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17 juillet 2017

Song to Song

Il me tardait de voir le dernier film de Terrence Malick, Song to Song.  Ce fut une longue attente car le film a été en réalité tourné en 2012. Mais le réalisateur américain a eu une besoin d'une très longue post-production où il a fini par couper au montage du beau monde et que j'adore, comme les scènes de Christian Bale ou Benecio del Toro et le groupe Arcade Fire. Triste ? Oui, mais c'est le réalisateur qui a le dernier mot.

Song to Song ne va pas vous séduire si vous n'avez déjà pas aimé ces précédents films, comme sa Palme d'Or à Cannes, Tree of Life. J'adore ce film au point de regarder très souvent la bande-annonce. Et l'auteur y est depuis toujours fidèle : il aime mettre en scène la vie. Ici, il a choisi de s'attaquer à l'amour.  Je pense que seuls les fans du réalisateur pourront aimer le film, ou alors vous êtes curieux et la magie opère sur vous ! A chaque film, l'auteur vous emmène dans une ronde étourdissante où les personnages se perdent, se retrouvent. Il y avait son film autour de la vie et de la mort, ici c'est l'amour et la rupture. 

J'avoue, moi-même avoir été quelque peu désarçonnée au début du film, le réalisateur ne se fatiguant plus en mettant en scène de manière réaliste ces personnages les premières minutes. Ici, il choisit la forme narrative : plusieurs personnages qui vont s'aimer, se quitter, se retrouver et qui partagent à voix haute leurs peurs, leurs craintes. Le personnage principal, qui crève l'écran, et unit les autres est celui de Fay (Rooney Mara). Ceux qui me suivent savent que j'adore cette actrice et ici elle démontre encore une fois l'étendue de son talent. Fay ne semble jamais avoir connu le véritable sentiment d'aimer, elle s'est perdue dans le monde factice de la musique, de ses producteurs - elle reste toujours attirée par ce producteur froid et manipulateur, interprété par Michael Fassbender. Il joue bien les méchant mais j'avoue l'avoir trouvé quand même trop réservé, trop je ne sais quoi. Il m'a manqué un truc, même si sa souffrance semble réelle (une scène dans le film). L'autre homme qui va lui faire tourner la tête et pour la première fois, ressentir ce sentiment, est joué par Ryan Gosling, un musicien qui va se faire, évidemment, avoir par le producteur. Epris de Fay, il va se donner corps et âme avant de la quitter en apprenant sa trahison.



Il va trouver refuge un temps auprès d'une femme plus âgée, sensuelle et mystérieuse. Cate Blanchett y est sublime, même si je n'ai pas particulièrement aimé ces scènes. 

Mais Malick m'aura encore séduite une nouvelle fois, en nous apprenant ici l'espoir. D'autres auraient choisi l'inverse. Malick offre toujours des scènes magnifiques, j'ai adoré les toutes premières images avec l'eau, toujours présente. L'élément de la vie et puis ces envols d'oiseaux tout au long du film. Il filme la nature, les arbres. J'ai souvent la tête en l'air, dès que j'entends un oiseau chanter, je le cherche. J'adore m'allonger sous un arbre. Et il n'y a que Malick pour réussir à retranscrire ces moments de paix et de sérénité sur grand écran. 

Rooney Mara y est si fragile et ils forment un très joli couple avec Gosling (qui se répète un peu dans le rôle du musicien honnête et indie). Contrairement à ce que j'ai pu lire ci et là, Malick n'encense pas du tout le monde prétentieux d'Hollywood - il condamne au contraire cette consommation et ce mercantilisme de la musique. La musique a toujours été un élément très important de son oeuvre et il s'amuse avec ses spectateurs lorsque Iggie Pop rigole sur cette nouvelle mode de faire apparaitre des musiciens dans les films. La musique est un élément essentiel de chacun de ses films, ses BO sont toujours à tomber par terre, et celle-ci n'échappe pas à la règle !



Et puis, autre plaisir intense de ce film, la présence tendre, rassurante de Patti Smith, sa voix chaude, son sourire - chaque instant passé à ses côtés vous réconcilie avec les artistes. Un mot aussi sur Nathalie Portman, magnifique - je ne suis pas très fan de cette actrice, mais ici elle livre une très belle prestation.  Les autres vous parleront des RHCP qui font une apparition ou de Val Kilmer ou du moins ce qu'il en reste.

Le film est comme un long travelling, il aime suivre ses personnages, caméra à l'épaule parfois. Ici, ils aiment tous danser, ils possèdent une légèreté et leurs corps s'expriment à leur place. J'ai adoré à nouveau les dernières scènes, en sachant qu'elles étaient les dernières et j'ai adoré le fait que le réalisateur laisse ici place au silence. A la nature. 

Ceux qui n'ont pas aimé Tree of Life, n'aimeront probablement pas celui-ci, certains s'ennuieront ferme, d'autres seront déroutés et ceux qui ont succombé à la magie de Terrence Malick, y retrouveront certaines émotions ressenties dans A la merveille, son autre superbe film sur l'amour. 

Enfin, je suis pratiquement sûr que l'auteur fait un clin d'oeil à ses précédents films, en rejouant le même morceau dans chacun de ses films. 

Enfin, pour ceux qui doutent, mes billets sur Les Moissons du Ciel (le moins 'abstrait"), The Tree of Life, et La ligne Rouge) et la bande-annonce de Song to Song :




Mon avis :  ♥♥♥♥♥♥


16 décembre 2015

Les moissons du ciel

Je vous ai, il y a fort longtemps, parlé de ma passion pour l'oeuvre de Terrence Malick. Je lui ai consacré trois billets pour trois de ses films : The thin red line (La ligne rouge), The Tree of life et A la merveille. Trois bijoux. Si vous prenez le temps de les lire, vous comprendrez tout mon amour pour ce réalisateur. C'est en 1973 qu'il signe son premier film, Badlands (La balade sauvage) dont je vous parlerai très bientôt (je dois le revoir), cinq ans plus tard, Malick signe Days of Heaven, traduit (très justement pour une fois), les Moissons du ciel.

Un film sublime qui rassemble déjà "tout ce qui fait" Malick : le rythme, la qualité de la photographie, la maîtrise du mouvement (le time lapse déjà dans son oeuvre), sa manière de filmer les visages, de préférer le silence aux mots et puis surtout cette nature, omniprésente, omnisciente.

Nous sommes au début du 21ème Siècle, vers 1910 - Bill (Richard Gere) et Abby (Brooke Adams) s'aiment mais cachent leur liaison au monde en prétendant être frère et soeur, n'étant pas mariés. Bill travaille dur dans une aciérie, le feu est son allié. Ils sont pauvres et n'en peuvent plus de cette vie de misère, qu'ils partagent avec Linda, la soeur de Bill, âgée d'une dizaine d'année, la "voix" du film.  Ils décident de tenter leur chance au Texas comme saisonniers et sont engagés par le propriétaire d'une immense ferme. L'été est dense et les moissons requièrent toutes leurs forces. Le jeune propriétaire des lieux (Sam Shepard) leur propose de rester car il est tombé amoureux d'Abby.  Ce dernier souffre d'un mal mystérieux, et Bill pense qu'il lui reste peu de temps à vivre. Il pousse alors à Abby à accepter sa demande en mariage en pensant pouvoir tirer profit de la situation.



Leur train de vie change considérablement : Bill, Abby et Linda n'ont plus à travailler. Ils sont devenus riches à une époque où l'Amérique est pauvre. Le fermier ne se doute de rien, même s'il commence peu à peu à trouver la proximité de Bill et Abby étrange pour des frères et soeurs. Hors saison, ils s'amusent, dansent, chantent - la nature est belle, le temps semble être suspendu. Mais le fermier ne meurt pas, son état reste stationnaire et peu à peu la jalousie et l'impatience commencent à faire leur apparition. Abby tombe peu à peu amoureuse de son époux et Bill préfère partir.

Que dire ? Entre les images spectaculaires et époustouflantes, les moissons filmées comme un ballet russe, les chevaux sauvages, les bisons, cette rivière où Abby et Bill vont se ressourcer. Cetter rivière est comme Abby, calme, elle apaise leurs angoisses et les quatre protagonistes s'y retrouvent pour s'amuser. Le feu accompagne Bill, du début à la fin. Son retour signera la perte de ce fragile équilibre. Tous les éléments sont représentés : le vent - celui qui fait vibrer les champs de blé, invisible mais partout comme le fermier et puis la terre, symbolisée par la jeune Linda, narratrice, qui raconte son amour pour la terre, profonde, meuble et mouvante. Elle raconte cette époque avec ses mots,  de la misère à la richesse,  porteuse d'un secret.



Terrence Malick offre au spectateur un sublime témoignage, sur l'amour, sur la nature et sur la vie tout simplement. Et puis quelle beauté ! Les images sont impressionnantes. Le réalisateur américain sait déjà filmer la nature, sa puissance (l'invasion des sauterelles, le feu qui fond dans l'usine ou s'abat sur les champs de blé) mais aussi le feu qui illumine les visages le soir où ils fêtent la fin des récoltes et puis les bisons, les gazelles, les antilopes, les champs de blé, l'horizon sans fin, les cieux qui virent du rouge à l'orangé. Une photographie parfaite.

Un spectacle immense accompagné par la très belle musique d'Ennio Morricone, qui ici signe une mélodie sublime, bien plus apaisée que celle qu'il écrira pour les western spaghetti.



Et je ne peux pas ne pas parler des visages sublimes, magnifiques - des protagonistes. Surtout celui des deux hommes : Richard Gere et Sam Shepard, en pleine possession de leur jeunesse, de leur beauté brute, le vent qui souffle autour du visage de Shepard, le profil taillé dans la roche de Gere - impressionnant ! Je les ai toujours trouvés très beaux - et les voir ainsi réunis, amoureux d'une même femme, quelle chance pour Brooke Adams - actrice phare de cette décennie.

Enfin, la jeune Linda Manz - la véritable héroïne du film, au visage extrêmement troublant, à la voix rauque et au regard très protecteur sur les héros de cette tragédie qui la dépasse.

Les moissons du ciel est considéré aujourd'hui comme un classique, un film culte et il le mérite amplement ! Une leçon de cinéma pour les réalisateurs en herbe. Un film qui vous emporte malgré son rythme lent, ses silences. Un film signé Malick, aussi si vous n'avez pas aimé ses autres réalisations, passez votre chemin !



Malick mettra dix ans avant de revenir derrière une caméra, pour le film qui sera, pour moi, adolescente, une claque de cinéma, The thin red line.  Depuis, le réalisateur américain n'arrête plus de tourner et tous les acteurs en parlent comme d'une expérience extraordinaire. Et je n'ai, jamais vu, Richard Gere ou Shepard aussi libres de leur mouvements, aussi présents, aussi charismatiques.

Un dernier plus à ce film : ici point de haine, même si la tragédie est là, elle n'est jamais le moteur. Un vrai plaisir pour le spectateur.

Le film remportera un Oscar (photographie), Ennio Morricone sera nominé pour la musique, et Terrence Malick remportera La Palme de Meilleur Réalisateur à Cannes et son film sera nominé pour la Palme d'Or.

Mon avis : ♥♥♥♥♥♥

14 février 2014

The thin red line (La ligne rouge)

C'est en croisant de nouveau le doux visage de Jim Caviezel sur mon petit écran que j'ai eu envie de voir à nouveau le chef d’œuvre de Terrence Malick, The thin red line qui signait le retour du réalisateur américain au grand écran après une longue pause de dix années. Le film était sorti en février de l'année suivante en France et cela avait été une de mes plus grandes claques cinématographiques. Je me devais de lui consacrer un billet ! C'est parti.
 
C'est par ce film que j'ai découvert l'univers du réalisateur et scénariste Terrence Malick - (j'avais vu Badlands à la télévision quand j'étais jeune mais je n'avais pas fait le lien). Depuis je suis fan.
 
Le film The thin red line est la deuxième adadaptation au cinéma d'un roman de James Jones (Une première fois en 1964). Le romancier était lui-même ancien soldat de la Deuxième Guerre Mondiale enrôlé dans le Pacifique. Jones est l'auteur d'un autre roman devenu célèbre au cinéma : From Here to Eternity  (Tant qu'il y aura des hommes), un grand classique.

Terrence Malick adapte ce roman qui racontait en détail une des batailles les plus décisives du Pacifique : la bataille de Guadalcanal. Le spectateur suit une compagnie d’infanterie, C-for-Charlie qui va plonger dans l'enfer et voir ses hommes disparaitre les uns après les autres. Les survivants vont se rapprocher et tenter de trouver un sens à ce massacre. 

Le génie de Malick est de ne pas présenter ce film comme un simple film de guerre mais comme une véritable réflexion philosophique sur le sens de la guerre.  Un personnage clé, le soldat Witt joue le rôle d'éveilleur de conscience : soldat, il a déjà déserté à plusieurs reprises  et échappe de peu une nouvelle fois à la cour martiale. grâce à son supérieur, le Sergent Welsh (Sean Penn). Celui-ci est intrigué par Witt, ce dernier lui parle d'un autre monde, d'une autre réalité, loin de la guerre - idée que réfute son supérieur hiérarchique : il n'y a qu'un monde et c'est celui-ci.



L'autre réalité à laquelle fait référence le sergent Witt est celle qu'il a croisée pendant sa dernière désertion auprès des peuples autochtones des îles du Pacifique. Le film s'ouvre sur ce paradis terrestre : la musique, la couleur de l'eau, la couleur de la peau des enfants (ocre), leurs jeux, leurs rires - et la sagesse du sergent Witt sont comme irréels, comme un rêve éveillé. Ces images sont restées inscrites dans ma mémoire et l'ouverture du film par cette scène est juste magistrale. Un tour de force du réalisateur, et le visage, le sourire du personnage principal (suivi par un autre soldat, tout aussi pacifiste) m'ont fait un bien fou.



Ici s'oppose deux mondes : celui de la guerre, bavard où les hommes hurlent (Nick Nolte ou John Travolta dans le rôle d'un général stupide) à celui de cette île où tout se passe dans le silence, brisé uniquement par le rire des enfants, le chant des oiseaux et les chants religieux des autochtones. Une harmonie entre l'homme et la nature - une obsession chez Malick.  Rompue très vite par l'homme dont les bombes assassinent les enfants et déchiquètent la nature. 

Revoir ce film m'a aussi permis de le comparer avec ses dernières réalisations, j'avais oublié à quel point Malick aime filmer les femmes toujours de manière gracile, légère - comme la fiancée américaine d'un autre soldat (Ben Chaplin) - ainsi lorsqu'elle s'amuse sur la balançoire, j'ai immédiatement fait le lien avec le personnage de Jessica Chastain dans A tree of Life ou d'Olga Kurylenko dans A la merveille - les femmes sont comme des êtres enchantés, les hommes ne cessent de vouloir les retenir mais elles leur échappent perpétuellement. 

Et puis il y a toujours le rapport entre l'homme et la nature, déjà exacerbé dans ce film et qui deviendra une obsession (a pattern) dans ses films suivants. 

Enfin, la musique -  avec les chants des autochtones sublimes, il y a aussi Hans Zimmer, avant sa période actuelle d'auto-plagiat, il nous livre un sublime moment de grâce avec A Journey to the End que j'ai réécouté la semaine dernière.




Les acteurs sont tous formidables, de John Travolta à Nick Nolte, de Sean Penn à Ben Chaplin, à Woody Harrelson, à Elias Koteas et à cette révélation : Jim Caviezel dont le charisme, la présence, le regard suffisent à exprimer toutes les émotions. 
Le casting était impressionnant à l'époque : George Clooney, Jared Leto, Adrian Brody, John Cusack, Mirando Otto, etc.

La fin est triste quand on s'est autant senti proche d'un des personnages ! The thin red line reste définitivement un de mes dix films préférés et a signé le retour en force d'un réalisateur hors du commun, qui quelques années après viendra à nouveau m'emporter avec A Tree of Life.

Mon avis :   ♥♥♥♥♥♥


10 mars 2013

A la merveille de Terrence Malick

Terrence Malick est probablement mon deuxième réalisateur préféré. De retour avec To the wonder, il ne laisse personne indifférent. J'avais vu Badlands sans savoir qui était le réalisateur puis j'ai pris une claque en allant voir The thin red line, qui signait son retour au cinéma. Enfin, The Tree of life a remporté la Palme d'Or et mon cœur.

Je ne suis pas d'accord sur le pitch, ainsi on vous annonce une sorte de triangle amoureux. Faux ! J'en reparle plus loin. C'est l'histoire d'amour entre un américain et une jeune femme française, sous forme de flashback.

Si vous n'avez pas aimé The tree of life, n'allez pas voir celui-ci ! Je crois que s'il a tourné aussi rapidement ce film, c'est qu'il avait déjà commencé à travailler son sujet dans le précédent film.  Malick semble obséder par une Amérique qui disparait peu à peu, l'Amérique dans laquelle il a grandi, celles des années 50, que l'on retrouve dans The tree of life, où il aborde aussi la perte d'un frère. A la merveille s'attaque au couple, et plus précisément à l'amour. Et Malick retourne sur les terres où il a grandi, celles de l'Oklahoma.

J'ai aimé le film, mais je ne cacherais pas que je lui ai trouvé des longueurs, et que concrètement mon cœur bat toujours plus pour The tree of life. Le réalisateur américain utilise les mêmes techniques cinématographiques pour filmer cette histoire d'amour, le film est essentiellement composé de traveling avant et arrière, la lumière occupe toujours un rôle primordial - Malick est le meilleur quand il s'agit de film un lever ou un coucher de soleil, une onde sur le Mont St Michel, les mains de l'héroïne qui viennent toucher ce soleil. Les images sont sublimes.

La nature est évidemment à l'honneur, et lorsque l'hiver s'abat sur l'Oklahoma, les images sous la neige sont sublimes, et cet instant suspendu lorsque deux des protagonistes se retrouvent au milieu d'un troupeau de bisons est sublime.

Ce film me touche particulièrement car j'ai vécu dans une région similaire en Amérique, et pour la scène des bisons, j'ai eu la chance d'approcher ces animaux, en fait, de me réveiller au milieu d'un troupeau lorsque je campais dans le parc du Yellowstone. Ces images ont donc double résonance chez moi.

L'histoire ? Neil (Ben Affleck) rencontre une jeune femme française, Marina, interprétée par Olga Kurylenko, mère d'une petite fille, en France. Un véritable coup de foudre qui les emmène au Mont St Michel puis en Oklahoma, où vit Neil.  Marina, et sa fille, ne se retrouvent pas dans ce pays des badlands - des maisons construites presque nulle part, la lande immense, le vent et puis l'isolement vont pousser Marina à rentrer en France. Neil rencontre une autre femme, jouée par Rachel McAdams mais lorsque Marina le contacte, il retourne vers elle. Parallèlement, le prête, joué par Javier Bardem, de l'église où vont Marina et Neil, cherche désespérément à retrouver la foi.

Je n'en dirais pas plus, mais sachez qu'il n'y a pas de triangle amoureux, le personnage de Rachel McAdams n'est qu'une parenthèse dans la vie de Neil, il n'aime que Marina, ils s'aiment mal mais ils s'aiment. Malick filme cette femme, sans cesse guettée par la dépression, toujours dans l'attente, celle de pouvoir être aimée autant qu'elle aime.

Olga Kurylenko est sublime dans le film, elle est aussi le centre du film, filmée en steady caméra, elle illumine l'écran - je l'ai énormément aimée dans ce film, son corps, sa gestuelle expriment son profond désarroi, son regard est transcendent. J'ai trouvé Ben Affleck plus en retrait, mais il est exclu du cadre par le réalisateur, il est rarement filmé de face.

Enfin, je ne peux pas ne pas parler de Javier Bardem, car je l'ai trouvé excellent dans le rôle de cet homme d'église, qui a perdu la foi et qui est sans cesse confronté à la maladie, la vieillesse, la mort. Il est magnifique. La religion est un thème ici beaucoup plus présent que dans The Tree of Life qui s'intéressait à l'origine de la vie. Ici, c'est plutôt la mort, ou en général la fin de quelque chose qui obsède le réalisateur. 

Le film aura divisé les critiques de l'émission Le Cercle, ainsi trois ont adoré, les trois autres ont détesté, dont ma chouchou, Marie Sauvion. Mais je comprends qu'on puisse lire ce film de plusieurs manières, si l'on est pas sensible au lyrisme, alors on peut s'ennuyer fermement. Marie Sauvion semble avoir pris ce film au premier degré, elle est restée bloquée par le comportement étrange de l'héroïne qui danse dans tous les endroits possibles. Le lyrisme est omniprésent, et contrairement à ce que la critique de Marie France pense, pourquoi est-ce qu'une héroïne de cinéma devrait elle représenter toutes les femmes ? Non, elle n'est pas féministe. Elle ne vit que pour l'amour, elle est incapable d'être une femme indépendante, elle est accro au sentiment amoureux, et n'a justement pas assez d'estime de soi pour vivre seule. Elle recherche désespérément l'amour, ne s'aime que dans le regard de l'autre.

J'avoue cependant que j'espère secrètement que Terrence Malick a fini cette forme d'introspection et ira de nouveau vers des films différents, tout en gardant ce lien avec la nature.

Ce film ne laisse pas les spectateurs indifférents. A voir, mais vous êtes prévenu !

23 mai 2011

The Tree of Life

Hier, je suis allée voir le dernier film de Terrence Malick, The Tree of Life. J'avais très envie de le voir, sans doute parce que j'ai beaucoup aimé ses œuvres précédentes. En relisant un billet que j'avais écrit sur lui, je me rends compte que j'avais déjà tout dit ou presque !

Si vous n'avez pas aimé La ligne rouge, vous ne pourrez pas aimer The tree of life. Terrence Malick a réalisé son film le plus personnel, on y retrouve toute sa passion pour la contemplation, la vie, la nature. Une ode à la vie, à l'amour qui sert d'ouverture à son film : "there are too ways through life: the way of nature, and the way of grace, you have to choose which one you will follow". On y retrouve le lyrisme, les silences, l'absence de dialogue au profit du non dit. Les images parlent, les gestes surtout, et la musique sublime (que je vais m'empresser d'acheter) vous entraine.

J'ai adoré ce film, même s'il m'a dérouté au départ. Je ne suis pas la seule, dans le cinéma, les personnes bougeaient, susurraient,  un autre s'endormait presque, et un spectateur est parti avant la fin. Je savais, en ayant lu quelques critiques que son film avait déplu à beaucoup de personnes. Aussi, je me sens un peu seule mais j'assume !

L'envolée lyrique au début du film fut la plus troublante, mais ayant déjà vu les œuvres du réalisateur, je savais que derrière allait suivre autre chose, et je n'ai pas été pas déçue. Je ne nie pas le fait que j'ai trouvé très étrange de voir des dinosaures, et que j'ai eu du mal avec ces flashbacks, (surtout ceux du début) même si j'étais heureuse de retrouver Sean Penn dont le regard sait exprimer tant d'émotions. Son personnage, Jack se remémore soudainement son enfance dans les années 50, élevé avec ses deux frères par un père autoritaire et distant, l'impressionnant Brad Pitt (qui ne cesse de grandir à chaque film) et par une mère magnifique et emplie d'amour, la sublime Jessica Chastain.


Le père représente "the way of nature", une nature qui peut être à la fois merveilleuse et monstrueuse. Ses fils ont tous peur de lui, ils vivent dans la crainte de ses colères,  ils lui font parfois front,  mais comme tous les enfants, ils l'aiment et n'attendent qu'un signe de sa part. Brad Pitt est formidable en père autoritaire, violent parfois mais qui finira par admettre ses erreurs. Contrairement à certaines critiques, qui ne voient en lui que le mal, j'ai trouvé au contraire un père qui ignore comment exprimer ses sentiments mais qui aime profondément ses enfants. Il joue avec eux, et semble vouloir les protéger en leur apprenant à se défendre face à un monde qu'il a toute sa vie combattu.  Sa vision de la vie est celle d'un homme qui a toujours du combattre, aussi c'est un rapport de force qu'il établit avec ses fils. Un homme qui se rêvait musicien, qui ne cesse de déposer des brevets en rêvant de gloire, mais qui est condamné à travailler en usine. Un homme autoritaire mais qui lorsqu'il perd son emploi, finit par dire ce que son fils de 11 ans attendait depuis toujours, qu'il l'aime et qu'il est sa plus belle réussite.

Jessica Chastain, Mrs O'Brien est l'image même de "the way of grace", l'image de Dieu - une image faite d'amour, et de pardon. Un amour inconditionnel pour ses enfants, elle est aveuglée par son amour maternel. Elle les protège de tout, même des colères paternelles, et veut à tout prix les protéger du monde extérieur; aussi elle leur offre une enfance presque trop idyllique. Je n'ai pas souvenir d'avoir vu une mère aussi aimante, aussi belle. C'est au contact des autres que son fils peut expérimenter, et commettre des erreurs, face à elle il est incapable d'exprimer ses échecs, car il est prisonnier de cette image de la famille parfaite dans laquelle elle s'est réfugiée.  Impossible de décevoir une mère aussi aimante. Ainsi, comme il l'exprime, "Mother, father - always you wrestle inside me" il est oppressé par ses deux parents, dont tout semble les opposer. Terrence Malick livre ici une image symbolique de l'amour et de l'autorité, qui traverse les siècles. Cette symbolique peut sembler très primaire et déplaire, car chaque personnage est étudié au millimètre près, ce qui peut nuire au film, lorsque chaque personnage en devient presque caricatural.  Mais j'ai décidé de fermer les yeux, et me laisser porter par cette histoire. 

Hunter McCracken et Laramie Eppler - un amour inconditionnel

Et puis enfin, les enfants. Le casting est une vraie réussite. Hunter McCracken (le jeune Jack), et ses frères joués par Laramie Eppler et Tye Sheridan sont parfaits. Ils interprètent à merveille toutes les émotions qui les traversent (joie, peine, crainte, colère, tristesse, amour) le jeune Jack est impressionnant. Bluffant.  J'ai été hypnotisée par leurs regards, lorsque Jack, qui comme son père est dans l'incapacité d'exprimer verbalement ses émotions, fait de son jeune frère son souffre-douleur. Lorsqu'il s'excuse, on y voit le lien extrêmement fort qui les unit et on se demande comment Jack a pu lui survivre.

Hunter McCracken, le jeune Jack
C'est lui, son frère, "brother" qui représente ici l'amour fraternel et en ce sens le pardon qu'il recherche des années après. Comme son frère avait su lui pardonner,  Jack, adulte, apprendra à pardonner. Les images de ces enfants continuent de m'obséder, une image du bonheur si fragile, de la puissance de l'enfance, des souvenirs, de l'apprentissage de la douleur, du partage et de l'amour. La vie, la mort, tout est lié, Terrence Malick, adepte de la contemplation a voulu nous livrer sa vision du monde, où pour lui tout est lié, la vie humaine, les premières heures de vie sur la Terre, la nature et l'homme ne font qu'un.

Même si ce film est parfois complètement déroutant, les images de ses enfants des années 50, sans télévision, ni ordinateur qui passent leur vie à se chamailler, à jouer ensemble, inséparables, à apprendre la vie m'ont rappelée mon enfance lors de ces longues vacances à la campagne, où nous passions nos journées dehors, à créer notre propre monde, à grimper aux arbres, aller pêcher, faire du vélo - vivre chaque instant intensément. Et où la nature était si proche, assis sur la balançoire, les yeux vers le ciel, à l'écoute du vent dans les arbres, à rouler dans l'herbe, à attraper les criquets, à creuser la terre pour y trouver des vers de terre. J'ai retrouvé ici une partie de mon enfance, et c'est probablement une des raisons pour laquelle j'ai aimé ce film.

Ce film est si personnel, qu'on ne peut que l'aimer ou le détester. J'avoue que j'ai essentiellement aimé suivre le jeune Jack, j'ai été déroutée par les images de la Terre. Terrence Malick offre sa réflexion sur la vie où la religion est très présente mais où elle se mêle adroitement à la nature pour ne faire qu'un. Le réalisateur est un homme obsédé par la vie et sa signification, et ses films sont très personnels, il a tenté ici d'y répondre. Sa vision est donc très différente de la vision européenne et peut donc déplaire.  De plus, il est adepte du lyrisme, genre particulièrement critiqué car très spécial, j'avais déjà lu les mêmes critiques lors de la sortie de "La ligne rouge", lorsque le sergent Witt refuse le combat, presque mutique et préfère la contemplation à l'action.

Je le répète, ici tout est subjectif , j'ai vu un film sur la vie, sur la beauté et la fragilité de l'être humain. Sur la puissance de l'amour. 

Pour ma part, j'aurais offert le prix d'interprétation à Hunter McCracken !

16 décembre 2010

The Tree of Life

Connaissez-vous Terrence Malick ? Moi oui, depuis très longtemps. C'est un de mes réalisateurs préférés, je vais parler de ses premiers films avec enfin la bande-annonce de son dernier film "The tree of life" ("L'arbre de vie") avec Brad Pitt et Sean Penn dans les rôles principaux.

Le film se déroule dans les années 50, Brad Pitt joue le rôle d'un père de famille dont le fils aîné va être le témoin "de la perte de l'innocence". Ce fils est interprété à l'âge adulte par Sean Penn.
The film - out May 27, 2011 - stars Brad as the father of three boys in a story set in the 1950s where the eldest son of the family witnesses the loss of innocence. Read more: http://justjared.buzznet.com/2010/12/15/brad-pitt-the-tree-of-life-trailer/#ixzz18DpBGhPY

J'ai choisi ici de ne parler que de mes films préférés de Terrence, un réalisateur unique et dont l'univers fait rêver non seulement ses plus fidèles spectateurs comme moi mais tous les acteurs.



J'ai découvert la filmographie de Terrence Malick dans les années 1990 en voyant l'un de ses premiers films "Badlands" ("la balade sauvage") tourné en 1973. Je tiens à préciser que Terrence Malick n'est pas seulement le réalisateur, mais souvent auteur et scénariste de ses films (d'où peut-être l'explication au faible nombre de réalisations), comme ce fut le cas ici. L'histoire s'inspirait d'un fait divers sordide où un jeune homme (Martin Sheen) et sa petite amie adolescente (Sissy Spacek) assassinaient toute une famille dans la région des "Badlands" du Dakota, une vision très singulière de l'Amérique. Une révélation.

J'ai vu par la suite "Days of Heaven" ("Les Moissons du ciel") réalisé en 1978, le film fut énormément récompensé (Oscar, Palme, Golden Globes), avec Richard Gere et Sam Shepard dans les rôles principaux.  J'ai toujours adoré Sam Shepard, c'est un acteur fantastique, trop rare au cinéma. C'est un film à avoir absolument. Terrence Malick était l'auteur de cette histoire, celle de jeunes gens amoureux pauvres prêts à tout pour fuir leurs conditions de vie misérables.

Peu après avoir vu le film, Terrence Malick a eu la bonne idée d'écrire et réaliser en 1998 "The thin red line" ("La ligne rouge"), autre succès critique - j'ai pris une claque avec ce film.
Pourtant, ce film est assez difficile d'approche, car Terrence Malick utilise beaucoup les silences, les travelling lents - il porte une attention particulière aux regards,  à la musique, au vent, aux bruits des pas, aux chants des oiseaux. Il porte un regard unique sur la vie, ce qui peut souvent désarmer le spectateur.

Il est souvent dans la contemplation, et peu dans l'action.  Le pesonnage de Witt - ce GI contraint et forcé de se battre (il est au trou au début du film) lors de bataille de Guadalcanal m'a beaucoup marqué. Il démontrait l'absurdité de la guerre mais aussi la détresse psychologique de ces jeunes hommes. Je me souviens toujours de ce soldat, débarquant sur une des ces îles, regardant les enfants autochtones jouer, dans ses yeux tout était dit. James Caviezel fut une véritable révélation. Sean Penn, Nick Nolte y tenaient des petits rôles. Je me souviens encore de la musique de ce film.
James Caviezel in "The Thin Red Line" (Pvt. Witt)

Je l'admets volontiers, ses films sont à part, comme chez Gus Van Sant - (cf. mon billet) T. Malick possède une vision différente du cinéma et de la vie tout simplement. Leurs films sont comme touchés par la grâce avec quelques instants proches du lyrisme Ces réalisateurs ne voient pas la vie comme les autres, ils ne la filment donc pas comme les autres. Parfois, j'ai l'impression de regarder la vie à travers un kaléidoscope. Leurs films sont très personnels, ils ne sont pas fait pour nous. Je pense qu'ils les font pour eux, ce sont leurs histoires, leurs rêves qu'ils acceptent de partager. J'aime leur univers, et celui de Terrence Malick car le sien est intimement lié à la nature.

J'attendais donc avec impatience de voir son dernier opus , j'ai donc pris mon mal en patience. Ici, dans "The tree of life", il semble avoir retrouvé ses réflexes et ses vieux démons - ses thèmes préférés (ici la perte de l'innocence, l'empreinte du temps),  la musique, et ses techniques cinématographiques : travelling, gros plans sur les visages, silences. Il suffit de regarder la bande-annonce pour reconnaître immédiatement la "patte du réalisateur".  Le film ne sort qu'en mai 2011 outre-Atlantique, mais j'imagine qu'il sera présenté à Cannes (je croise les doigts), donc espérons-le dans nos salles dès les vacances d'été.  De plus, son casting est parfait. J'ai donc vraiment hâte de le voir !