
J'ai eu envie de voir Prisoners, lorsque j'ai lu une critique qui parlait d'un croisement de Seven et de Mystic River. J'avais adoré ces deux films (et le livre éponyme de Denis Lehane). J'ai vu quelques images, où j'ai découvert le casting et l'atmosphère et j'ai profité d'une matinée pluvieuse pour aller passer 2h33 en compagnie de Jake Gyllenhaal, Hugh Jackman et Melissa Leo, entre autres.
L'histoire est simple : deux familles, voisines, fêtent ensemble Thanksgiving. Il y a la famille Dover, avec Keller (Hugh Jackman), le père, un américain qui croit à la fin du monde, et a aménagé sa cave en local de survie, sa femme (Maria Bello), son fils, adolescent, et leur fille Anna, sept ans. Celle-ci s'amuse avec Joy, du même âge, fille de leurs hôtes, les Birch (Terrence Howard et Viola Davis) qui ont aussi une fille adolescente. La journée passe, le repas, le match de foot - leurs parents croient les fillettes parties chez les Dover avec les ainés, mais lorsque Keller Dover découvre que ce n'est pas le cas, il s'inquiète. De retour chez lui, sous une pluie battante, il trouve la maison vide. Les filles ont disparu....
Il pleut, il neige, il fait froid et nuit très tôt - l'atmosphère est terriblement sombre et le spectateur est plongé dans un monde d'une noirceur profonde. Chargé de l'enquête, un flic un peu étrange, Loki (Jake Gyllenhaal), est chargé de l'enquête. Persuadé d'avoir trouvé l'auteur (le suspect avait garé son camping-car dans la rue et les fillettes avaient joué autour), il l'arrête, mais le jeune homme, Alex Jones (Paul Dano) ne parle pas, et a dix ans d'âge mental. Sa tante (Melissa Leo) vient le chercher après deux jours de garde à vue où il n'a rien avoué. Keller Dover est cependant convaincu qu'il est coupable, aussi lorsqu'il est libéré faute de preuves, Keller va employer les moyens forts. De son côté, Loki enquête et découvre une autre victime, assassinée par un curé pédophile.

Que dire ? Sinon, que j'ai beaucoup aimé ce film tout autant que j'ai tremblé et souffert, car on souffre ! Pas uniquement avec les parents, ému par la douleur des mères privées de leurs enfants, par le désarroi des autres enfants, sacrifiés par leurs parents - mais on souffre aussi aux côtés du troublant Alex Jones, et comme Dover, le spectateur reste dans le doute, coupable ou innocent ?
La ville entière devient un lieu sombre et maléfique, les pédophiles sont partout, le seul point lumineux était le rire des enfants qui ont disparu. Le rythme est voulu lent, le film est long (2h33) - mais je crois qu'ici tout est calculé - le spectateur doit comprendre l'enfer de ces familles, du temps qui passe sans apporter de réponses.
J'ai beaucoup aimé la réalisation, le grain de l'image, le choix des images, et surtout la musique, ou disons le fond sonore - ainsi ce sont comme des coups de semonce qu'on entend le matin suivant la disparition des enfants, lorsque le réalisateur zoome sur la maison de l'effroi. J'ai été saisie par ce sons sourds, comme des coups de massue.

J'ai beaucoup aimé le personnage du détective, confronté à un crime dépassant tout ce qu'il a toujours connu et qui ne cesse de trouver des ramifications et d'autres victimes.
J'ai sans doute vu et lu trop de thrillers, ainsi par deux fois j'ai fait le lien, entre une victime et une personne disparue, entre un enfant kidnappé et un adulte mais je n'aurais jamais imaginé cette fin ! Et même si le film est plutôt d'une facture classique, le mauvais temps, filmé de nuit, il en reste néanmoins passionnant. Et même si vous parvenez à comprendre comme moi, le suspense ne disparait pas, bien au contraire - le scénariste nous entraine vers une autre piste et la fin est vraiment surprenante, et unique en soi. Honnêtement, j'ai été comme hypnotisée la dernière demi-heure du film lorsque la vie de Keller bascule de nouveau.
Et la dernière scène restera pour moi la meilleure scène finale d'un film vue depuis des années au cinéma !

Jake Gyllenhaal est épatant dans le rôle du flic, il interprète cet homme porteur d'une mission divine (sauver des enfants), tout en ressemblant plus à un avocat du diable avec sa chemise toujours boutonnée, ses cheveux gominés, ses doigts tatoués. J'aime ses choix de film, ainsi ai-je vraiment aimé ses prestations dans Brothers, Jarhead, ou le secret de Brokeback Mountain - il joue avec humilité et discrétion. Étrangement, c'est lui qui m'a le plus marqué dans le film.
Tout le casting est parfait, j'ai été suprise de voir Maria Bello en tant que mère totalement épleurée, Viola Davis a cette présence toujours aussi intense. Hugh Jackman campe un personnage pour lesquels j'ai eu des sentiments mitigés tout le long du film, mais c'était voulu, ainsi cet homme qui protégeait sa famille de tout, est aussi faillible que les autres, et n'aura pas su protéger sa fille. L'histoire lui rend finalement justice à la fin. L'acteur australien n'est plus Wolverine, et son interprétation est très juste.
Enfin, je ne peux pas finir ce billet - en vous encourageant vivement à aller voir ce film - sans parler du talent de Paul Dano, dont le visage m'avait déjà troublé à l'époque de The Little Sunshine - il réussit un tour de force en campant ce jeune homme soupçonné du pire. Enfin, un mot sur Melissa Leo, que j'aime beaucoup - qui continue de prouver qu'elle est définitivement indispensable au cinéma.
Mon avis : ♥♥♥♥