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01 mars 2015

Americanah

Ecrire ce billet n'aura pas été chose facile. Il y a tant de choses à dire sur ce livre.  J'avais déjà lu ci et là les avis enthousiastes d'autres blogueuses puis Chimamanda Ngozi Adishie est venue sur le plateau de La grande Librairie et j'ai su que je devais acheter le livre. Samedi dernier, je suis donc repartie avec l'épais volume d'Americanah (528 pages, broché) sous le bras.

En premier lieu, je n'avais jamais lu de roman de cet auteur, ni même de roman nigérian ou traitant de ce sujet. Ce fut donc une totale découverte. De plus, lisant qu'il s'agissait d'une belle histoire d'amour, qui n'est pas mon sujet de prédilection dans les romans, j'avais encore plus de doute. Aussi, les premies chapitres m'ont-ils paru laborieux. J'ai même eu quelques incertitudes sur ma capacité à le finir. Puis la magie a opéré .. je ne l'ai plus lâché, et être en vacances m'a permis de lire des heures et des heures à la suite. 

L'histoire ? Voici le résumé copié collé : "En descendant de l'avion à Lagos, j'ai eu l'impression d'avoir cessé d'être noire." Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l'Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu'on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ? Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux Etats-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria."

Ce roman se lit à plusieurs voix :
- Celle d'Ifemelu, jeune femme nigériane qui tombe amoureuse d'Obinze au lycée. Le lecteur la suit lors de son départ en Amérique pour étudier et sa difficile adaptation, puis revient avec elle au Nigeria lorsqu'elle prend la décision de retourner au pays.
- Celle d'Obinze que l'on suit dans ses pérégrinations en Angleterre. Contrairement à Ifemelu, il est l'immigrant sans papiers. Il doit se cacher, mentir, subir.

Le roman est une histoire d'amour entre deux jeunes gens, tous deux avides de réussite mais également un regard sans faille, sans oeillères sur la situation de la jeunesse dorée nigériane qui part étudier en Amérique ou en Angleterre et dont le retour au pays est difficile. C'est aussi le regard d'une jeune femme, qui une fois le pied posé en Amérique, va soudainement prendre conscience qu'elle est Noire (on ne se voit pas blanc tant qu'on n'a pas posé les pieds dans un pays où nous sommes une minorité). La romancière va faire de ce roman un essai sur sa condition de femme Noire africaine dans un pays occidental évolué. 

"Cher Noir non Américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L'Amérique s'en fiche". (page 249)

Ifemelu découvre ainsi qu'elle est constamment jugée sur sa seule couleur de peau. La jeune femme tente de s'intégrer rapidement mais au fil du temps déprime. Elle ne décroche pas d'emploi, or ses études ont un prix. Elle vit chez sa tante Juju et garde l'enfant de cette dernière. Ici, pas de cadeau - leur statut privilégié au Nigéria a disparu, la tante enchaine trois jobs pour payer ses études (son diplôme de médecin n'est pas reconnu en Amérique). Ifemelu va traverser une crise identitaire : doit-elle gommer, comme beaucoup de Nigerians, tout trace de ses origines pour augmenter ses chances de réussite ? Ainsi ses compatriotes sont nombreux à effacer leur accent et les femme raidissent leurs cheveux. L'auteur s'épanche longuement sur l'aspect capillaire et j'ai pensé aux actrices Noires américaines face à l'arrivée de Lupita Nyong'o, actrice Kenyane qui ne se raidit pas les cheveux.



Elle ouvre alors un blog où elle confie ses impressions jour après jour : être Noire en Amérique, faire face aux préjugés, au racisme mais découvrir également qu'elle est aussi jugée par ses pairs, qu'elle n'est pas comme les Afro-américains, ces Noirs américains descendants des esclaves. Cette réflexion qu'elle mène dans son blog est retranscrite ici sous forme d'extraits. Tous très pertinents.

"De nombreux Noirs américains disent avec fierté qu'ils ont du sang indien. Ce qui signifie, Dieu merci, que nous ne sommes pas cent pour cent nègres. Ce qui signifie aussi qu'ils ne sont pas trop foncés (Pour être précis, quand les Blancs disent foncés, ils pensent aux Grecs ou aux Italiens, mais quand les Noirs disent foncé, ils pensent à Grace Jones). Les Noirs américains aiment que leurs femmes aient une touche d'exotisme, soient à moitié chinoise ou possèdent une goutte de sang cherokee par exemple. Ils aiment les femmes claires (...) Oh, et les Noirs américains foncés n'aiment pas les hommes clairs parce qu'ils trouvent qu'ils ont trop de succès avec les femmes." (page 242)  

Si les trois-quart du roman jugent assez sévèrement les Américains ou les Anglais (et un peu les Français) mais pour la bonne cause car tout ce qu'elle dit ou pointe fait mouche, elle n'oublie pas non plus de juger son propre peuple. Au début du roman, lorsqu'elle est adolescente, la romancière juge sans détour son pays en proie à la corruption, aux luttes intestines pour le pouvoir, aux affaires douteuses et à la course à la richesse. De retour au pays, celle qu'on surnomme dorénavant "Americanah", a ainsi du mal à s'adapter à ce pays en pleine croissance :

"Le premier contact avec Lagos l'agressa. L'agitation sous le soleil éblouissant, les bus jaunes bondés de corps comprimés, les vendeurs de rue courant en sueur à la poursuite des voitures, les publicités sur les panneaux géants (..) et les ordures s'amoncelant le long des rues comme pour vous narguer. (page 425)

Dorénavant, Lagos se développe à toute vitesse, sacrifiant au passage une partie de son histoire, de sa culture. L'image qu'elle avait gardée en quittant le Nigéria n'est dorénavant plus qu'un souvenir. Le pays avance vite, très vite et comme tout pays du tiers-monde, il ne souhaite garder aucune trace du passé.



La romancière réussit un tour  de force : nous raconter une très belle histoire d'amour tout en partageant haut et fort ses réflexions sur la race ou le statut d'immigrant, et ce sur trois continents (l'Amérique, l'Europe et l'Afrique). Une oeuvre forte et puissante qui vous ouvre les yeux sur la condition des immigrants, des Noirs mais aussi des femmes. Un livre où j'ai appris, où l'auteur m'a ouvert les yeux sur un tas d'aspects que je méconnaissais. Un livre qui m'a fait grandir, j'espère.

J'hésitais à en parler ici, mais ayant étudié dans une université huppée du Sud il y a plusieurs années, je me souviens d'avoir été choquée par certains propos tenus par des professeurs émérites (dont une de Harvard) lors d'une conférence.  J'ai comme, Ifemelu le rapporte, entendu ainsi que le racisme n'existait plus en Amérique. Jamais je n'aurais cru pouvoir entendre ces propos, mais ce fut le cas. En France, le racisme est bien présent, particulièrement en ces temps-ci, il s'affiche plus ouvertement. Il gangrène la société française. Mais jamais un politicien ou un professeur irait soutenir de tels propos. On peut afficher des valeurs républicaines mais on ne nie pas le mal quand on le voit.

Ce jour-là, la dizaine d'étudiants Noirs américains (sur environ 1 200 étudiants), étaient assis dans le fond de la salle. Ce jour-là, j'ai parlé, comme mon amie allemande - on nous a retoqué que nous ne pouvions prendre la parole vu d'où nous venions (pays du Front National et du nazisme... ). Finalement, nous devons notre salut à une vieille Dame du Sud, assise à l'avant, drapée dans sa crinoline bleue, son immense chapeau. Elle s'est levée difficilement, avec sa canne, et a répondu à ma remarque (je m'étonnais du faible nombre d'étudiants issus de minorités dans cette faculté) en m'expliquant que si on trouvait si peu d'étudiants Noirs ici, "c'est parce que le seul objectif dans la vie d'un Noir américain est un jour d'être balayeur au McDonald...".

Un silence gêné a alors empli la salle. Puis mon amie et moi l'avons remerciée pour son intervention, nous nous sommes levées et nous avons quitté la salle, suivie des étudiants Noirs. Ifemelu, se serait elle, assise devant et aurait su comment moucher cette soit-disante politologue d'Harvard.

Lisez Americanah. Moi je vais m'empresser d'emprunter ses autres livres !

15 janvier 2015

Et puis j'ai lu... un peu ... beaucoup... à la folie !




Dorénavant, je publie en grande majorité mes billets lecture sur mon autre blog, Electra's amazing flying books. Mais je tiens quand même à vous présenter mes lectures, une de mes plus fortes addictions sous une forme un peu plus ludique ;-)
Et si un livre vous intéresse ou si vous êtes tout simplement curieux(se), vous n'aurez qu'à cliquer sur le lien qui vous emmènera directement sur ledit billet dans sa totalité, sinon  vous n'aurez qu'à passer votre chemin ;-)

Je continuerai à poster les billets de certains livres sur ce blog également. 

C'est parti ! 


C'est par hasard que je suis tombée sur ce livre en allant rendre d'autres livres à la médiathèque. Désireuse de trouver un polar ou un thriller, j'ai aperçu le nom d'Horace McCoy et j'ai pensé au billet écrit quelque temps plus tôt par Cachou sur ce livre. Une fois en main, je n'ai pas pu le reposer (la suite par ici)

♥ On achève bien les chevaux d'Horace McCoy



J'ai lu ce livre d'une seule traite. Réveillée un matin à 8h00, je l'ai terminé à 9h20 - presque assommée par cette lecture. J'avais lu deux ou trois critiques du livre, et j'avais très envie de le découvrir. Alors quand une collègue s'est proposé de me le prêter, j'étais ravie. Mais j'ignorais que cette lecture serait aussi.. (la suite par ici)

♥ En finir avec Eddy Bellegueule d'Edouard Louis



J'avais décidé de découvrir un univers que je connais mal : les bande-dessinées. Lorsque j'ai l'esprit occupé, je trouve ça plus facile de lire une BD. J'ai choisi par hasard deux d'entre elles à la médiathèque (j'aurais pu en prendre plus), dont Noir de Götting. J'ai été en premier lieu attirée par le trait, le coup de crayon de l'artiste. Puis j'ai été happée par l'histoire...(la suite par ici). 
♥ Noir de Jean-Claude Götting




Le livre débute par ces quelques mots : "J'ai dix-sept ans, je m'appelle Charlotte." La narratrice se présente puis commence sa lettre, au juge : "Nous y-voilà monsieur, j'ai dix-sept ans et j'ai commis un meurtre". Qui est Charlotte ? Le lecteur va le découvrir car la narratrice va alors raconter au juge, et à nous le lecteur, dix années de sa vie - dix années de survie... (la suite par ici)

♥ Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre de Céline Lapertot

Crédit photo : Le carnet de lecture de Solenn

Je n'avais pas du tout prévu de lire Demain est un jour, ni la quatrième couverture, ni la publicité autour de ce livre ne m'avaient attirés. Et les livres ou romans "de développement personnel" ne m'ont jamais parlés; Je l'ai aperçu classé premier en tête des ventes chez un distributeur. Puis une de mes amies l'a lu et me l'a prêté. Elle sait que je lis beaucoup mais que je lis rarement ce genre de livres. Aussi, elle m'a prévenu : "c'est un roman d'amour parfait pour la plage"... Je ne le cache pas, ce roman fut une grosse déception... (la suite par ici). 

 Demain est un autre jour de Lori Nelson Spielman

10 juin 2013

Limonov

J'avais, dès sa sortie en librairie, eu envie de lire le dernier écrit d'Emmanuel Carrère, Limonov. Je connais le romancier français, j'ai lu D'autres vies que la mienne et L'adversaire, entre autres.

Fils de la célèbre soviétologue et académicienne Hélène Carrère d'Encausse, il a grandi entouré par une famille, russe blanche d'origine et a voyagé avec sa mère en Russie à plusieurs reprises, croisant sur sa route des personnalités russes qu'il retrouvera dans la vie d'Edouard Limonov, l'homme dont il a souhaité raconter la vie ici. Limonov, impossible de résumer la vie de cet ukrainien, né pauvre, poète et romancier, avide de reconnaissance, portier à New York, combattant auprès des Serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie, opposant dès la première heure de la politique de Poutine.

Carrère nous entraine dans la vie de cet homme, qui s'est construit une vie (Limonov, nom créé de tout pièce) et a consacré son temps à la réécrire, dans des romans qu'affectionne l'auteur français. Après trois semaines d'entretien à Moscou, Carrère nous offre ici un livre, dont on ne saurait dire s'il s'agit d'une bibliographie, un roman ou un essai, car la vie de Limonov, c'est tout simplement la vie de la Russie depuis la seconde guerre mondiale, magnifiée, maquillée, réinventée par cet homme aux mille visages. Attention, le roman prend parfois des route sinueuses qui peuvent déconcerter un lecteur non averti.

Le lecteur va ainsi voyager dans le temps, à travers les secrétaires du parti, de Staline à  Brejnev, de Kroutchev, de Eltsine à Poutine, Carrère vous invite dans cette Russie des pauvres, la Russie oubliée - celles de ses millions de citoyens, exilés dans des villes autrefois prospères, oubliés de tous, qui croupissent en rêvant du temps passé, du temps des communistes, où tout était disponible, partagé sauf bien évidemment la liberté.

Carrère explique qu'il ne souhaite pas porter de jugement personnel sur le personnage (c'est bien une personne réelle, mais il s'est créé un personnage qu'il présente à la presse) de Limonov, mais difficile pour le lecteur de rester indifférent aux choix extrémistes de cet homme, avide pour moi de reconnaissance, de célébrité, qui comme le communisme
condamnait le culte de la personnalité, mais rêvait de voir son portrait peint et affiché dans toutes les rues. Poète et écrivain de génie, politicien raté, il court après le passé glorieux de la Russie comme on court après nos souvenirs d'enfance, en sachant que jamais nous ne les retrouverons.

Ce qui est formidable pour le lecteur, c'est le cours d'histoire magistral qui est offert par Carrère, dont on reconnaît ici l'incroyable science transmise par sa mère. La culture russe est ici racontée au lecteur, et moi qui ait étudié l'histoire russe depuis son premier Tsar, et la langue russe pendant cinq ans, j'ai pris énormément plaisir à suivre les aventures rocambolesques d'un homme qui n'a cessé de courir après un rêve.

Je ne finirais pas ce livre en vous disant que j'aime Limonov, car pour avoir malheureusement connu de trop près la guerre en Ex-Yougoslavie, j'ai compris que jamais je ne comprendrais cet homme qui frôle souvent de trop près le fascisme et toute sorte d’extrémisme.

Limonov m'a fait penser à un oiseau, un colibri, dont les battements d'aile très rapides provoquent un son, comme une légère musique. Cet oiseau a une aura magique, difficile à attraper, il attise toutes les curiosités mais comme l'animal, il reste incompris et indomptable.

Petite anecdote amusante, j'ai fini de lire ce livre samedi après-midi. Une heure avant, je me promenais sur twitter, lorsque j'ai lu le dernier tweet d'une actrice que j'aime beaucoup, (et qui aime aussi lire) Clémence Poésy : "Ce sont des loques. Ce sont des rois. Ça d’accord, ça lui va."
Ignorant d'où provenait ses mots, je rentre donc chez moi et me plonge dans les dernières pages du récit de la vie fantastique de Limonov, lorsque j'arrive à la dernière page et que je tombe à nouveau sur ces mêmes mots :

"Ce sont des loques. Ce sont des rois. Ça d’accord, ça lui va."

Poésy citait donc le même jour les mots de Carrère. Je l'ai évidemment retweeté et je vous invite à comprendre le sens de ces mots en achetant le livre.

27 février 2013

La Terre des Mensonges

Je vous racontais il y a une semaine comment j'avais craqué et acheté une dizaine de livres le même jour. J'ai pris le livre d'Anne B.Ragde un peu par hasard. En fait, aujourd'hui je me dirige toujours vers le rayon des auteurs scandinaves, enfin nordiques (sinon les Finlandais vont se sentir abandonnés). Comme je le disais dans mon précédent billet, c'est le dernier livre de la romancière norvégienne qui était mis en avant, mais à côté deux livres poche, par curiosité j'ai lu le quatrième de couverture.  Curieuse, je réalise que le premier tome n'est pas avec les deuxième et troisième volumes. Je repose le livre, non je ne dois pas craquer. J'ai déjà acheté pas mal de livres. Puis je file au rayon livres en anglais, avant de craquer et revenir. C'est dans une étagère, au ras du sol, que je déniche le premier volet de la trilogie des Neshov : la Terre des Mensonges.

Ne sachant pas si j'allais aimer cette trilogie, je n'ai acheté que le premier tome. Erreur

La romancière nous invite dans la ferme des Neshov, perdu dans la région de Trondheim en Norvège où vivent le fils ainé, Tor, la cinquantaine, la mère Anna et son époux fantomatique dont on ignore jusqu'au nom. Tor élève des cochons qu'il aime passionnément. Lorsque subitement sa mère se sent mal, Tor appelle ses plus jeunes frères Margido, qui possède son entreprise de pompes funèbres, et le benjamin, Erlend, qui est parti depuis vingt ans vivre à Copenhague. Enfin, une jeune femme, Torunn, fille cachée de Tor est à son tour prévenue.

Chaque personnage est présenté l'un après l'autre dans des chapitres qui nous plongent dans leur quotidien : Margido et ses enterrements (le livre commence par le suicide d'un adolescent), Tor et ses cochons, Erlend qui décore les vitrines et adore sa vie avec son compagnon Krumme à Copenhague et enfin la jeune Torunn, assistante dans un cabinet vétérinaire à Oslo. Lorsqu'Anna est finalement hospitalisée dans une état grave la veille de Noël, tous se retrouvent à la ferme familiale. Les retrouvailles sont évidemment compliquées, et le premier tome s'achève par la révélation d'un secret familial explosif.


Que puis-je dire ? Les romanciers nordiques ont ce pouvoir étrange de m'entrainer dans des vies ordinaires et de les rendre subitement passionnantes, au point qu'il m'est difficile de reposer le livre. Comment ces vies simples, de paysan, d'assistante vétérinaire deviennent pour moi une raison de rester tard éveillée dans mon lit, de pousser du coude le matin pour avoir une place dans les transports en commun, de vouloir retrouver mon canapé afin de rejoindre Tor et ses cochons !

C'est le pouvoir des Henning Mankell, Arnaldur Indridasson, et Anne B.Radge n'y échappe pas, elle possède le même don. Me voilà, bien bête, sans les deux autres tomes, impatiente de lire la suite, de repartir dans ces paysages lointains, où un froid glacial vient souffler sur votre visage. Pendant longtemps, j'ai lu très peu de romans, surtout les romans français que je trouvais toujours trop bavards - ici, les personnages sont souvent des taiseux, la nature n'est jamais chatoyante et pourtant à chaque fois je suis comme aspirée.

En voyant quelques photos sur Internet de Trondheim, cette ville me rappelle étrangement une ville finlandaise, Porvoo, que j'ai beaucoup aimée. J'ai eu la chance de visiter la Finlande sous la neige, aussi je peux très m'imaginer le paysage, la neige stoppe le temps, suspend toute activité, parfois le ciel est si bas qu'il en est menaçant puis un immense ciel bleu vient faire briller la neige. J'ai hâte de retourner dans la ferme des Neshov ;)


25 février 2013

Les mille et une vies de Billy Milligan

L'une de mes résolutions pour 2013 est d'écrire enfin sur mes livres préférés. J'ai écrit ce billet en 2011, de retour du Vietnam. Bizarrement, je ne l'ai jamais publié, car ce livre reste à part dans ma bibliothèque. C'est la bibliographie d'un homme à part, unique. Billy Milligan. Il ne s'agit donc pas d'une critique à proprement parler, juste l'histoire d'un homme extraordinaire.


Difficile de raconter l'histoire de Billy Milligan, la vie d'un homme doté de 26 personnalités différentes. J'ai acheté ce livre la veille de mon départ pour le Vietnam, intrigué par la première et la quatrième de couverture. J'aime lire en avion, et sachant que de nombreuses heures m'attendaient, j'ai pensé que ce livre m'occuperait. Ce fut le cas, et je n'ai pas pu attendre le vol retour pour finir de le lire. Billy Milligan existe réellement, et lire sa biographie fut à la fois saisissant et terrifiant.

Le livre date de 1981 - il raconte la vie de Billy Milligan, premier homme condamné pour trois viols mais qui fut reconnu non coupable pour  trouble de la personnalité multiple.  Car Billy Milligan reste une énigme pour la science, pour tous les psychiatres, pour sa famille et principalement pour lui-même. 

Car les personnes atteintes de ce trouble ignorent tout de "leurs autres personnalités", celles-ci apparaissent et disparaissent brutalement, volant plusieurs heures, jours d'une  vie, et lorsque la vraie personnalité réapparait, elle ne peut s'expliquer ce qui s'est passé, et n'a aucun souvenir.  Billy Milligan existe, mais le vrai Billy (surnommé Billy-D dans le livre) s'est endormi à jamais l'année de ses seize ans.

Billy Milligan a grandi en ignorant tout de sa maladie, ses troubles étant si importants, il fut interné à l'âge de 15 ans dans un hôpital psychiatrique suite à une tentative de suicide, où l'on diagnostiqua chez lui une schizophrénie, les médecins de l'époque n'ayant jamais pensé à ce trouble. Sa famille s'inquiétait pour lui, et sa mère avait bien noté ses sautes d'humeur, son comportement étrange, voir contradictoire, ses longues absences inexpliquées. Billy fut un enfant mal aimé, chez lui et à l'école où tous les autres élèves en avaient fait leur souffre-douleur, les professeurs ne l'aimaient pas, car s'ils pouvaient se révéler très doué pour certaines matières (Arthur, sa personnalité britannique avait un QI de plus de 130), il pouvait tout envoyer balader la fois suivante. Contrairement à ce qui est souvent montré dans les films ou séries, la personne atteinte de cette maladie se trouve dans une grande détresse psychique, imaginez-vous, vous vous couchez un soir et soudainement vous vous "réveillez" dans une grotte. 

Comme le film Frankie et Alice, vous allez penser à cinq possibilités :
- vous êtes mort
- vous rêvez
- quelqu'un vous a joué un drôle de tour
- vous êtes devenu fou
- vous êtes vraiment dans une grotte
Billy n'avait pas encore quinze ans, qu'il vivait quotidiennement cet enfer.


Ses personnalités, si prégnantes et si nombreuses (10 puis 26) prenaient le dessus à chaque moment de stress, d'angoisse pour quelques minutes, ou quelques heures, et chaque personnalité ignorait l'existence des autres, ou croyait qu'il s'agissait de véritables personnes. Lorsque Billy réapparaissait, il ne pouvait s'expliquer ses derniers comportements, se croyait fou et il sombra logiquement dans la dépression. A l'âge de 16 ans, alors qu'il se trouvait au lycée, il décida de se jeter du toit - le suicide était la seule solution. Les autres personnalités (qui peu à peu avaient pris conscience qu'elles partageaient un seul et même corps, celui de Billy) ne souhaitant pas disparaitre, prirent alors la décision de 'l'endormir" à jamais.

Billy Milligan fut finalement diagnostiqué après son incarcération dans un hôpital psychiatrique suite à son arrestation pour les viols. Ce fut une femme, un médecin qui voyant le jeune homme de 23 ans se recroqueviller et parler comme un enfant, qui décela ce trouble.

Billy fut alors transféré dans un centre réputé et suivi par plusieurs médecins, qui ayant déjà soigné quelques cas similaires, décidèrent de s'occuper de lui, et surtout d'obtenir sa libération en faisant reconnaitre ce trouble. J'ai oublié de vous dire, que certaines personnalités étaient également des femmes, et l'une d'elle à l'origine des viols.  Le livre est fascinant, car il contient toutes les interviews réalisées, le résultat de nombreux tests, chaque personnalité avait un QI différent et excellait dans un domaine différent (un peintre extrêmement doué, qui a toujours vendu ses œuvres, un excellent conducteur, un mécanicien hors pair, un homme extrêmement cultivé (l'anglais), un serbe violent (il écrivait des missives en serbo-croate), etc, un excellent musicien.

Les médecins décidèrent de faire prendre conscience à Billy de sa maladie, en le filmant - mais les médecins eux-mêmes ignoraient à l'époque que le vrai Billy dormait profondément. Chaque personnalité avait un prénom différent, mais puisqu'ils avaient découvert l'existence des uns et des autres, ils s'étaient accordés pour ne répondre qu'au nom de Billy, l'un d'eux Allen, qui ressemblait beaucoup à Billy, pouvait facilement se faire passer pour lui. Aussi, les psychiatres furent bernés les premiers temps.

Les personnalités, ayant compris que le monde extérieur ne voyait que "Billy" racontèrent comment il leur était facile ou au contraire difficile d'être en présence de "la mère ou la petite amie de Billy". Ils expliquèrent, que cela fonctionnait ainsi : ils se trouvaient dans le projecteur (la conscience) soudainement, et ignoraient combien de temps ils allaient pouvoir y rester et lorsqu'ils quittaient la lumière, ils allaient dormir dans une pièce attenante.

C'est la deuxième méthode, celle de la "fusion absorption" qui fonctionna le mieux, elle consistait à faire prendre conscience à Billy de son potentiel dans chaque personnalité, et les amener à accepter de fusionner en une seule et même personne. Cela ne pouvait fonctionner que si Billy était en confiance.

L'un des moments les plus émouvants du livre, fut lorsque, pendant quelques heures, le vrai Billy revint à la vie après un sommeil de près de six ans. Les vidéos l'aidèrent énormément - il put enfin mettre un mot sur sa maladie, comprendre qui il était. Billy revint à la vie, mais malheureusement ce ne fut que passager.

L'histoire est très longue, et l'auteur, qui était devenu son ami et biographe, put enfin connaitre la joie d'écouter chaque personnalité assembler toutes les pièces du puzzle, reconstituer sa vie. Les psychiatres découvrirent alors l'existence d'autres personnalités, bannies pour n'avoir été que des éléments négatifs ou inutiles, en tout 26 personnalités


Billy Milligan eut une enfance extrêmement malheureuse, et violente, son père adoptif abusa de lui, et l'enterra vivant lorsqu'il était enfant. C'est lorsqu'il vivait encore avec son vrai père, un homme dépressif et atteint de troubles mentaux (qui se suicida), que sa première "autre" personnalité apparut, une petite fille, et il avait seulement trois ans. 

Je vous invite à lire ce livre, où chaque personnalité raconte ce qu'elle a vécu, permettant ainsi de raconter l'histoire d'un même et seul homme. Sa vie est tellement passionnante, que de nombreux producteurs de films et acteurs sont entrés en contact avec lui,  mais Billy Milligan a toujours refusé. S'il fut acquitté pour les viols, - il se retrouva néanmoins interné en hôpital psychiatrique, traqué par un Procureur et des journalistes, qui obtinrent son transfert dans un centre où sa maladie ne fut plus soignée, mettant de ce fait fin à la fusion complète. 

L'auteur a mené une enquête minutieuse, et a même recueilli le témoignage des victimes (qui témoignèrent à la barre de "son changement et de ses sautes d'humeur, avant et après les agressions), jamais le livre n'atténue ou ne cherche à cacher les actes de Billy. Celui-ci tenta de nouveau de se suicider après avoir appris pour les viols.

Billy Milligan fut bizarrement reconnu officiellement guéri, dix années après son incarcération et libéré. Il s'installa en Californie, où il mena une vie discrète, son nom fit de nouveau la une des journaux (il était en faillite personnelle et mis sous tutelle). Il contacta les journaux une nouvelle fois, et fit paraitre sa propre version de sa vie (le livre fut publié au Japon). Hollywood tentant de le joindre pour un film, il accorda une dernière interview où il expliquait qu'il avait été trahi par les journalistes, les médecins, la justice, et que surtout il craignait que l'on tourne en dérision sa maladie.

A ce jour, l'auteur, Daniel Keyes et sa propre famille le recherchent sans succès. Dans une dernière lettre, Arthur, sa personnalité britannique explique que Billy-D, l'original avait trop souffert lors de son retour à la lumière et qu'ils ont du décider de l'endormir à nouveau et à jamais. 

En lisant aujourd'hui ce billet un an et demi après l'avoir écrit, je suis à nouveau très émue et j'ai de nouveau une pensée pour Billy. J'ai pensé à lui lorsque j'ai sorti son livre d'un carton de déménagement. Il est dorénavant rangé précieusement avec mes livres préférés. 

J'ai une pensée pour pour Arthur, Allen, Ragen, Tommy, David et tous les autres !

So long Billy, wherever you are or whoever you are. 


21 novembre 2012

Conséquences

Je viens de finir la lecture de ce roman australien dont le titre original est Angel Rock. J'avoue que je ne connaissais ni l'auteur, ni l'histoire avant d'avoir croisé cet ouvrage dans une librairie. La quatrième de couverture m'a intriguée et je l'ai acheté.

Concrètement, c'est aussi le premier roman australien que je lis et c'est aussi une des raisons qui m'a poussé à l'acheter. J'aime les dramaturges américains du Sud des États-Unis et j'avais envie de me plonger dans l'outback australien et voir si j'allais retrouver cette même atmosphère.

Le livre a été publié en 2002, il lui aura fallu donc 11 ans pour arriver dans nos bacs. L'auteur, Darren Williams a été récompensé par un prestigieux prix australien pour son premier roman, Swimming in Silk, en 1994.

Darren Williams a pris le suicide d'une jeune fille, Darcy Steele, comme point de départ d'une "enquête" menée par Gibson, un policier en pleine dépression, pour venir ici dévoiler les secrets qui pèsent sur la petite ville d'Angel Rock.

Le policier, originaire de Sydney, vient ici annoncer le décès brutal d'une jeune fille à sa famille, et tente de comprendre son geste. Hanté par le suicide de sa sœur ainée quand il était enfant, il est obsédé par l'absence d'explication. A son arrivée, la petite ville se remet à peine de la disparition de deux jeunes frères dans l'outback.  La réapparition de l'aîné Tom, un garçon timide et rêveur, n'explique pas leur brutale disparition et l'absence du plus jeune, Flynn. Tom est incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Son beau-père noie son chagrin dans l'alcool et sa mère se mure dans un silence effrayant. Tom est alors invité à venir vivre chez le shérif, Pope qui vit avec sa femme et sa fille Grace, la meilleure amie de Darcy.


Tom est le personnage principal de ce roman, comme Grace, la fille du shérif et Darcy Steele. Ces enfants sont victimes de générations de violence, de mensonges et de secrets et ils en paient le prix. Les fantômes à Angel Rock sont aussi nombreux que leurs habitants. L'auteur arrive à dépeindre avec tact et douceur les espoirs ou les égarements de ces jeunes gens. J'ai vraiment aimé le début du livre et même le récit de leur disparition.

Le roman prend une tournure mystique, dramatique et s'éloigne rapidement de l'enquête classique - les secrets du passé refont surface, les vieilles rancœurs, les fantômes réapparaissent... La peur de Dieu, les prédicateurs ou des animaux effrayants viennent peupler ce récit. Il règne une atmosphère pesante sur la petite ville. J'avoue que la description de ces petites villes ou des personnages m'a énormément rappelé les petites villes du Sud américaines, aussi étais-je surprise à chaque fois que le policier se voyait offrir un thé - même par des brutes épaisses - ou que la ville de Sydney était citée. J'oubliais vite que j'étais en Australie. J'ai lu le livre en français (car je compte l'offrir), sans doute que la lecture en version originale aurait empêché toute divagation de ma part ;)

Comme dans le film Animal Kingdom, l'auteur offre ici une vision plutôt sombre de l'Australie. Ce film abordait aussi l'histoire d'une famille gangrenée par la violence et dont la question de la transmission de cette violence était au centre.

J'ai fini le livre aujourd'hui, l'auteur a un style que j'ai aimé, il vous invite dans ces paysages mythiques. Il m'a fait penser un peu à Kem Nunn que j'adore pour ses envolées lyriques. J'aime ces auteurs qui ont ce formidable talent de vous faire sentir la rosée du matin, voir la brume matinale sur le lac, écouter la nature. 


Le roman est sombre mais il offre aussi une petite lueur d'espoir, et je remercie l'auteur d'avoir écrit la fin dont je rêvais ! 

Un coup de cœur :
♥♥

20 juin 2012

Orages ordinaires


Adam Kindred, né en Angleterre, revient postuler pour un emploi à la prestigieuse université d’Oxford comme climatologue après des années passées à l’étranger. Sa route va croiser celle de Philip Wang, un immunologiste mystérieux assassiné. Accusé à tort de son meurtre, le jeune homme va devoir disparaître (comme 60 000 autres personnes en Angleterre chaque année) afin d’échapper à la police et à un tueur à gages et comprendre pourquoi ce chercheur a-t-il été assassiné et par qui.

Voici un livre qui m’aura pris du temps à lire. Je l’avais offert à mon beau-père qui me l’a prêté ensuite en me disant que ce livre était excellent et qu’il l’avait lu rapidement. Cela remonte à plusieurs semaines. J’avais donc commencé à lire le premier, puis le deuxième chapitre, et chose étrange, je n’avais pas du tout accroché. Je me souviens de ces instants où je n’accrochais pas à l’histoire, au style. Mais avec le recul, j’étais dans ma période « Kurt Wallander » et j’avais plus envie d’enchainer la lecture des aventures du policier d’Ystad que suivre les péripéties du jeune Adam Kindred à Londres. J’avais donc rangé ce livre dans ma  bibliothèque.

Je l’ai ressorti après le roman de Kem Nunn, Tijuana Straits. J’ai relu les deux premiers chapitres et continué ma lecture. Je n’avais jamais lu de romans de William Boyd, tout en sachant que cet auteur reçoit d’excellentes critiques, ce qui d’ailleurs avait expliqué mon envie de l’offrir à mon beau-père.
Je lis, comme je l’ai déjà précisé, quotidiennement dans les transports en commun. Qu’importe le monde, les bousculades, je plonge facilement dans ce monde parallèle et j’en rate parfois mon arrêt.

Mais là, j’avoue qu’il m’aura fallu du temps pour me sentir à l’aise. Je crois que je n’ai pas accroché au style d’écriture. Je tiens à préciser que j’ai lu le roman en français, donc traduit (cadeau à mon beau-père). J’ignore donc si c’est lié à la traduction, mais le style de l’auteur ne m’a pas emballé. J’ai encore le style de Kem Nunn mais la comparaison est peut-être mauvaise. Je peux alors le comparer aux romans policiers que je lis régulièrement, comme Arnaldur Indrasson. Son style est aussi très explicite, un peu sec, pas d’envolées lyriques, une vision très « scandinave » du monde qui ne me dérange. Pas de fioritures. Mais eux savent cependant vous attirez rapidement dans leur filet et vous succombez rapidement, même au style de vie monacal du héros solitaire en plein hiver arctique.

Ici, je n’ai pas ressenti ça. Fort heureusement, si le style ne m’a pas ravi, l’histoire finit par prendre le dessus et j’ai vraiment apprécié le livre à partir de la seconde moitié. L’histoire n’est pas banale, un jeune homme qui a presque tout réussi, un compte en banque bien garni, va devoir disparaitre et finit par se retrouver SDF dans les rues de Londres. Il va devoir lutter pour retrouver sa dignité et sa vie. Enfin, la vie d’un autre. Changement d’identité, de vie, de passé – l’auteur nous montre l’autre facette de Londres, celle des SDF, du Shaft, de ces ghettos, loin des hautes sphères des entreprises pharmaceutiques qui jouent sur la vie des enfants pour gagner des fortunes. J’ai aimé comment l’auteur sait nous faire pénétrer dans le quotidien de ses personnages : Adam, le tueur à gages et surtout ce PDG qui tombe peu à peu malade.

Je verrais bien une adaptation cinématographique, quoique je doute que la fin soit conservée comme tel par les industries hollywoodiennes. Qu’empêche, je ne regrette pas de l’avoir lu, et moi qui aime les polars, j’ai aimé l’histoire. Même si le style de l’auteur ne correspondait pas à mes attentes. Mais je vais lire un autre de ces romans (en anglais), avant de juger trop hâtivement. 

A noter que mon beau-père à qui j'avais prêté Tijuana Straits l'a lu en deux jours, même la nuit et qu'il a adoré.

06 février 2012

Le guerrier solitaire

L'été dernier, j'ai découvert le héros suédois de Henning Mankell, Kurt Wallander dans une de ses enquêtes "Les chiens de Riga" (Hundarna i Riga - acheté en anglais). Je venais de lire un roman de Jo Nesbø qui mettait en scène son propre inspecteur (norvégien ce coup-ci) Harry Hole. 

J'avais commencé à lire ces auteurs scandinaves, par curiosité et puis aussi, parce que je devais attendre environ un an pour lire les aventures de mon enquêteur préféré, Erlendur- inspecteur de police islandais du romancier Irnaldur Indriðason.

Bref, vous l'aurez deviné, je suis accro au genre policier, et en particulier des romanciers nordiques. Étrangement, mon seul voyage dans un pays nordique (et pas scandinave. Cf. mon précédent billet), fut en Finlande ! Mais, je suis tombée amoureuse de cette atmosphère particulière. J'y suis allée en février, en plein hiver, la neige, le froid, la glace, les maisons en bois, les couleurs vives.  Alors évidemment, la météo récente, me donne envie de replonger dans cette atmosphère.

Ma photo de Porvoo en Finlande ;)
N'oubliez pas que je viens de voir Millenium au cinéma ! Un autre voyage en Suède ! Il y a dix jours, j'ai fait un tour dans une de mes boutiques de livres d'occasion préférée, je suis revenue avec quatre policiers (un John Grisham, un Patterson, Shane Stevens, etc.). Oui, j'aime aussi les policiers américains. C'est un peu une obsession chez moi.

Bref, j'ai aussi rapporté cet exemplaire un peu fatigué (qui me fait l'aimer encore plus) d'Henning Mankell, "Le guerrier solitaire" (
Villospår). J'ai retrouvé l'Inspecteur Wallander, d'Ystad quelques années avant "les Chiens de Riga" qui se retrouve confronté à des phénomènes étranges, une jeune fille qui s'immole devant lui dans un champ de colza, un ancien Ministre assassiné et surtout scalpé. Un meurtrier insaisissable qui marche pieds nus et se déplace en mobylette. L'inspecteur suédois ne cesse de se tourmenter, ne dort plus la nuit, obsédé par ces crimes.

Le roman est prenant, contrairement à d'autres enquêtes où on ignore l'identité du tueur, ici on sait à qui on a à faire, alors le jeu du chat et de la souris fait monter le stress. La vision de son pays est plutôt sombre, point commun à tous les auteurs nordiques. Il montre une société détruite par l'alcool, la violence, les pervers sexuels, avec un inspecteur aux penchants nostalgiques. Plus ma lecture avançait, plus j'avais du mal à lâcher le livre. J'ai fini de lire chez moi, installée au chaud, impossible de ne pas lire ces dernières cinquante pages.

Henning Mankell a ce don de vous entrainer dans cette Suède où l'ère moderne vient se heurter à l'ancienne Suède - Wallander se pose les mêmes questions, l'avenir de ces commissariats de petites villes, la réorganisation de la police, la pression des médias. Et puis, la vie privée de Wallander qui vient s'installer dans la vôtre, ses doutes, ses envies, ses besoins. Sa fille un peu paumée, son père malade. J'ai vraiment aimé retrouver ce policier. Une sensation presque familière, comme de revoir un vieil oncle qui vous faisait rire enfant. Décidément, j'aime les polars nordiques !

La preuve ? Un tour à la Fnac samedi dernier, et me voilà revenue les bras chargés .. Il me manque encore quelques exemplaires et j'aurais la collection complète (je les ai déjà tous notés dans mon carnet). J'avoue, j'ai trahi mon fidèle Erlendur, mais ce cher Arnaldur nous a fait un sale tour en nous offrant un de ces premiers romans (Betty) en lieu et place des aventures de mon policier préféré. Je m'inquiète déjà depuis son avant dernier roman où il le faisait simplement disparaitre dans les fjords.
Mes achats ! Le premier d'occasion tout en bas ...

Mais, je ne veux pas tout de suite enchainer avec une autre aventure de Wallander, j'ai donc décidé de lire un roman.... finlandais ! J'avais toujours eu envie de le lire, mais l'an dernier, ma liste de lecture était déjà complète. Voilà, je lis "Purge" de Sofi Oksanen. Il était temps : temps de le lire et temps de lire un roman qui se passe en Estonie, j'ai visité le Muséum d'Histoire d'Helsinki et j'ai appris l'histoire commune de la Finlande et l'Estonie. J'ai lu une vingtaine de pages et je suis accro ! La preuve, j'ai relevé la tête ce soir, plongée dans ma lecture juste au moment où le bus s'arrêtait à mon arrêt, sinon j'étais bonne pour une marche de dix minutes !

Depuis, évidemment je n'ai qu'une envie : m'envoler vers ces contrées lointaines ! Mais cette année ça sera la Thaïlande. Une raison de plus pour lire ces romans ;)