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01 juillet 2022

Promising Young Woman

Mes drogues cinématographiques

Un film vraiment à part. Je ne m'attendais pas à cette histoire, ni à cette fin.


On suit Cassie Thomas (Carey Mulligan), qui tous les soirs, sort dans les bars ou boîtes de nuit. Elle boit et finit par s'écrouler à moitié ivre, dans un fauteuil ou aux toilettes. Et très vite, un jeune homme se propose de la ramener chez elle. 

Evidemment, l'histoire est toute autre. L'homme la ramène chez lui et tente de profiter d'elle. Mais surprise, Cassie retrouve tous ses esprits et leur donne une leçon. La jeune femme mène une vie morne. A trente ans, elle vit encore chez ses parents et vit encore dans le passé, lorsque son amie d'enfance, Nina, était encore en vie. 

Peu à peu, l'histoire se met en place et on comprend ce qui hante la jeune femme et l'empêche d'avancer. Un jour, elle croise la route d'un ancien copain d'université, Ryan Cooper. Les deux jeunes gens tombent amoureux mais Cassie découvre que le jeune pédiatre est encore proche de ses anciens amis de faculté, dont un que Cassie a toujours gardé en ligne de mire. Cassie met alors à exécution un plan savamment orchestré. 

Le film est court, troublant, triste et en même temps fascinant. La détermination de Cassie est impressionnante. J'ai beaucoup aimé ce film qui donne ici une leçon à tous ces jeunes hommes qui se sentent protégés par leur statut, leur âge, leur sexe. Bo Burnham accompagne Carey Mulligan dans deux compositions très réussies. A noter les apparitions d'Adam Brody et de Max Greenfield.

Au final, un film court qui ne vous laissera pas indifférent.  Je le conseille vivement. 

Et vous, vous avez vu un film qui sortait de l'ordinaire ? 




17 juin 2015

Loin de la foule déchainée

Un seul film me faisait envie ces temps-ci : Loin de la foule déchainée, adapté du roman éponyme de Thomas Hardy. Le réalisateur danois nous embarque dans l'Angleterre Victorienne à la rencontre d'une jeune femme spirituelle, indépendante et volontaire, Bathsheba Everdene.  J'étais intriguée par le choix du réalisateur de Festen ou de La chasse d'adapter cette histoire romantique du 19ème Siècle. J'avais, entre temps, vu quelques images de la bande-annonce et lu quelques critiques, pas toujours très enthousiastes. 

Aussi m'asseyais-je dans cette salle avec une certaine appréhension, mais très vite le paysage magnifique de la campagne anglaise, de ces matins brumeux ont fait fuir mes derniers doutes. Bathsheba (Carey Mulligan) orpheline, vient vivre auprès de sa tante - jeune femme impétueuse, insouciante et indépendante, elle fait tourner la tête à son voisin, Gabriel Oak (Matthias Schoenaerts)- jeune berger, fier de son troupeau de 200 bêtes. L'attirance est immédiate entre les jeunes gens, mais Bathsheba refuse le mariage et tout ce qu'il implique à l'époque - l'obéissance et une vie dévouée à des enfants. Alors le jour où Gabriel lui déclare sa flamme, la jeune femme prend peur et refuse. 

Le destin vient tout basculer le jour où Bathsheba hérite de la ferme d'un oncle et voit soudainement sa condition de jeune femme désargentée transformée. Mais la même nuit Gabriel perd toutes ses bêtes et doit partir à la recherche d'un travail. Les deux jeunes gens se quittent. 
Le destin se charge de les réunir lorsque Gabriel découvre que son nouvel employeur n'est autre que Miss Everdene. Leurs deux conditions les séparent à présent, mais Gabriel veille à ce que Bathsheba prenne son nouveau rôle de maîtresse à coeur. 

Rapidement, la jeune femme fait tourner la tête à William Boldwood (Michael Sheen), son voisin, riche propriétaire terrien et célibataire notoire. Mais c'est dans les bras d'un jeune soldat esseulé, le sergent Francis Troy (Tom Sturridge) que Basthsheba perd la raison. 

Je m'arrêterais là, sinon je risque d'en dire trop. Que dire ? Sinon que j'ai adoré me retrouver à nouveau dans l'Angleterre Victorienne, j'ai quitté Jane Austen, Lizzie Bennettt et je découvre la jeune et jolie Bathsheba dans le Sud-Ouest de l'Angleterre. Honnêtement à ceux qui s'étonnent de voir le réalisateur danois derrière la caméra, j'y trouve au contraire mille raisons. Impossible de résister à cette histoire et surtout à cette époque et à raconter la vie de ces gens simples (les bals, les mariages, les récoltes) et puis filmer la campagne anglaise, époustouflante de beauté - bref que du bonheur !



J'ai pris le film comme il l'est, une histoire romantique mais sauvée d'un excès de guimauve par cette rigueur scandinave - et le talent de Thomas Hardy. Je suis toujours étonnée par ces écrivains qui mettaient en avant des héroïnes clamant haut et fort leur droit à l'indépendance mais piégées par une société patriarcale et conservatrice. Quelle liberté de pouvoir monter à cheval ainsi ! De pouvoir être libre de vivre seule ! Thomas Hardy a écrit Tess d'Uberville et Jude et semble cette fois-ci disposé à réserver un avenir plus gai à ces personnages (mais pas à tous...) et aime tant décrire la campagne anglaise, loin de la capitale industrielle, grouillante et puante. 

Et puis l'amour .. Ici, on n'est pas loin du vaudeville ... 3 amants.. la jeune Bathsheba ne peut que perdre la tête. Thomas Vinterberg a l'oeil vif et la patience pour raconter cette histoire dont la tension monte a crescendo jusqu'à l'explosion. On craint un instant qu'il est décidé de remanier la fin à sa sauce, mais non !

Un mot sur les acteurs tous formidables qui ont, il est clair, pris énormément de plaisir à vivre à la campagne au grand air. Carey Mulligan est toujours naturelle et talentueuse- la petite soeur de Lizzie Bennett a bien grandi ! Bon, je me dois quand même d'apporter un bémol (mais qui au fil du film a fini par presque disparaitre) lorsqu'on lui présente Boldwood comme le célibataire le plus convoité du village... et comme un très bel homme.. J'avoue que Michael Sheen, version actuelle ou version victorienne (barbu et chapeauté) ne provoque en moi aucune espèce d'attirance .. le nez rouge, le pauvre homme (affreusement romantique) aura eu chez moi beaucoup de mal à s'imposer. Mais était-ce le genre d'homme qui plaisait à l'époque ? Certes il est fortuné mais semble dénué de tout charme. Fort heureusement l'acteur réussit à nous faire oublier ce désagrément.



Que dire de Sturridge ? J'étais presque soulagée en le voyant - enfin un visage sans barbe, une fine moustache rousse, sa peau pâle, ses tâches de rousseur, ses yeux bleus et cette chevelure noire, bref mettez-lui cet uniforme rouge de militaire et hop on comprend la faiblesse de Bathsheba ! Je connais mal l'acteur mais il joue bigrement bien. Ses yeux se remplissent d'amour et de larmes comme j'ai rarement vu. L'homme aime, éperdument et on le croit presque lorsqu'il dit "à la mort" mais il reste un homme......

Enfin, Matthias Schoenaerts (écrire son nom correctement est un challenge en soi) - a priori, il ne me faisait aucun effet. Je n'ai pas vu ses autres films (la faute à Marion...) et son physique, un peu trop fort, bourru, ne me faisait aucun effet mais voilà il a hérité du plus beau rôle, du magnifique Gabriel Oak - l'homme amoureux qui est près à tout, comme écouter l'amour de sa vie lui confier ses émois. Et la magie opère, la caméra et le photographe sont là, et peu à peu, on tombe sous le charme du beau berger. 

Bref, un film frais et joyeux qui m'a fait un bien fou. Il me procure le même plaisir que ses cousins germains, signés Jane Austen.  



Sachez quand même, que je ne connaissais pas l'histoire, n'ayant jamais lu le roman. D'ailleurs, j'avais hésité à me le procurer puis au début du film, je me suis dit que si j'aimais la fin, j'irais l'acheter et bien, ça sera chose faite ! En anglais de surcroit (je l'ai vu en vo). 

Et que j'ai deviné la fin ! Oui, je l'ai su au moment où son ombre est apparue .. j'y ai pensé ! Hop d'une pierre deux coups me suis-je dit, en riant presque car je n'aurais jamais cru que Thomas Hardy l'ait fait, mais si ! J'étais vraiment sur le c...  Mais finalement, ça convient bien au reste de l'histoire (allez voir le film!)

Et pour ceux qui pensent encore à guimauve, sachez que Vinterberg aurait pu envoyer le chien après son maître à la toute fin (ceux qui le verront comprendront) et là oui, j'aurais tiqué, mais non !

Bon, une belle histoire d'amour dans la campagne anglaise. Rien de plus, rien de moins. Mais quel plaisir ! Comme les glaces à l'eau que j'adore manger après une jolie balade au soleil. 

Mon avis : 

15 novembre 2013

Inside Llewyn Davis

J'avais très envie de voir, comme beaucoup d'entre vous, la dernière réalisation des frères Coen, Inside Llewyn Davis après sa sortie à Cannes et les critiques dithyrambiques l'entourant. Chaque film des frères Coen est un évènement à part entière. Ethan et Joel ont choisi cette fois-ci de nous faire partager quelques jours dans la vie d'un jeune chanteur folk à New York en 1961, Llewyn Davis. Davis vivote à Greenwich village où il survit de petits boulots et de petits concerts dans les bars le soir, au milieu d'autres chanteurs folk ou adeptes de la toute nouvelle musique à la mode, la pop. Davis ne vit pas de sa musique et doit chaque soir trouver un nouvel endroit pour dormir.

Il ne cesse d'emprunter de l'argent et de se retrouver dans des situations compliquées. A cet état précaire, vient s'ajouter la présence d'un chat roux, Ulysse - sorte de parabole à sa propre vie. Le film suit le chanteur pendant une semaine sous la forme d'une boucle temporelle, en effet on retrouve la première scène à la fin du film. J'ai adoré le jeu de la caméra qui suit le chat puis le personnage dans l'appartement.

Le parcours de Llewyn Davis est inspiré directement de la vie de Dave van Ronk, pygmalion de la scène new yorkaise du début des années 60. Son nom ne vous dit rien? C'est exactement le sujet du film : un chanteur qui reste inconnu et dont les disques de se vendent pas. Les frères Coen ne pouvaient pas ignorer l'autre jeune chanteur de folk qui devint une star mondiale à la même époque : Bob Dylan. Je vous laisserai voir comment ils y font allusion.
Le casting est impeccable, Oscar Isaac choisi pour interpréter Llewyn est parfait, son air désabusé tout le long du film (c'est probablement la pire semaine de sa vie) et fait agréable, il sait parfaitement chanter. Il est très loin de son rôle d'époux sorti de prison dans le film Drive. Il y retrouve d'ailleurs l'actrice Carey Mulligan. John Goodman (mon chouchou), habitué des films Coen est de retour en grande forme comme à son habitude dans le rôle d'un musicien de jazz allergique à la musique folk en vogue. Carey Mulligan et Justin Timberlake campent un couple de jeunes chanteurs pop très proprets, à la limite du ridicule pour ce dernier lorsqu'il chante 1,2,3 Kennedy



Les frères Coen ont choisi l'humour pour se moquer de cette vague pseudo intellectuelle qui surfe en ces années 60, on sourit beaucoup lorsque le héros se rend chez un couple d'amis, des intellectuels new yorkais de l'Upper Manhattan (les propriétaires du fameux chat). Les réalisateurs se moquent aussi des nouvelles chansons pop ou folk à la mode qui frisent le ridicule (les 4 pulls irlandais et la vieille femme).

Garrett Hedlund fait une courte apparence où il ne doit pas dire plus de cinq mots mais son charisme suffit, au vu de son style vestimentaire et capillaire, je l'ai imaginé s'être échappé tout droit du tournage de Sur la Route.

Le talent des frères Coen réside dans les détails : lorsqu'ils filment le chat, chaque scène est parfaitement millimétrée, et comme toute amoureuse des félins, il est difficile de résister au ronron du chat lorsqu'il réveille le chanteur de bon matin. Les réalisateurs ont pu à travers les yeux du chat trouver de nouveaux angles pour filmer la ville.  Ce gif déniché sur Internet en est un excellent exemple. Et je n'ai pas pu m'empêcher de penser au même chat roux vu dans l'excellent film de Blake Edwards, adapté du roman de Truman Capote, Breakfast at Tiffany's.



Beaucoup de gens trouvent qu'il s'agit du meilleur film des frères Coen, et si dans la salle un couple d'anglophones n'a cessé de rire, les spectateurs français sont restés plus en retrait, j'ai ri aussi mais j'ai surtout ressenti de la tristesse pour ce chanteur loser, peut-être était-ce aussi le cas pour les autres spectateurs. Car à l'humour, les Coen ont y a jouté la mélancolie. La reconstitution du New York des années 60 est parfaite, le son, la photographie et les décors sont exemplaires.

Pour ma part, je préfère les frères Coen dans d'autres films comme Fargo ou O'Brother, where are thou ? (à ce sujet, c'est le même parolier pour les deux films, quel talent!).

Finalement, c'est l'arrière goût amer de cette comédie bitter sweet des frères Coen que j'ai retenu, d'où mon opinion assez partagée. Mais ne vous fiez pas à mon seul avis, filez en salle le voir ! Rien que les scènes avec le chat en valent la peine.

Ma note :

28 mai 2013

The Great Gatsby

J'avais écrit un fort long billet pour vous résumer quel est mon sentiment après avoir vu la dernière adaptation cinématographique du roman de F.S Fitzgerald, The Great Gatsby et j'ai trouvé le moyen de tout perdre. J'hésitais beaucoup à aller voir le dernier opus du réalisateur australien, Baz Luhrmann, ayant je l'avoue été déçue par ses derniers long-métrages, et surtout parce que Fitzgerald figure parmi mes romanciers préférés et j'avais évidemment peur d'être déçue par cette nouvelle adaptation.

Pour être honnête, je n'avais pas du tout été sensible à Australia, ni à Moulin Rouge. Luhrmann aime les grands spectacles et les histoires d'amour tragique. En fait, mon œuvre préférée du réalisateur australien reste à ce jour Roméo et Juliette. Pourquoi suis-je donc allée voir ce film ? En premier, parce que j'aime beaucoup l'acteur Leonardo Di Caprio, et les quelques images me montraient enfin un Gatsby magnifique, comme je l'imagine en lisant le roman et enfin les critiques positives (Océane par exemple) m'ont finalement persuadé d'aller voir ce film, en version originale et en 3D.

Ai-je finalement été séduite ? Ma réponse est le suivante : 

Les points positifs ? 

Leonardo Di Caprio en premier lieu. J'ai été emportée par le jeu et la beauté de l'acteur, il donne enfin de l'épaisseur au personnage de Gatsby, et réussit à jouer "double" comme le personnage du roman le demande. Ce talent qui avait fait défaut à Redford en son temps, qui avait campé un Gatsby un très lisse. 

Je pense depuis longtemps que Di Caprio est définitivement un de meilleurs acteurs de sa génération et il le prouve une fois de plus. Gatsby est le fantasme de Nick Carraway, il n'existe qu'à travers ses souvenirs, celui d'un  homme mystérieux qui offre à chaque personne qu'il croise une parenthèse idyllique, tous sont sous le charme de ce menteur invétéré et seul Nick saura qui se cache réellement derrière cette façade, dont la soudaine fortune donne naissance à de multiples rumeurs. Un homme brisé par une enfance pauvre, amoureux éperdu d'une femme fantasmée. J'avoue, je n'ai jamais été sensible au charme de Di Caprio, excepté peut-être lorsque j'étais plus jeune dans Roméo et Juliette. Du fringalet Jack dans Titanic à cette brute dans les bas-fonds de New York au visage bouffi, cette transformation physique m'avait perturbée. 

Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, en sentant grandir au fond de moi, pendant le film - un émoi étrange et l'étrange vérité : Di Caprio est juste sublime dans ce film. Sa coupe de cheveux, blond vénitien, le teint halé, les costumes qu'il porte merveilleusement, je ne sais pas comment l'expliquer, mais lorsqu'il part rejoindre Daisy dans le parc, à l'abri des regards et lorsque plus tard, il va rendre visite à son ami Nick, je ne peux m'empêcher de sourire bêtement ou "giggle" comme disent les anglophones, bref d'agir comme une gamine de treize ans face à un beau garçon. Merci Baz Luhrmann pour ça.

J'ai aussi aimé l’interprétation de Joel Edgerton, même si dans le roman, le richissime Tom Buchanan semble moins repoussant, l'acteur australien réussit surtout à tenir la tête à Di Caprio, et dans le duel qui les oppose pour obtenir les faveurs de la belle Daisy, il réussit même à voler la vedette à l'acteur hollywoodien (enfin américain, car les Oscars snobent Di Caprio pour je ne sais quelle raison). 

J'ai été aussi sensible aux soins apportés au décors, du mobilier au tapisseries, moi qui adore la période Art déco, je n'ai pu évidemment que trouver  les maisons, les objets, les meubles et évidemment les vêtements et bijoux portés par les acteurs et actrices, sublimes et magnifiques. Le spectateur ne peut rester insensible et on peut se demander aujourd'hui si les architectes ne pourraient pas s'inspirer à nouveau de cette période.

Et les côtés négatifs ?

Ces bémols qui font que je ne ressors pas non plus éblouie ou enchantée par ce film, je l'ai dit : je suis très subjective car j'adore le roman. Et l'interprétation que je me suis faite du roman est forcément différente de celle de tout autre lecteur, et comme à chaque adaptation cinématographique d'un roman adoré, le lecteur attend énormément du réalisateur et avouons-le est souvent en partie déçu. 

F.S Fitzgerald a, quelque part, déculpabilisé tous les réalisateurs en déclarant à un ami, après la sortie en 1925 de son roman (un échec cuisant) "of all the reviews, even the most enthusiastic, not one had the slightest idea what the book was about.”
Ou plus clairement, de toutes les critiques, mêmes les plus enthousiastes, aucune n'a su saisir quel était l'objet réel de mon livre. 
 
Et ici, j'ai l'impression que le réalisateur australien s'est fait plaisir en adaptant l’œuvre du romancier américain : ainsi, il est clair qu'il a adoré mettre en scène les scènes de fêtes, ces orgies gigantesques. Lurhmann y consacre les vingt premières minutes, j'ai vu ici le un réalisateur de clip vidéo qui fait appel à ses amis, Jay Z pour ne citer que lui, afin d'entrainer les spectateurs dans un tourbillon de lumière, d'images et de musique. C'est pourquoil est difficile de ne pas voir ici une chorégraphie à la mesure de celle utilisée dans Moulin Rouge.



Mais j'avoue que j'ai vite trouvé le tourbillon étourdissant, la musique assourdissante, et surtout le temps consacré à ces fêtes trop long. Et je n'ai pas retrouvé, sous-jacente, la critique acerbe du romancier américain, pour ces fêtes qui montraient soudainement cette élite new-yorkaise, qui courait ici à sa fin (le crack de 1929 approchait) venir ici s'amuser, traversant au passage l'un des quartiers les plus pauvres, sans sourciller.
 

Bref, je vieillis peut-être, mais j'ai eu l'impression que le réalisateur voulait à nouveau nous démontrer son talent pour mettre en scène d'immenses chorégraphies, je le remercie mais je me serais bien passée de tout ce temps, comme de la 3D que j'ai trouvé rapidement inutile. 

Ma seconde remarque sur la forme porte sur le choix narratif du réalisateur de faire de Nick Carraway, un romancier. Dans l’œuvre de Fitzgerald, le jeune homme est reparti rejoindre sa famille dans le Midwest, après s'être brulé les ailes à New York. Il raconte ses souvenirs dont la rencontre avec l'énigmatique, mais néanmoins fascinant Gatsby. Ici, il se retrouve subitement interné, avec comme proposition du thérapeute, de mettre par écrit, le récit de sa rencontre avec Gatsby. Ce choix cinématographique permet au réalisateur australien d'ajouter certains effets visuels ainsi certains mots ou phrases du romancier américain apparaissent à l'écran, et l'on voit le jeune Nick, écrire presque d'une traite, tout un roman. Roman qui ne sera jamais publié, promet le thérapeute. Si cette digression me choque en tant que lectrice, elle me plait comme spectatrice, surtout la fin, lorsqu’il ajoute l’adjectif "the great". 

Je dois maintenant aborder le casting, comme je l'ai dit à plusieurs reprises, je ne remercierai jamais assez Lurhmann d'avoir confié le rôle de Gatsby à Leonardo Di Caprio. Mais je dois avouer que je n'ai pas aimé le choix du réalisateur pour le rôle de Daisy. Daisy a fait chavirer le cœur de Gatsby (choix tragique), la Daisy du roman est sublime, elle fascine le monde entier, jeune héritière sudiste, elle, comme Scarlett O'Hara, est entourée de prétendants. Que le pauvre James Gatz (futur Jay Gatsby) ait pu approcher et voler le cœur de cette beauté du Sud est surprenant.  Or si j'adore en temps normal Carey Mulligan (je l'ai vu dans plusieurs films, dont Drive ou Never let me go, ou Pride and Prejudice), je lui reproche, un je ne sais quoi - je n'ai cessé pendant le film de trouver plus belle, et plus représentative de cette époque sa meilleure amie, la jeune golfeuse Jordan Baker (interprétée par Elizabeth Debicki). Concrètement, je n'ai pas aimé le visage de l'actrice lorsqu'il est fardé comme pouvaient l'être les femmes à cette époque.


Enfin, j'ai vu presque une erreur de casting, lorsque je découvre que le complice de Gatsby, Meyer Wolfsheim, un juif new-yorkais est ici interprété par un acteur d'origine indienne ! Et qu'il conserve cependant son nom juif et que le réalisateur laisse au personnage Buchanan les paroles antisémites et racistes, si courantes à l'époque ("le youpin" entre autres). Avouez qu'un juif indien... 

Enfin, mon plus grand reproche au film, toujours comparé au roman, c'est d'avoir, dans le dernier quart d'heure au film voulu enfin traiter le thème sous-jacent du roman : l'amour est une trahison. F.S Fitzgerald n'a pas écrit une sublime histoire d'amour, il a écrit une histoire qui parle, entre autres d'amour (souvenez-vous du film (500 days) of Summer avec JG Levitt et Zooey Deschanel). L'histoire d'amour entre Gatsby et Daisy est à sens unique.

Daisy, héritière d'une grande famille, a aimé Gatsby alors adolescente, séduite par un jeune officier (Scarlett...), elle l'aime comme un bonbon dont le goût sucré lui rappelle cette jeunesse flamboyante. C'est un amour adolescent, le premier donc forcément fort et unique, elle l'oublie néanmoins en épousant Tom Buchanan dont elle avouera être tombée amoureuse. Elle est tombée amoureuse de son double, tout aussi égoïste, tous deux héritiers de grande fortune, ils appartiennent à une caste. Buchanan méprise ses "self-made" men, ces hommes, comme Gatsby devenus riches par leurs propres moyens. Daisy et Tom se trompent mutuellement mais se refusent à vivre ailleurs que dans ce monde qui est le leur.  L'homme trompé dans l'histoire n'est pas Buchanan mais bien Gatsby, qui pendant ces cinq années a construit un empire croyant pouvoir regagner le cœur de sa promise.

L'autre élément, dont j'ai un peu plus parlé plus haut, est la critique acerbe de cette société new-yorkaise, indifférente à la pauvreté qui les entoure et qui profite des fêtes majestueuses organisées par Gatsby mais qui sont aussi les premiers à l'accuser d'un crime dont il est innocent (deuxième trahison de Daisy) et à le laisser ainsi tomber dans l'oubli. 

Fitzgerald parlait d'un monde que lui et son épouse connaissaient parfaitement. La seule histoire dont les sentiments sont réels et partagés, c'est l'amitié entre Nick et Gatsby. Et j'avoue, que la dernière scène du film réussit fort heureusement à la montrer. Mais quel dommage que tous ces éléments ne soient abordés qu'à la toute fin du film. 

 Ma note :

09 décembre 2011

Shame

Après un rendez-vous à 8h00 du matin (vive les RTT), je suis allée me réfugier du mauvais temps dans une salle de cinéma pour voir le dernier film de Steve McQueen, Shame avec dans les rôles principaux Michael Fassbender et Carey Mulligan.

L'acteur irlandais retrouve le réalisateur qui l'a mené à la gloire après l'avoir fait tourner dans le sublime Hunger.

Leur deuxième collaboration a fait pas mal jaser lors de sa sortie et ses diffusions lors de divers festivals, parce que le sujet est à la fois d'actualité et à la fois regardé d'un œil douteux (l'addiction au sexe ?) et parce que le réalisateur britannique avait choisi d'exposer ainsi les attributs physiques de l'acteur it du moment : Michael Fassbender. Autant de raisons d'aller donc le voir le film dès sa sortie.

Mais arrêtons-là tout de suite les réjouissances, car le film est tout sauf joyeux, il est même son opposé :  dépressif, troublant et dérangeant. Si toute femme normalement constituée (avec comme moi un truc pour les roux) ne peut que se réjouir de passer 1h40 avec Michael Fassbender, l'effet n'est malheureusement que de courte durée.

Rapidement l'histoire de Brandon Sullivan (Michael Fassbender) vous entraîne dans une vie de solitude, d'angoisse, de mal être, où le sexe est l'exutoire de sa propre haine. Si la première scène vous montre un homme sûr de lui, beau, séduisant, qui a réussi (un superbe appartement dans Manhattan, un job sympa) le réalisateur vous entraine rapidement de l'autre côté du miroir. Les premières minutes du film, où les spectateurs peuvent admirer la plastique (de dos et de face) de l'acteur irlandais n'ont rien de "sexy", car on comprend rapidement que Brandon est un obsédé du sexe. Son obsession lui a ôté toute vie sociale (exceptée les rares sorties avec son boss et ses collègues), son appartement est significatif : très peu de décoration, blanc, les meubles sont froids. Brandon ne pense, ne vit que pour le sexe. Il va le chercher partout, dans la rue, les bars, les call-girls, les sites pornos. Il se retrouve même dans une position délicate au travail lorsqu'on lui retire son ordinateur.

Brandon fonctionne presque comme un robot, il semble être totalement déshumanisé. Mais la vie vient parfois lui faire des clins d’œil, d'abord avec la venue de sa sœur - Sissy (Carey Mulligan), qui lui rappelle à la fois son passé (tout sauf joyeux), puis avec son coup de foudre pour une collègue de travail. On le voit soudainement éprouver à nouveau des émotions, il sourit, il pleure. Il vit. Mais son obsession le domine, prédateur sexuel, il prend soudainement conscience de sa maladie, et replonge. Comme un un drogué.

Le spectateur assiste alors à sa lente déchéance (les bars glauques, les bagarres) et cet homme si séduisant au départ devient presque monstrueux (lors d'une scène de sexe brutale). Son visage déformé par la douleur et la honte qu'il ressent ont provoqué chez moi quelque chose d'inattendu : je l'ai trouvé soudainement laid et pathétique. Michael Fassbender a su parfaitement montré la complexité de cet homme, sûr de lui et séduisant mais qui vit réellement dans la honte.  Honteux d'avoir sa vie entière contrôlée par ses obsessions sexuelles. Impossible de ne pas ressentir de l'empathie pour cet homme. Un vrai tour de génie de la part de Steve McQueen et de Fassbender. Lors de cette scène, on aperçoit "le monstre" - tel qu'il s'imagine l'être.

Sa sœur, qu'il se refuse à voir - est l'élément déclencheur de sa prise de conscience. Désenchantée, dépressive, elle vivote de petits boulots de chanteuse. Sissy est en manque d'amour et d'assurance et s'amourache du premier venu. Tous les deux sont se ressemblent dans leur incapacité d'avoir des relations normales avec les autres. Leurs scènes communes sont intenses et magnifiques. Chacun repoussant violemment l'autre, car il lui rappelle sa propre vérité, mais chacun désespérément accroché à l'autre car c'est l'unique relation "d'amour" qu'ils connaissent.



Le génie cinématographique de McQueen a été d'associer la ville américaine à leur histoire.  Il montre une New York ogresse qui dévore ses habitants, froide, tentaculaire. La ville, filmée magnifiquement est une caisse où résonne la solitude de Brandon et Sissy. Ajouter la sublime musique du compositeur Harry Escott qui accompagne magnifiquement le personnage de Brandon (son jogging en pleine nuit par exemple permet au spectateur de découvrir une autre facette de cette mégalopole).

L'une des plus belles films du film est sans doute celle du club où Sissy vient chanter "New York New York". Il faut se laisser porter par sa voix et par l'émotion brisée de Brandon. La ville y est à cet instant-là, comme le fait remarquer un personnage "magnifique".

Aussi, s'il y a de nombreuses scènes de sexe, je n'en suis pas ressortie émoustillée car j'ai assisté ici à la manifestation de la souffrance d'un homme. Attention, si certaines scènes de sexe sont crues,  on ne bascule jamais dans le porno.  A noter l'interprétation différente selon les spectateurs de la dernière scène du film, je dirais moi qu'il y a ici une note d'espoir. Je veux y croire ;)

Côté acteurs, ils sont tous très bons, Michael Fassbender est sublime, sa transformation est impressionnante, et oui, il est parfaitement à l'aise avec son corps (mais bon difficile de ne pas l'être quand on est "foutu comme lui"), mention spéciale à Carey Mulligan qui depuis Drive me surprend. Je l'avais aimée dans An Education, mais là elle m'a vraiment bluffée. Elle se lâche vraiment. J'ignorais ses talents de chanteuse, franchement les rôles borderline lui vont magnifiquement.

Enfin, une petite note positive pour l'acteur qui interprète le boss et meilleur ami de Brandon, David. Il s'agit de mon tendre James Badge Dale, le héros de la série The Pacific, dont je vous ai parlé à plusieurs reprises. Décidément ! Il est vraiment séduisant même si ici, il campe le rôle d'un con (mais pas si con, car je le soupçonne de savoir la vérité au sujet de son ami et il est le seul à l'accompagner dans sa vie). Mais j'ai vraiment craqué pour cet acteur et j'étais ravie de voir qu'il avait été remarqué par le réalisateur britannique. Le casting était donc impeccable.

Je vais sans doute acheter dès ce soir ou demain la musique du film. Shame est un film troublant, dérangeant, qui montre la solitude et le désespoir de ces personnes atteintes de cette maladie, maladie qui les isole de toute vie sociale et surtout amoureuse. C'est un très beau film.

PS : j'avoue que lorsque je lis le nom de Steve McQueen, c'est toujours son célèbre homonyme qui me vient en tête, alors une petite photo pour le plaisir et pour finir sur une note plus gaie ;)




08 octobre 2011

Drive

Un peu étrange de reparler aussi vite de ce cher Ryan Gosling ! Mais j'ai craqué, je suis allée voir Drive ce matin au cinéma, pas tant pour lui que pour l'histoire et la bande-annonce (la musique, le rythme) qui m'obsédaient un peu. Et mon obsession a été largement récompensée.

Nicolas Winding Refn
a réussi un tour de force, transformé un film d'action (les courses poursuite en voitures) en film noir, sombre. Il nous a imposé un rythme lent opposé à celui que laisse prévoir l'histoire d'un cascadeur qui gagne sa vie en jouant au chauffeur pour des braqueurs. Ce jeune réalisateur danois un su donc insuffler un rythme particulier - qui donne toute son intensité à l'histoire et offre un merveilleux rôle à Ryan Gosling. 

Je crois qu'il ne doit pas prononcer plus de cinquante mots pendant tout le film, et pourtant il occupe la majeure partie de l'écran, oui (Papillote) Ryan Gosling a du charisme, j'en doutais un peu auparavant (excepté pour son rôle dans Calculs Meurtriers), il occupe le devant de la scène tout en restant perpétuellement silencieux, anglo-saxon, il s'exprime peu avec des gestes, mais son regard, sa précision, sa façon de tenir le volant, de porter ses gants, de prendre soin de sa voiture, d'accrocher sa montre au volant - tous ces gestes infimes rendent son personnage mystérieux, violent, amoureux, vengeur, désabusé, et très attirant. Une palette d'émotions que la nouvelle coqueluche d'Hollywood a su jouer, très loin de son rôle précédent de séducteur !

Le réalisateur ne sait donc pas tromper en offrant le rôle au jeune acteur canadien. J'ai l'impression étrange parfois que son visage, ses traits très fins, sa coupe de cheveux, ne lui appartiennent pas. Qu'il n'a pas le physique de sa personnalité, me fais-je bien comprendre ? C'est pour cela sans doute, que ce rôle à la fois physique et psychologique aurait été à merveille porté par Steve McQueen, un visage plus masculin, plus de testostérones mais avec une certaine douceur et candeur dans le regard. Parfois, Ryan me fait penser à un acteur des années quarante, ce visage fin à la Errol Flynn, alors qu'en fait, il est beaucoup plus mâle en vrai !

Le spectateur est emmené dans les rues de Los Angeles - une ville immense, où les gens sont effroyablement seuls, comme le héros.  Dès les premières images du film, et la première musique, j'ai été transportée dans cet univers particulier, j'ai adoré le suivre dans ses virées nocturnes. Moi qui ai un point faible pour les perfectionnistes (car je vois en eux cette faille, cette peur qui les anime), j'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à le voir si bien maitriser la conduite lors des courses-poursuites. La première scène est phénoménale.

On le suit tomber amoureux puis être rattrapé par son destin, celui de rester pour un toujours un être solitaire. Les seconds rôles sont tous excellents, j'ai apprécié Carey Mulligan, qui a su se fondre avec son personnage, une jeune mère toujours en retrait, elle aussi victime de sa propre vie. Je ne l'avais pas aimée dans Never let me go, là j'ai retrouvé celle qui m'avait plu dans Une éducation.

Bryan Cranston
qui interprète Shannon le mentor et meilleur ami du héros (qui, comme je vous l'avais déjà dit auparavant, n'a pas de nom - on le surnomme "kid" - très symbolique de sa situation d'homme vraiment très seul et que personne ne connaît réellement) est un excellent transfuge des séries télé et j'ai adoré le jeu de taré de Ron Perlman (un autre transfuge du petit écran, Clay dans Sons of Anarchy), son physique atypique ajoute beaucoup à son personnage.

Enfin, Christina Hendricks, la bombshell de Mad Men (la voluptueuse secrétaire Joan) retrouve ici un rôle contemporain, elle y est si fragile, son physique tout aussi unique - crève l'écran. Sa voix est toujours douce, elle accompagne notre héros un temps avant d'être happée par la violence.

Mais les deux autres personnages principaux en dehors du kid, sont bien évidemment la ville de Los Angeles, cette pieuvre immense qui devient un terrain de jeu au meilleur pilote de rallye, ses highways qui s'étendent dans l'espace comme d'immenses tentacules. Le travail apporté à la lumière, les choix techniques du réalisateur lui rendent un hommage magnifique. et puis la musique.

J'avais adoré le film Tron, et j'y retrouve plusieurs éléments - ces ralentis, le silence privilégié à la parole, ce choix de costumes et lumières qui fait penser aux seventies et enfin, et non des moindres, cette musique électro que l'on retrouve - elle ouvre le film et accompagne le héros dans ses pérégrinations nocturnes, le choix musical est excellent. Le réalisateur danois, bien que représentant l'histoire ces jours-ci, lui a apporté une touche rétro, ainsi le choix particulier de faire porter à son héros, un blouson doré (si si), avec ce scorpion dans le dos, qu'il ne quittera jamais même lorsque celui-ci est entaché de sang lui confère une touche d'intemporalité.

Le réalisateur privilégie les scènes de nuit, où les néons clignotent, les bars de strip tease font briller sa veste, et les énormes ampoules rappellent cette période glam. L'électronique est peu utilisé, comme les téléphones portables ou les ordinateurs, car dans le monde des voyous, on privilégie les montres et le travail fait à l'ancienne.

Certains vous citeront la nuit nous appartient de James Gray, il y a quelque chose en effet, et le film bascule clairement dans la violence, alors surtout n'emmenez pas vos enfants.

Je n'ai pas été claire ? J'ai beaucoup aimé le film, il mérite pleinement son prix de la mise en scène à Cannes. Un coup de foudre - j'enchaine les bons films. Celui-ci est réussite en son genre. Décidément, encore une pépite cinématographique en 2011. Vous pouvez voir la bande-annonce ici si vous avez oublié. Et évidemment la musique !!!

Alors, j'ai eu vite fait en sortant de télécharger la musique du film, et depuis je suis obsédée par ce titre, que je vous montre (écouté trente fois aujourd'hui). Il faut dire qu'allier aux images d'une voiture roulant vers l'infini, on a ce sentiment de liberté qui nous étreint, et on a très envie de se glisser sur le siège du passager et de disparaître avec lui, dans la nuit, vers l'inconnu.




08 mars 2011

Never let me go (livre et film)

Qui n'a pas entendu parler du livre ? Puis du film ? J'ai découvert le livre assez tard, bizarrement car j'ai déjà lu du Kazuo Ishiguro. Les premières critiques étaient dithyrambiques, puis en grattant un peu, j'ai également découvert des commentaires moins flatteurs. Mais la sortie du film annoncé, avec Carey Mulligan et Keira Knightley m'ont poussé à acheter le livre, pour le lire avant la sortie cinématographique.

J'ai acheté le livre en anglais, et je me suis lancée. Je connaissais le secret de Hailsham avant de lire le livre, un tort sans doute. Si les premiers chapitres m'ont plu comme la description de ce pensionnat très spécial, la relation élèves-professeurs, leurs collections d'art et le mystère de la galerie, bref j'étais assez emballée. Puis, plus rapidement que je ne l'avais prévu, l'enseignante révèle la destinée de ces enfants à part. Et encore plus rapidement, on plonge dans un autre livre. L'histoire est racontée par une des anciennes élèves d'Hailsham - Kath, qui a 31 ans et se souvient de toute son enfance, adolescence et le départ d'Hailsham, pour les Cottages - un autre lieu où les jeunes adultes attendent d'être "appelés pour remplir leurs missions". C'est venu assez insidieusement, mais je me suis peu à peu éloignée d'elle, et la distance n'a cessé de grandir.

Kath avait comme meilleure amie Ruth, et aimait secrètement le jeune Tommy, le souffre-douleur des autres élèves. Mais c'est Ruth qui finit par sortir avec Tommy. Les trois amis sont envoyés ensemble aux Cottages. Kath se rappelle (très bien, trop bien ?) de sa rencontre avec Tommy, de leurs conversations (ils avaient 11 ans), de celles avec Ruth. Qu'importe me direz-vous, mais la narratrice possède un don particulier : elle est capable d'interpréter chaque geste et attitude de ses amis, même enfant, elle sait ce qui fait agir et réagir ses compagnons. Le regard qu'elle pose sur eux a fini par m'irriter. Un regard qui se veut à la fois nostalgique et compatissant, mais qui pour moi ressemblait à de la condescendance. Ruth est une mythomane, non c'est juste une enfant qui préfère s'inventer un monde où elle a enfin le contrôle de sa vie, une vie belle mais Kath en est incapable. Même enfant, elle vit profondément dans la réalité, elle préfère ne pas penser à leur avenir prédestiné, mais n'arrive pas non plus à rêver à une autre vie.

Peu à peu, je me suis reconnue de plus en plus dans le personnage de Ruth et moins dans celui de Kath. La gentille Kath, la parfaite Kath, qui aide les plus démunis, protège Tommy, aime Tommy mais laisse sa meilleure le lui voler. Kath, la narratrice est la victime des sordides manipulations de sa meilleure amie. Je parlerai du film ensuite, car il diffère sur certains aspects, mais dans le livre, elle  analyse chaque souvenir avec le regard d'un psychiatre. Kath vit dans le passé et préfère supporter depuis des années le couple Tommy-Ruth que de mener sa propre vie. A aucun moment, elle ne se rebelle, ne remet en cause son avenir (comme une "carer", accompagnatrice puis donneuse d'organes) ou ne cherche à profiter pleinement des quelques années qui lui sont accordées. 

Je n'ai pas lâché le livre en croyant que cette analyse freudienne finirait par s'arrêter, lorsque le film est sorti. Je suis donc allée le voir le film, sans avoir fini le livre.

J'aime beaucoup Keira Knightley et Carey Mulligan, les revoir ensemble (après "Orgueils & Préjugés") m'intéressait. J'avais découvert Andrew Garfield dans "The social network" et j'avais aimé son interprétation. Le film n'était pas diffusé dans mon cinéma habituel, j'ai donc payé le prix fort. Je suis heureuse de l'avoir vue en v.o cependant. Le réalisateur a fortement adapté le livre, la première partie (la plus importante) centrée sur leur enfance à Hailsham avec une Charlotte Rampling parfaite en tant que Directrice est agréable à suivre. Les personnages sont des enfants, le petit Tommy est adorable. Kath a déjà ce côté "assistante sociale" qui protège ce garçon et supporte les sautes d'humeur de Ruth, et la suit dans ses jeux d'enfant. Lorsqu'ils partent vivre dans les Cottages, le réalisateur change quelques éléments.  Mais je comprends : une adaptation cinématographique nécessite toujours ce genre de choses. Le film reste cependant plutôt tristounet, et quelque part sans surprise. Même si j'ignorais la fin de l'histoire, rien ne m'a surpris. Le décès de Ruth est réglé en deux secondes, la fin est presqu'hollywoodienne : les deux amoureux se retrouvent enfin, même si leurs espoirs sont vite éteints (on s'en doutait), et la fin : Kath se retrouve seule et accepte cet état de fait.

Le réalisateur a su montrer l'absence de rébellion chez la jeune femme. La scène lorsque Ruth lui reproche son incapacité à s'ouvrir aux autres, à enfin vivre les quelques années qui lui restent de façon productive est très importante. Comme lorsque le réalisateur la montre chez elle, quelques années après, devenue accompagnatrice qui vit seule - coupée des autres et semble très bien s'en accomoder. Elle accepte son sort, et si elle espère obtenir ce sursis promis aux amoureux, elle n'entre jamais en colère contre son sort, comme Tommy.
Kath, Ruth and Tommy
C'est sans doute la raison qui m'a empêché de m'identifier à elle, avec sa tendance à analyser chaque comportement chez les autres et son obsession à ne vivre que dans le passé (sans doute due à l'absence d'avenir, pourtant elle est l'une des dernières à devenir donneuse) - moi, qui aime tant la liberté, le dépassement de soi, j'ai été incapable de m'attacher à elle. J'ai déjà vu des films sur le thème des clones, ou de ceux créés pour servir les êtres humains, un de mes films préférés est d'ailleurs basé sur ce thème : Blade Runner (que je recommande fortement) où les clones, même conscients d'être condamnés se rebellent.  Ainsi, le fait qu'elle soit restée toujours dans la même attitude m'a perturbé.

Je n'ai pas fini le livre, je le finirais sans doute cet été. Le film est passé rapidement, je lui reproche un côté un peu trop mélodramatique, et je n'ai pas aimé l'interprétation d'Andrew Garfield ou son personnage, j'ignore pourquoi, un peu trop pleurnicheur, qui reste très enfant, incapable de quitter Ruth pour Kath, ou lorsqu'ils sont enfin séparés est incapable d'aller la retrouver.

Côté interprétation, Keira Knightley montre, après "Last night" à quel point elle a mûri,  elle expliquait qu'elle était heureuse d'obtenir le rôle de Ruth et non celui de Kath et elle a eu raison : elle peut parfaitement jouer les filles menteuses et orgueilleuses. C'est une très bonne actrice comme Carey Mulligan - aucune n'éclipse l'autre.

Les retrouvailles (Keira knightley, Carey Mulligan et Andrew Garfield)

Je suis déçue de ne pas, comme tant de lectrices, être tombée folle amoureuse du livre puis du film.  Je lis tant de billets, et certaines amies ont adoré le livre et aujourd'hui le film. Peut-être qu'avec le temps, mon regard changera. Je ne désespère pas !

Et vous ?

30 septembre 2010

Never let me go

Je l'avoue : je n'ai toujours pas lu le livre de Kazuo Ishiguro "Auprès de moi toujours", même si j'ai hâte de le faire (dans sa version originale :  "Never let me go"), car je suis curieuse. Les critiques des lecteurs sont en effet assez contradictoires, certains ont adoré l'appelant un chef d'œuvre d'anticipation, d'autres ont été très déçus (cf. critiques sur Amazon). 

Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.

A travers le regard d'un des anciens pensionnaires, le lecteur va peu à peu être entrainé dans son passé où l'avenir ne semble pas avoir de place.

En faisant ma curieuse - il suffit de lire les critiques sur Amazon, j'ai rapidement découvert leur "secret" mais cela m'a juste donné encore plus envie de le lire. Cachou (cf. son blog littéraire ici) l'a même classé dans sa liste des Top 10, une raison supplémentaire de le lire rapidement. 

Comme ma liste de livres ne cesse de s'allonger, j'avoue que je l'avais oublié, il faut dire que la rentrée littéraire a ajouté une bonne vingtaine d'ouvrages à lire. Mais une amie a dit l'avoir lu en une soirée (440 pages, c'est faisable).

Si j'en parle aujourd'hui, c'est que je viens de voir la bande-annonce de l'adaptation cinématographique qui vient d'être présentée au Festival International du Film de Toronto. Carey Mulligan, Andrew Garfield (le nouvel acteur à la mode, choisi pour être le nouveau Superman) et Kiera Knightley interprètent les rôles principaux, sans oublier l'intrigante Charlotte Rampling.
 
J'ai aimé la bande-annonce, comme j'ai beaucoup aimé Carey Mulligan dans "Une éducation" et comme j'adore Kiera Knigthley (oui contrairement à beaucoup de personnes, j'assume, même sa moue) et elle me manque un peu en ce moment au cinéma. Aussi, ai-je hâte de voir le film,  après avoir lu le livre, bien évidemment.