinq minutes après le début du film. Car on parle ici d'amour, un amour qui unit les deux femmes, dont les amis communs les soupçonne d'être plus que "sororal",un amour de deux mères pour leurs enfants, un amour fraternel pour les garçons, enfin un amour tout court entre deux hommes et deux femmes. 

Ce n'est pas un film américain, ici pas de morale chrétienne, ni de manichéisme et pas de "drama", les deux femmes restent amies, malgré ce passage à l'acte, elles continuent à s'aimer et à prendre soin de l'autre, à protéger l'autre. Leur amitié est sublime à voir, elles ont grandi et vieilli ensemble et aucune ne cherche à juger ou condamner l'autre.

J'ai adoré le film car l'histoire prend sans cesse des chemins auxquels je n'avais pas songé. La bande-annonce est magnifique car la réalisatrice vous induit totalement en erreur, ce que vous croyiez être un acte unique n'en est pas un, ce que vous croyiez avoir compris est tout l'inverse. La fin aussi m'a totalement surprise et totalement enchantée.

La musique et la mer accompagnent ce quatuor amoureux. Un quatuor impénétrable, nous en avons beaucoup échangé avec ma soeur - ils me font penser à un soleil autour duquel gravitent des planètes, qui rêvent de s'en approcher, car ils sont magnifiquement attirants, solaires (chauds, lumineux) mais les planètes n'y arrivent pas car leur univers est impénétrable. Ils excluent tous leurs proches de leur monde (parents, amis).   

Leur force ? Leurs sentiments, j'avoue (et ma sœur a ressenti la même chose) que très vite nous nous attachons à tous les personnages, Roz - Robin Wright est renversante, Lil - Naomi Watts d'un naturel désarmant, et les deux jeunes acteurs australiens, Xavier Samuel qui interprète Ian, le fils de Lil et James Frecheville, dans le rôle de Tom, le fils de Roz et Harold (Ben Mendelshon).

J'ai retrouvé Ben Mendelshon, toujours aussi parfait et James Frecheville que j'avais découverts dans le sublime Animal Kingdom dont j'ai beaucoup parlé ici. J'avoue que le James d'Animal Kingdom s'est métamorphosé  en un dieu grec ! Il ne faut pas se cacher les yeux, les deux jeunes acteurs sont juste à tomber par terre et la réalisatrice sait parfaitement filmer leurs corps d'Apollon.

J'ai vraiment eu un coup de cœur pour le personnage d'Ian (Xavier Samuel) dont la détresse m'a beaucoup émue, comme celle de sa mère. Les deux jeunes acteurs s'en tirent haut la main face à ces immenses actrices, ils sont sur un pied d'égalité, parfois plus fort qu'elles dans leur détermination, et je reste fascinée à vie par ce bout de terre isolé, au bord de l'océan, et j'imagine que dans une autre dimension, ils continuent de vivre ainsi à quatre, cette passion amoureuse, inséparables. Quand à Robin Wright, j'aime cette actrice depuis ses premiers films (Les anges de la nuit, She's so lovely, ou dernièrement Les vies privées de Pippa Lee)





Je vais m'empresser d'acheter la bande-originale et ensuite le DVD. Nous avions prévu de retourner le voir lorsque nous avons découvert que Gaumont le jouait en fait pour la dernière fois lorsque nous l'avons vu ! Par contre, je remercie le Gaumont d'avoir une fois de plus proposée par la v.o et le charmant accent australien du casting.

C'est sans aucun doute mon film préféré depuis très longtemps.
♥♥♥♥♥♥

Je vous offre de regarder la bande-annonce avec moi ;)




02 avril 2013

The place beyond the pines

J'hésitais à voir ce film, parce que je n'avais pas réussi à aimer Blue Valentine, le précédent film du réalisateur Derek Cianfrance. De plus, les critiques encensaient à nouveau Ryan Gosling et Bradley Cooper. Il me semblait voir un peu trop à l'écran leurs visages dernièrement. Mais la météo maussade aura eu raison de mes doutes et tant mieux !
The place beyond the pines me fait penser à Mystic River, The Town, ces films aux multiples teintes de gris, où l'Amérique a perdu ses héros, où la vie est toujours plus difficile, où les moments de bonheur sont fragiles et toujours éphémères. C'est un film très américain, "a drama" où un thème vient dominer l'ensemble du film, ici la filiation et toujours ce destin qui vous poursuit.

L'histoire se déroule en deux périodes distinctes, à quinze ans d'écarts, l'avant et l'après Luke.  Ce dernier (Ryan Gosling) n'a aucune famille, il doit sa petite notoriété à son spectacle de moto dans la fête foraine. Celle-ci est de retour à Schenectady, petite ville de l'état de New York frappée par la crise. Il croise la belle Romina (Eva Mendès) qui vient se rappeler à lui. A quelques heures du départ vers une nouvelle ville, il découvre qu'il a un fils, Jason, né de sa relation épisodique avec Romina et âgé de quelques mois. Il prend alors la décision de tout quitter pour prendre soin de sa famille.

Mais les temps sont durs, son salaire de mécano dans un garage de seconde main ne suffit pas, et Romina privilégie le confort de sa vie auprès de Kofi, son compagnon, sa mère et son fils. Luke décide alors de braquer des banques afin de pouvoir offrir à Romina et son fils une nouvelle vie, mais son chemin croise celui d'un ambitieux jeune flic, jeune père également, Avery Cross (Bradley Cooper). Leurs destins seront amenés à se croiser à nouveau à l'avenir au travers de leurs fils respectifs. On n'échappe pas à son destin, ni à son passé.


J'ai été très touchée par le film et oui, j'avoue, j'ai adoré la première partie où le réalisateur suit chaque pas de Luke - Ryan Gosling est électrique, même si l'histoire de son personnage est sombre, sa vie est agrémentée de moments lumineux. Force est d'avouer le talent du réalisateur qui filme magnifiquement les personnages, la ville ou la forêt de pinèdes. Le personnage de Ryan Gosling est magnifique et l'acteur américain réussit à nouveau à vous emporter dans son monde, celui d'un homme désespérément seul qui voit en son fils sa bouée de sauvetage et basculera dans une vie cauchemardesque à la poursuite d'un avenir fantasmé. Les cheveux peroxydés, le corps recouvert de tatouages, il réussit à émouvoir les spectateurs et sa fin tragique ne fait qu'accentuer l'attachement du spectateur à son personnage, et son souvenir n'est encore que plus présent dans la seconde partie.

Le tour de force vient de Bradley Cooper, qui endosse ici le rôle du méchant, celui qui nous prendra Luke. Il interprète avec brio le rôle de ce policier ambitieux, qui va mentir à tout le monde et revêtir l'habit du héros, mais qui va très vite culpabiliser d'avoir ôté la vie de Luke et n'aura de cesse ensuite de rattraper ses fautes. La rencontre fortuite des fils respectifs de ces hommes sonnera comme un coup de semonce pour Avery.

Si Cianfrance est doué, c'est sûrement pour filmer la solitude de l'ensemble des personnages de ces films - ils sont tous seuls, même Romina. Luke mais aussi Robyn, son meilleur ami, dont la solitude est frappante et terrible, Avery, son épouse (la sublime, je me répète, Rose Byrne) et enfin leurs deux fils qui fuient dans la drogue et l'alcool. Tous les acteurs sont formidables, j'ai été épatée par leurs talents respectifs. Bluffée encore une fois par Cooper. Comme je le disais dans mon précédent billet (sur Happiness Therapy), il y a quelque chose en lui, dans son regard, qui me gêne habituellement, une lueur - un truc, je ne saurais l'expliquer. Je ne le trouve pas beau.  Mais il réussit toujours à se fondre dans son personnage et lui va à chaque fois lui apporter une dimension supplémentaire.

J'avais aussi très envie de revoir Rose Byrne (Damages est ma série préférée) et à nouveau Dane DeHaan (Jason) que j'avais découvert dans Lawless, un jeune comédien à l'avenir assuré ! Et puis, j'ai été totalement emballée par la prestation extraordinaire de Ben Mendelshon (vu dans Animal Kingdom, ce film australien avait réuni le meilleur casting de tous les temps) qui interprète Robin, l'ami mécano de Luke. J'ignore pourquoi mais chaque apparition dans le film, lorsqu'il chasse les oies, lorsqu'il voit Luke pour la première fois, chaque scène avec lui, lorsqu'il rencontre Jason - j'ai aimé chaque instant passé en sa compagnie. 



J'ai envie d'acheter la musique du film, me revient à l'instant celle d'un très beau moment de cinéma, lorsque le fils de Luke a rencontré Robin et qu'il reprend son vélo et roule à travers la forêt de pins, les lunettes de son père sur le nez, c'est une personne différente.

L'histoire connaît des moments dramatiques mais aussi des moments lumineux et la fin répond en tous points à mes attentes. J'ai vraiment énormément aimé ce film, et moi qui trouvais repoussant le jeune A.J, j'ai fini par l'aimer, le jeune Emory Cohen complète ce casting incroyable.



Un film très américain, visuel comme je les aime (j'y ai retrouvé quelques touches cinématographiques de Drive), où les silences des personnages sont autant de témoignages de leurs sentiments, où les regards sont intenses, où la nature est toujours présente, parfois accueillante, parfois menaçante et où la liberté est celle d'une route sans fin, les mains sur le guidon d'une moto, avec la voix envoûtante de Bruce Springsteen.

Un très beau moment de cinéma, pour moi en tout cas. Vous l'aurez compris.

NB : à noter que le Cercle, l'émission des critiques ciné de Canal lui a attribué sa meilleure note, 4 étoiles, très rare- un signe, non ?