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16 octobre 2017

My addictions of the week



Un dernier billet avant les vacances !


Mes drogues télévisuelles

Je suis accro à la nouvelle série diffusée sur Netflix de David Fincher : Mindhunter.

En 1977, le jeune Holden Ford (Jonathan Groff) a intégré le FBI à Quantico, en Virginie. Il s'est spécialisé dans les prises d'otages. Mais son travail reste incompris majoritairement par les policiers et l'enseignement qu'il donne aux jeunes recrues ne porte pas vraiment ses fruits. Il entend alors le cours d'un autre professeur, celui-ci étudie l'évolution des meurtres, en particulier ceux "sans motif" apparent. Plus de mari bafoué, de vol de bijoux, d'argent détourné, non ces tueurs semblent tuer pour le plaisir, comme le terrible Charles Manson. Holden intègre alors l'unité comportementale dirigée par Bill Tench (Holt MacCanally) - ce dernier parcourt le pays pour enseigner les tactiques de profilage (le terme n'existe pas encore) aux polices locales. Holden l'accompagne. Celui-ci devient obsédé par ces tueurs qui tuent à multiple reprises, il les appelle les "tueurs en séquence" (il inventera le terme "de tueurs en série" plus tard). Il persuade son coéquipier de rencontrer ceux déjà incarcérés, comme Edmund Kemper qui a tué et décapité ses victimes.
Géant et affable, il se confie aux deux policiers du FBI qui décident de développer leur analyse à travers ces entretiens. Je connaissais déjà ce tueur dont Marc Dugain a dressé le portrait dans son roman Avenue des Géants en 2012.

Ils font la connaissance d'une éminente prof de fac à Boston, Wendy Carr (Anna Torv) qui étudie les comportements de ce tueurs psychopathes (et les psychopathes dans leur généralité) qui décident de les aider à établir un questionnaire afin de pouvoir élargir leurs recherches et surtout réussir à trouver les points communs entre ces assassins.  Holden et Bill sont amenés à aider la police sur plusieurs enquêtes répondant à leurs critères (violence contre les animaux, corps mutilés post-mortem, amputation, etc.). De son côté, Holden, très intelligent et plutôt coincé, découvre la vie en commun auprès d'une jeune femme intelligente, Debbie (Hannah Gross) (doctorat en sociologie) à qui il confie cette obsession pour ces tueurs en série.

A chaque début d'épisode, on suit un homme, inconnu, dans sa vie quotidienne - évidemment, au bout de cinq épisodes, cet homme très froid, glacial est sûrement un tueur en série. Mais lequel ?

J'adore ! Un casting parfait - j'adore Holt que j'ai découvert il y a une dizaine d'années dans un film avec l'actrice de Flashdance et depuis je suis sa carrière sur le petit écran. Je suis ravie qu'on lui confie enfin les rênes d'une série. Il le mérite amplement. Jonathan Groff est un excellent acteur qui joue parfaitement ce jeune homme un peu trop sérieux et imbu de sa personne. Les femmes sont ici très intelligentes et ça fait du bien ! Elles ne sont pas là pour faire le pendant des rôles masculins. Et puis les années 70, c'est top ! Amusant de voir que Holden sera à l'origine du terme "tueurs en série".


Je pars en vacances donc je ne vais pas pouvoir finir cette première saison ....mais encore merci à Netflix pour avoir produit cette série !
EDIT  : j'ai finalement eu le temps de la voir dans sa totalité :-)


Parfois la fatigue vous mène vers des séries que vous n'auriez jamais choisies. J'ai ainsi regardé cinq épisodes d'affilée d'une série américaine diffusée sur Netflix.  Il s'agit de The Good Place.



Eleanor Shelltrop (Kristen Bell) vient de mourir. A son réveil, elle se trouve en face de Michael (Ted Hanson), le régisseur d'une ville créée de toutes pièces pour ceux qui ont eu l'honneur extrême d'aller directement au Paradis. Michael accueille Eleanor et la remercie de ses années passées à contribuer à lutter contre la pauvreté et l'illettrisme à travers le monde. Mais il y a erreur sur la personne : Eleanor n'a jamais aidé personne. C'est une jeune femme égoïste, alcoolique. Lorsque Michael lui laisse entendre ce qui se passe en enfer, la jeune femme décide de mentir. 

Dans ce monde parfait, on lui a déjà trouvé son "âme soeur", un éminent professeur de faculté, d'origine sénégalaise, Chidi Anagonye (William Jackson Harper) et celui-ci devine très rapidement le secret de sa moitié. Lorsque Eleanor se laisse aller à sa véritable nature (en négligeant son travail, en jurant) la stabilité de son monde est mis en danger. Un soir, elle provoque un véritable séisme. Chidi accepte l'idée de la "former" à la gentillesse et à la bienveillance.... D'ailleurs, dans ce monde, on ne peut plus jurer d'où le "what the fork?" 

Une série vraiment étrange, les premiers épisodes, je me demandais si j'aimais ou pas. Kristen Bell est pétillante et drôle, mais le côté kitsch de la série, accentué par ce décor de guimauve, me gênait. Puis les choses ont commencé à se mettre en place, et quand Eleanor réalise qu'elle n'est pas la seule à avoir mystérieusement échappé à l'enfer, les choses se gâtent. 

Les personnages sont drôles. Je ne préfère pas noter cette série, je dois voir plus d'épisodes pour me faire une idée.


Mes drogues cinématographiques

J'ai enfin trouvé le temps de regarder un film ! J'ai voulu voir le dernier film de Xavier Dolan, diffusé sur Canal +, Juste la fin du monde. 

J'ai beaucoup aimé son film Mommy, et ici on retrouve "la patte" de l'auteur. Il aime toujours autant la musique, les engueulades de famille, les traveling et les échappées. Ici on suit le personnage de Louis (Gaspard Ulliel), dramaturge, il a trente deux ans et un cancer en phase terminale. Il décide de rentrer au pays après douze ans d'absence. Il a uniquement communiqué avec sa famille à travers l'envoi de cartes postales pour les dates d'anniversaire ou de fêtes. Sa mère (Nathalie Baye), comme sa petite soeur, Suzanne (Léa Seydoux) attendent fiévreusement son retour. La mère s'est mise au fourneau et stresse à l'idée de revoir son bébé. Suzanne n'a pas de souvenirs de lui, puisqu'elle était encore une petite fille lorsqu'il est parti. 

A l'inverse, Antoine, le frère ainé (Vincent Cassel) ne semble pas vraiment ravi du retour du fils prodigieux (Louis est un écrivain reconnu). Sa femme Catherine (Marion Cotillard) est sous son emprise, elle accroche chaque mot, à la limite du bégaiement. Sous l'emprise de cet homme colérique, elle plait cependant à ce beau-frère qu'elle ne connaît pas. 

Mais la réunion de famille tourne rapidement au vinaigre, entre les piques d'Antoine, la tension nerveuse finit par éclater. Quant à Louis, qui continue de cacher sa maladie mais leur a annoncé qu'il avait une nouvelle, il vit assez mal le fait de ne pas retrouver sa maison d'enfance. Ses affaires ont été stockées au sous-sol et peu à peu les souvenirs du passé rejaillissent, comme ses premières émois homosexuels. Louis s'isole avec chacun personnage, et découvre bientôt que son retour n'était pas si attendu que cela.



Et c'est là le talent de Xavier Dolan, à travers ces engueulades, ces scènes de crispation, il lève le voile sur douze années de souffrance pour ceux restés derrière. J'avoue que mon regard sur ce film est entièrement biaisé puisque j'ai connu le cas dans ma propre famille, et non on ne célèbre pas le retour du fils prodigue. Sans doute l'a-t-il cru, et comme dans le film, il a retrouvé une soeur qu'il ne connaît pas - puisqu'il ne l'a pas vu grandir. 

J'ai adoré la scène de la voiture où il tente de partager une anecdote avec son grand frère (dont il se souvient avec amour) et celui-ci lui rappelle alors que leur complicité est morte il y a plus de dix ans. J'ai aussi aimé la fin, lorsque le spectateur réalise que Louis, s'il n'avait pas été malade, ne serait probablement jamais revenu dans cette famille dysfonctionnelle. Une famille compliquée mais qui, malgré les difficultés, s'est toujours serrée les coudes. Ceux qui sont restés comme le grand frère et qui doivent gérer l'image du frère célèbre. 

Je ne veux pas en dire plus sur l'histoire, sinon que j'ai trouvé l'histoire bien écrite, même si les traveling dans le passé sont un tantinet à la limite.... de la photographie de David Hamilton. Qu'on retrouve à nouveau la relation mère-enfant qui semble obséder le réalisateur canadien. 



Les acteurs sont formidables, et moi qui n'aime pas du tout Marion Cotillard, je l'ai trouvée formidable dans le rôle de cette épouse effacée mais qui semble retrouver un peu de confiance aux côtés de Louis. Et que dire de Nathalie Baye ? Maquillée comme une putain,  il n'y a pas d'autre mot, elle est formidable dans le rôle de cette femme qui tente de reconstruire un semblant de famille. Léa Seydoux jouait déjà le rôle d'une jeune femme névrosée, qui découvre que le frère qu'elle a idéalisé, est juste un être humain - est aussi crédible.

Et la scène de la voiture où Vincent Cassel se lâche est excellente ! J'ai quand même trouvé quelques bémols (mais ils sont rares), l'usage excessif de la musique, pourtant Dolan réussit son coup à 90% et les premières scènes, où Louis arrive chez lui, caché derrière ses lunettes de star. Je ne comprenais pas cette attitude mais elle prend tout son sens à la fin du film. Je n'ai éprouvé aucune sympathie pour son personnage, mais tout mon amour pour cette famille cabossée.

Mon avis : ♥ 

23 mai 2013

Trance (de Danny Boyle)

Je suis allée voir Trance, le dernier film de Danny Boyle un peu par hasard. Le casting me plaisait bien, le séduisant James McAvoy, le méchant toujours parfait Vincent Cassel et la troublante Rosario Dawson

Je n'ai pas aimé tous les films du réalisateur britannique, évidemment j'avais été à l'époque emballée par la réalisation très rythmée et musicale de Trainspotting et j'avais aussi apprécié les 127 heures passées avec James Franco. 

J'ai vu la bande-annonce une seule fois, et j'y suis donc allée sans a priori particulier. Boyle a gardé cette dynamique, ce rythme endiablé et accompagne chaque scène d'une musique tronituante. 

L'histoire ? Simon (James McAvoy) travaille pour un célèbre musée à Londres et participe aux ventes aux enchères des plus grandes œuvres d'art (ici un tableau célèbre de Rembrandt). Acculé par de terribles dettes de jeu, il accepte de participer au vol du tableau lors de sa mise aux enchères. Le commanditaire ? Celui qui a accepté de racheter sa dette, Franck (Vincent Cassel), un voyou dans la plus pure tradition anglaise. Mais les choses tournent mal, et la toile disparait mystérieusement. Simon, frappé lors du vol, souffre d'une amnésie qui l'empêche de se rappeler les faits. Pressé par Franck, il accepte de rencontrer une hypnothérapeute, Elizabeth (Rosario Dawson) qui va tenter de lui faire revenir la mémoire.

L'histoire semble alléchante, mais attention le directeur a décidé de largement vous compliquer la tâche, entre les flashbacks incessants, quelques scènes de torture éprouvantes, il vous perd dans les souvenirs du héros et peu à peu vous entraine vers une autre histoire. Le spectateur doit donc cesse démêler le vrai du faux. 


Enfin, ce fut mon cas. J'ai douté de moi parfois, allais-je comprendre l'histoire ? Comment vous expliquer, sinon vous dire, que l'on découvre peu à peu que les protagonistes sont bien plus liés qu'ils ne le croient, que de la mémoire du héros, ce n'est pas uniquement le casse qui a été effacé, et qu'il ne faut se fier à aucun des personnages, tous animés de desseins bien particuliers. Et puis, il y a aussi Elizabeth, extrêmement belle, sensuelle qui va très vite attirer les deux hommes dans ses filets. 

Bref, j'aime les films qui vous entrainent vers des fausses pistes, j'adore ça mais ici j'avoue que j'ai été parfois troublée, mais la fin, fort heureusement explique le tout et le spectateur ne sort pas du cinéma en se demandant s'il est idiot ou pas. La réalisation m'a juste fortement perturbée. Je crois que je n'étais pas du tout préparée à plonger dans la mémoire du héros et celle des autres personnages, la multiplicité des scènes m'a parfois gênée. 


Les acteurs sont par contre, tous formidables - James McAvoy a ce talent d'avoir toujours l'air candide et donc d'obtenir rapidement la sympathie du spectateur (vous l'aurez compris : ne se fier à aucun des protagonistes), Rosario Dawson est évidemment sublime et sait parfaitement jouer sur cette ligne transparente entre la sensualité et la froideur, et enfin que dire de Cassel, sinon qu'il arrive toujours à vous faire admirer le méchant, et même à souffrir avec lui.  Casting réussi. 


Un bémol cependant à ce film : le réalisateur a réalisé un film où il vous raconte la chute vertigineuse d'un homme. Le film se veut un film d'action mais avec une touche de psychologie, or le réalisateur, à mon humble avis, n'a su gérer le dosage, entre action et psychologie. Peut-être aurait-il retravailler le rythme du film et diminuer l'accompagnement musical. Est-ce que je vieillis ?Je me souviens juste m'être fait la remarque pendant une scène de poursuite, où je trouvais la musique redondante.

Bref, si vous aimez être trimballé à gauche et à droite, si vous aimez les scènes d'action viriles (pas mal de castagne, de testostérone), la musique à fond, vous aimerez le dernier de Danny Boyle. D'ailleurs, il obtient une bonne note dans la plupart des critiques. Disons que le réalisateur a réussi un film de bonne facture mais on est loin de Trainspotting. 

Mais je le répète, les acteurs sont formidables et j'étais ravie de retrouver McAvoy que je n'avais pas vu depuis X-Men, le commencement et depuis Black Swan, je réalise à quel point j'aime Vincent Cassel

Ma note :


30 décembre 2011

A dangerous method


Je suis allée voir la semaine dernière A dangerous Method pour satisfaire ma curiosité naturelle. J’avais lu de bonnes et mauvaises critiques du film (deux magazines distincts proposaient deux avis internes diamétralement opposés sur le film) et j’aime lorsque que les avis sont si partagés. Et puis c’est un film de Cronenberg avec une belle brochette d’acteurs : Viggo Mortensen, Michael Fassbender, Keira Knightley et Vincent Cassel.

Je suis ravie d’être ressortie du cinéma après avoir eu le sentiment de passer un bon moment. Je ne me suis pas ennuyée une seconde (le thème de l’histoire peut en effet repousser pas mal de spectateurs) et j’ai été frappée par l'acuité des décors. L’histoire raconte les débuts de la "psycho-analyse" (futur psychanalyse) et la rencontre de deux sommités : Sigmund Freud (Vienne) et Carl Jung (Zurich) à travers l’étude d’un cas d’hystérie soigné avec cette nouvelle méthode, la patiente de Jung : Sabina Spelrein (Keira Knightley).


Carl Jung (Fassbender), médecin dans une maison de repos (sorte de centre de soins psychiatriques) est passionné par la méthode de psycho-analyse développée par Freud (Mortensen) qu’il n’a jamais rencontré mais qu’il considère comme son maitre à penser. Lorsqu’il croise la route de Sabina Spelrein, jeune femme hystérique, il décide d’appliquer la méthode prônée par le Viennois. Il lui explique ainsi qu’il va s’asseoir derrière elle, et qu’elle pourra librement se confier, parler de tout sans tabou (sexualité, etc.). La jeune femme est incapable de maitriser son corps lorsqu’elle tente de s’exprimer, victime de spasmes violents (au niveau de la mâchoire entre autres). Une réelle confiance s’installe et elle finit par libérer sa parole et lui avouer ses secrets : elle éprouvait du plaisir lorsqu’enfant, son père, un homme violent la punissait par des fessées. La thérapie fonctionne si bien que peu à peu, Sabina retrouve le contrôle, et décide d’étudier à son tour la psychanalyse. Carl Jung, si heureux de voir la méthode marcher, part à la rencontre de son maitre à Vienne.


Freud est déjà un homme influent, proéminent, sûr de lui et qui voit en Jung une sorte de fils spirituel. Les deux hommes deviennent très proches et échangent de nombreux courriers. Freud envoie alors à Zurich un de ses condisciples malade en demandant à son ami suisse de continuer l’analyse. Ce collègue (Vincent Cassel) défend l’idée que l’homme doit au contraire suivre ses pulsions et ses désirs et les satisfaire pour s’en libérer. Il incite Jung à faire de même. Celui-ci est clairement attiré par la jeune Sabina, qui lui a déclaré sa flamme. Jung cède, une liaison adultérine commence, dans laquelle les deux héros laissent leurs désirs pervers apparaître. Lorsqu’il se rend compte de son erreur et qu’il rompt, Sabina est folle de rage. Je ne vous dirais pas tout mais on assiste ensuite à la lente séparation de Jung et Freud, qui à travers une correspondance passionnante au départ finiront par se déchirer.

Jung a en effet remis en cause certains principes de base de la psychanalyse, qui selon Freud ne se fond que sur la sexualité. Jung et Spelrein, qui étudie dorénavant la psychanalyse à l’université de Zurich, vont développer peu à peu une autre méthode, en incluant des principes auxquels Freud se refuse d'entre au départ (le concept de la pulsion de mort, la religion, etc.), leur correspondance témoignent de leurs échanges vifs et passionnés. Freud acceptera sa théorie sur la pulsion destructive et sadique et l’inclura à ses travaux.


J’ai apprécié que le film ne soit pas trop compliqué, Cronenberg s'est attaché principalement à montrer la relation entre ces deux génies et l'aventure extraordinaire de la psychanalyse. Sa méthode révolutionnaire a permis aux personnes diagnostiquées folles ou hystériques de pouvoir guérir en libérant leur parole. Même si j'avoue que personnellement l'idée d'aller m'asseoir et raconter mes pulsions à un inconnu me paraît assez étrange. 

Les acteurs sont tous formidables, décidément Vincent Cassel ne cesse de me surprendre. En jouant cet homme obsédé par le sexe, il exprime une nouvelle facette de son talent.  Fassbender interprète cet homme admiratif de Freud, qui refusant d'être une simple marionnette aux mains de son maître va repousser plus loin la psychanalyse, tout en étant conscient de ses propres faiblesses. J'avoue que j'ai été moins marquée par sa prestation.

Viggo Mortensen est  méconnaissable dans le rôle de Freud, un homme froid, distant mais tellement intelligent. Cet acteur est vraiment l'un des meilleurs de sa génération. Enfin, la reconstitution de cette période charnière est magnifique. Les décors sont incroyables. J’avoue avoir été bluffée par le travail de ces hommes de l’ombre, on a vraiment l’impression d’avoir remonté le temps. Il suffit de regarder la photo où ils s'embrassent, on se croirait dans un tableau de Renoir. Tout y fait avec minutie et dans le détail, et le spectateur est transporté dans cette ère historique où le monde est prêt de basculer dans la guerre (Jung le sent).

Keira Knightley avait un rôle assez étrange, celui d'une jeune femme hystérique qui va guérir et étudier à son tour la psychanalyse. Certaines critiques l'ont trouvée peu convaincante, mais il me paraît difficile d'interpréter une femme qui lorsqu'elle tente d'exprimer ses idées, a son corps qui se tord de douleur. J'aime cette actrice, donc je suis sans doute peu objective, mais je trouve qu'elle joue bien, j'aime son interprétation de cette femme dont on a assiste à la guérison. La véritable Sabina Spelrein aura un destin tragique, juive russe, elle retournera dans son pays et y sera plus tard assassinée par les Nazis en 1942.

Certaines critiques négatives y ont vu un film poussif, redondant, donneur de leçon ou trop compliqué à suivre (lorsque que les trois personnages échangent sur la psychanalyse), j’y ai vu au contraire une aventure intellectuelle où aucun autre homme n’est encore allé : dans le subconscient et l'inconscient de l'être humain. Aujourd'hui cette idée fait encore débat.

J'ignore si ce billet vous aura donné envie. Bonnes fêtes de fin d'année !

15 février 2011

Black Swan

"J'ai toujours eu envie de réinventer l'idée du loup-garou avec cette fois-ci le cygne comme animal de métamorphose, et de transformer Natalie Portman en une sorte de créature".
- Darren Aronofsky, interviewé par Nick James, Sight and Sound, février 2011.

Mission réussie.

Darren Aronofsky est décidément un réalisateur à part, j'avais beaucoup aimé son dernier film, "The Wrestler" avec l'incroyable Mickey Rourke - un acteur  qui a au cours des années transformé son corps et son visage, ce qui ne pouvait pas échapper au jeune réalisateur. Darren Aronofsky semble  aimer filmer le thème du dépassement de soi, ou même l'auto-destruction pour unique objection d'atteindre la perfection. Revenir  une dernière fois au sommet pour le personnage de Mickey Rourke, ou être enfin la prima ballerina pour Nina Sayers (Natalie Portman) au prix d'ultimes souffrances pour les deux héros. Il y avait eu "Requiem for a dream" mais ce film me semble très loin (j'ai pourtant le dvd).





Difficile d'ignorer la performance de Natalie Portman, elle a déjà remporté plusieurs récompenses et part grande favorite à la cou
rse à l'Oscar à la fin du mois. J'ai sans doute eu un regard différent, car je pense que quiconque a fait de la danse classique porte un regard différent sur le film. Car c'est un art, comme la boxe - un art qui vous consume, fait de vous un esclave à la douleur pour créer, le temps d'un ballet un moment de grâce qui transportera le public.

Le personnage de Natalie Portman, Nina Sayers - est un exemple de dévotion et d'acharnement à vouloir obtenir le rôle principal du Lac des Cygnes.  Elle y consacre sa vie entière, ne sort pas, ne fréquente personne. Elle a encore douze ans, elle vit chez sa mère, ultra protectrice, dans sa chambre rose, entourée de ses peluches et sa boîte à musique. Le temps ne bouge plus, elle ne vit qu'à travers la danse. L'obtention du rôle principal, l'achèvement d'une carrière pour toute danseuse de ballet sera chez elle synonyme de basculement.


Nina Sayers (Natalie Portman)

Dans la folie ? Nina est-elle schizophrène ?  A présent, des plumes lui poussent sous la peau, ses pieds se transforment ...  La force du réalisateur est de ne jamais donner au spectateur une explication, il nous laisse assister à cette métamorphose. Il fait de nous un témoin silencieux de cette lente et douloureuse transformation  physique en un cygne. Cette peau qui part en lambeaux, ces scènes d'auto-mutilation où chaque geste est d'une violence extrême pour le spectateur (NB : autant un film d'horreur où des têtes volent ne produit aucun effet sur moi, autant les scènes où elle s'arrache des petits bouts de peau me font horriblement mal).  

J'ai été curieuse de voir à la fin qui avait eu l'idée de cette histoire, une fable à l'intérieur d'un conte cruel, le Lac des Cygnes.
On la doit à un réalisateur et à trois scénaristes (Mark Heyman, Andrès Heinz et John McLaughlin) qui écrivent sur la danse classique pour exprimer de multiples émotions : la jalousie entre les danseurs, la peur de ne pas plaire (professionnellement et physiquement), la peur du vieillissement (qui ici rime avec fin de carrière à 30 ans).




Le personnage de Natalie Portman explore chacun de ses aspects avec ses partenaires principaux. Ainsi la scène du baiser avec Thomas (un superbe Vincent Cassel, que j'ai adoré dans ce rôle)  traduit de manière intense la sexualité refoulée de la danseuse (elle est incapable d'interpréter Odile, le cygne noir, Black swan, la femme tentatrice). Puis auprès d'une Wynona Ryder première danseuse évincée pour son âge (qui ne supportant pas d'être rejetée se brise les jambes, comme un oiseau ses ailes).

Enfin, lorsqu'elle croise Lily (Mila Kunis), jeune danseuse libérée de toute convention et de toute morale, mangeuse d'hommes et de femmes, Nina va définitivement basculer. Mila Kunis excelle  à  interpréter cette jeune femme si sensuelle et qui rend tous les hommes fous d'elle lorsqu'elle danse  - elle est le cygne noir face à une Natalie Portman qui joue à la perfection une femme frigide.



Le film ne m'a pas laissé indifférente, presque dérangeant. A noter la musique de Tchaikovski (exceptée pour la scène du night club) est prégnante, elle suit chaque scène du film, chaque émotion.

Pour ceux qui n'aiment ni les opéras, ni les ballets, le film peut sembler plutôt lent et long et éreintant.  Comme au ballet, la vie monacale de l'héroïne n'est que répétitions : lorsqu'elle ne danse pas, elle répare ses pointes et s'échauffe.
Elle vit cloitrée. Le monde extérieur (New York) ne semble pas exister ou alors il est sombre et dangereux.




Ma scène préférée du film est la scène où finalement la transformation prend place. Odette et Odile, le cygne blanc et le cygne noir. La tension monte, comme la musique, la transformation est sublime. Natalie Portman y est magistrale. A noter que le réalisateur a su respecter la nationalité française de Vincent Cassel et Benjamin Millepied, le danseur étoile.  Ainsi lorsque le premier engueule le second, c'est en français et c'est agréable.

Un rôle à Oscar pour Natalie Portman, forcément, mais comme son héroïne obsédée par la technique, elle a su aussi "se lâcher" dans le film, et joue toute une palette d'émotions, ce qui pour moi vaut bien une petite statuette.

En conclusion, un film dérangeant, mais dans le bon sens. A voir.